‹ Stanley l'africainChapitre 18 sur 76 · I. RECHERCHE DE LIVINGSTONE · texte numérisé non relu

I. RECHERCHE DE LIVINGSTONE

résolution de se rabattre au sud-ouest pour rejoindre le Tanganika.

Le 20 septembre 1871, il quitta décidément ces Arabes qui avaient perdu tout prestige à ses yeux, et partit emmenant avec lui seulement 51 hommes et 3 enfants, la plupart recrutés dans le pays même. Une partie de ceux qu'il avait amenés refusèrent de le suivre plus loin, craignant les effets de l'état de guerre dans le pays. Parmi ceux qui lui restaient, plusieurs tentèrent encore de s'évader, mais il put les reprendre, et il dut les menacer de les enchaîner s'ils recommençaient.

Le 27, pour comble d'ennui, Shaw, le seul blanc qui lui restât, toujours malade et démoralisé, refusa absolument d'aller plus loin. Stanley, fatigué des soins inutiles qu'il avait eu pour son compagnon, depuis plusieurs mois lui fournit des porteurs et des provisions pour atteindre la ville de Kouihara, où il devait le reprendre à son retour. Nous avons déjà dit que le pauvre Shaw y mourut tristement.

La chasse au pays du Gombé. — « Le 4 octobre nous voyait partir pour le Gombé, cours d'eau qui se trouve à quatre heures et quart de Magnera.

» Deux heures après, nous entrions dans un parc magnifique, un immense tapis de verdure, moucheté de sombres massifs et orné de grands arbres, qui, çà et là, se déployaient dans toute leur beauté.

» Nous défilâmes silencieusement dans cet éden pour atteindre le Gombé méridional, qui traîne là ses eaux paresseuses, et près duquel nous allions nous établir. C'était bien cette fois le paradis des chasseurs !

» Dès que le site du camp fut choisi, près de l'une des auges qui se trouvent dans le lit du Gombé, je pris mon fusil à deux coups, et je m'en allai dans le parc.

» Au sortir d'un massif, j'aperçus trois springboks, trois bêtes grasses, qui broutaient l'herbe à une centaine de pas. Je me mis à genou et j'appuyai sur la détente. L'une des trois mangeuses fit instinctivement un saut vertical, et retomba morte. Ses deux compagnons s'enfuirent, franchissant près de quatre mètres à la fois ; et, bondissant comme des balles élastiques, elles disparurent derrière un tertre. Mon succès fut salué par les acclamations de mes soldats, que le bruit du fusil avait fait accourir.

» Après avoir suivi la rive du Gombé pendant plus d'un kilomètre, repaissant mes yeux de la vue d'un long espace rempli d'eau, vue à laquelle j'étais étranger depuis si longtemps, je me trouvai tout à coup en face d'un tableau qui me ravit jusqu'au fond de l'âme : six, sept, huit, dix zèbres jouaient et se mordillaient les uns les autres,

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toilettant de leurs queues, leurs belles robes tigrées, à une distance de moins de cinquante pas. Scène pittoresque, toute locale ; jamais je n'avais si bien compris que j'étais au centre de l'Afrique. J'eus un moment de fierté en me sentant possesseur d'un si vaste domaine, peuplé de si nobles bêtes. J'avais là, à portée de ma balle, les animaux les plus divers, l'orgueil des forêts africaines. Je pouvais eboisir entre eux ; ils m'appartenaient. Ils étaient à moi sans bourse délier, sans débat et sans conteste. Malgré cela, je baissai deux fois ma carabine ; il me répugnait de frapper ces bêtes royales. Cependant j'en tuai un ; mais je m'en tins là, parce qu'il me semblait suffisant, surtout après une longue marche, d'avoir abattu en un jour un zèbre et un springbok.

« Le soir, dans un enclos d'épines, que ses chevaux de frise rendaient inattaquable, régnaient la sécurité et la joie ; partout le confort, les éclats de rire et la bombance. Autour de chaque foyer, des gens accroupis et radieux : l'un attaquant à pleine bouche une tranche savoureuse ; un autre suçant la moelle d'un fémur de zèbre ; celui-ci faisant rôtir un quartier de venaison ; celui-là mettant sur la braise une énorme côte. Leurs voisins regardaient bouillir la soupe, remuaient la bouillie à toute vitesse, ou veillaient d'un air attentif sur l'étuvée qui mijotait.... Scène toute sauvage, mais d'un effet puissant. »

On fit en cet endroit une halte qui ne dura pas trois jours, mais où on tua deux buffles, deux sangliers, trois caamas, un zèbre, un pallah, trois petites outardes, huit pintades, un pélican et deux aigles, sans parler de deux silures, poissons qui furent pris dans le Gombé.

Mais ce bien-être matériel avait ramolli les caractères et eut une réaction désagréable pour le chef, comme il va le rapporter lui-même.

La révolte de l'escorte. — « L'ordre que je donnai au kirongazi (chef) de prendre sa trompe et de sonner la marche fut donc accueilli par un silence de mauvais augure. Les hommes allèrent chercher leurs ballots d'un air maussade. J'entendis Asmani grommeler entre ses dents qu'il regrettait beaucoup de s'être engagé à nous servir de guide.

» Néanmoins, bien qu'avec répugnance, ils partirent. Je restai à l'arrière-garde pour activer les traînards. Au bout d'une demi-heure, je vis la caravane au repos, les bagages par terre, et les hommes, réunis, s'entretenant et gesticulant d'un air irrité.

» J'enlevai mon fusil des mains de Sélim, j'y glissai deux charges de plomb, j'ajustai mes revolvers et j'allai droit aux mécontents. De

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