I. EECHEKCHE DE LIVINGSTONE
Les autres s'étaient débandés pendant qu'il était retenu sous sa tente.
Il était minuit quand lui et ses gens rentrèrent à Mfouto, où ils furent de nouveau en sûreté, ainsi que les autres fuyards qui y étaient tous arrivés avant la fin du jour. Seul, l'arabe de Jérusalem, Sélim, un adolescent, s'était montré fidèle et brave ; il est blessé.
« Je ne tardai pas, ajoute le voyageur, à dire aux chefs arabes que la guerre leur était personnelle. Comme ils avaient délaissé malades et blessés pour ne songer qu'à eux, de même je quittais leur alliance. Avec leur manière de combattre, ils en auraient pour plus d'un an à lutter contre Mirambo, et il ne me restait pas de temps à leur donner. Maintenant que je leur avais payé ma dette, je pouvais continuer mon chemin. »
Tabora venait d'être livrée aux flammes et ses habitants arrivaient de toute part. Voyant que ses hommes étaient disposés à se défendre, Stanley fit percer des meurtrières dans les murailles du tembé deKouihara, bien résolu d'y attendre l'ennemi pour le canarder de ses balles.
Le 25 mai, il apprit que Mirambo s'était retiré et retranché dans Rasima ; mais quand les Arabes voulurent l'y attaquer deux jours plus tard, Mirambo était décampé. Cependant, le 8 septembre, ce dernier éprouva une défaite sérieuse sous les murs de Mfouto, et les têtes des chefs qu'il y perdit furent apportées à Mkésihoua, souverain de rOunyanyembé.
Le petit Kaloulou. — Le 7 septembre, Stanley reçut d'un arabe Mohammed le présent d'un petit garçon nommé Ndougou-M'hali, ce qui veut dire « Richesse de mon frère. » Ce nom lui ayant déplu, un autre arabe ayant examiné l'enfant dit : Voyez comme ses yeux brillent ; voyez son petit corps si fluet, regardez ses mouvements. Comme il est agile, comme il est souple ! Appelez-le Kaloulou, ce qui veut dire « le faon de l'Antilope pygmée (Antilopa perpusilla).
Stanley ayant accepté ce nom, fit apporter un baquet d'eau, et prononça ces paroles sur l'enfant que tenait Sélim, en qualité de parrain : « que désormais Kaloulou soit son nom et que personne ne le lui enlève. »
Le jeune Kaloulou suivit affectueusement son père adoptif, non seulement dans cette expédition, mais nous le retrouverons dans la suivante.
Découragement et résolution. — 19 septembre. « Un accès de fièvre que j'ai aujourd'hui, dit Stanley, m'a obligé de remettre à demain notre départ. Sélim est rétabli ; Shaw, également. Ce dernier a exprimé la ferme résolution de ne pas aller dans le pays d'Oudjiji.
Il est dix heures du soir ; ma fièvre à cessé. Tout le monde dort, excepté moi. Je pense à ce que je dois faire, je réfléchis à lua position. Une tristesse inénarrable m'envahit ; c'est la désolation de l'isolement. Je ne trouve autour de moi ni sympathie ni intérêt. Shaw lui-même* un homme de ma race, auquel j'ai prodigué mes soins, a moins d'attachement pour moi qu'un petit nègre que j'ai adopté et nommé Raloulou.
» Il faudrait plus de force que je n'en possède pour écarter les noirs pressentiments qui m'assiègent .
» Mais peut-être ce que je nomme pressentiments n'est-il que l'effet des pronostics des Arabes ; l'impression due aux sinistres paroles de ces gens au cœur faux. Ma tristesse a probablement la même cause. Les ténèbres qui emplissent ma chambre, et que me fait voir la seule bougie qui m'éclaire, ne sont pas faites pour m'égayer. Je me sens comme entre deux murs de pierre dans une prison sans issue.
» Mais pourquoi me laisser prendre aux croassements de ces Arabes ? Un soupçon m'est déjà venu et se représente : il y a là quelque motif caché. Ne s'efforcent-ils de me retenir, dans l'espoir que je les soutiendrai contre Mirambo ? Si tel est leur calcul, ils se trompent ; j'ai juré, et je tiendrai mon serment, j'ai juré de ne me laisser détourner de mon entreprise par quoi que ce soit ; juré de poursuivre ma recherche jusqu'à ce que j'aie retrouvé Livingstone ; de ne revenir qu'avec un témoignage incontestable de son existence, ou avec la preuve qu'il a cessé de vivre. Personne au monde ne m'arrêtera ; la mort seule pourrait.... mais non ; pas même la mort; car je "ne mourrai pas ; je ne veux point, je ne peux pas mourir. Quelque chose me dit — je ne sais pas ce que c'est, — peut-être cette espérance vivace qui est en moi, peut-être cette présomption naturelle à une vitalité exubérante, ou un excès de confiance en moi-même, je ne sais pas, — mais quelque chose me dit que je le trouverai. Ecrivons cela plus gros : Je le trouverai ! Je le trouverai ! Ces mots sont fortifiants. Je me sens mieux. Ai-je dit une prière...? Je dormirai bien cette nuit.
§ VI. De Tabora au Tanganika.
Détour par le Sud-Ouest. — Désespérant de pouvoir prendre la route du N.-O. qu'avait suivie Speke pour se rendre au Victoria- Nyanza ; voyant que la route directe par l'ouest sur Oudjiji était elle-même fermée par les troupes de Mirambo, Stanley prit la