‹ Stanley l'africainChapitre 22 sur 76 · I. EECHERCHE DE LIVINGSTONE · texte numérisé non relu

I. EECHERCHE DE LIVINGSTONE

§ VI. Après la rencontre.

Causeries et projets. — Le lendemain, Stanley fait connaître à Livingstone qu'il a été envoyé à sa recherche par M. Gordon Bennett. Le docteur en est vivement touché, et une affection réciproque s'établit entre les deux voyageurs.

« Jusqu'à mon arrivée, dit Stanley, je ne ressentais pour Livingstone nulle affection ; il n'était pour moi qu'un but, qu'un article de journal, un sujet à offrir aux affamés de nouvelles ; un homme que je cherchais par devoir, et contre lequel on m'avait mis en défiance. Je le vis et je l' écoutai. J'avais parcouru des champs de bataille, vu des révoltes, des guerres civiles, des massacres ; je m'étais tenu près des suppliciés pour rapporter leurs dernières convulsions, leurs derniers soupirs ; jamais rien ne m'avait ému autant que les misères, les déceptions, les angoisses dont j'entendais le récit. Notre rencontre me prouvait que, « d'en haut, la divinité surveille justement les affaires des hommes, et me portait à reconnaître la main d'une Providence qui dirige tout avec bonté. »

Les jours coulaient paisiblement, et l'on était heureux sous les palmiers d'Oudjiji. Livingstone reprenait des forces ; la vie lui revenait, et il retrouvait son enthousiasme pour la tâche qu'il avait entreprise. Toutefois, on convint bientôt d'explorer la partie nord du Tanganika, afin de s'assurer s'il ne s'écoulait pas dans le Nil.

Partis d'Oudjiji, le 14 novembre, les voyageurs y rentrèrent au bout de 28 jours, après une navigation d'environ 500 kilomètres, dans laquelle ayant doublé le cap Magala, ils reconnurent que le Roussizi n'était qu'un faible cours d'eau se jetant dans le Tanganika même ; puis ils revinrent par l'île Mouzimou, avec la joie d'avoir admiré la magnificence des rives.

Retour d'Oudjiji à Tabora. — Après six semaines de séjour dans l'Oudjiji, l'heure du retour était sonnée. Le 27 décembre, la caravane étant prête, Stanley mit à la voile avec Livingstone qui allait chercher^dans l'Ounyanyembé, les objets que lui envoyait le consul anglais de Zanzibar. A Rimba, on prit la voie de terre, qui conduisit successivement : le 15 janvier 1872, à l'ancien camp d'Itaga, dans les monts Magdala ; le 14 février, à Gounda, où l'on reçut des nouvelles d'Europe, et le 18 à Rouihara, où les caisses envoyées par le docteur Rirk pour Livingstone furent trouvées dévalisées et ne renfermant plus rien d'utile. L:ï, Livingstone écrivit plusieurs lettres et acheva le Journal qu'il devait confiera Stanley.

Celui-ci, pour obliger son ami, n'hésita plus à reprendre la route d'Europe, anéantissant ainsi le projet qu'il avait formé de revenir par le Nil à la recherche de Samuel Baker.

Dans une de ses lettres, adressée en remerciment à M. Gordon Bennett, le vieux docteur rend le meilleur témoignage de son jeune ami Stanley, arrivé très à propos a son secours, au moment où, « ruiné de provisions et de santé, réduit à l'état de squelette, il se voyait obligé de tendre la main aux habitants du pays. »

Puis il lui rend compte de ses découvertes et termine en parlant des horreurs de la traite :

» Si mes rapports, dit-il, au sujet du terrible commerce d'esclaves qui se fait à Oudjiji, peuvent conduire a la suppression de la traite de l'homme sur la côte orientale, je regarderai ce résultat comme bien supérieur à la découverte de toutes les sources du Nil. Maintenant que, chez vous, l'esclavage est à jamais aboli, aidez-nous à atteindre ici le même but. Ce beau pays est comme frappé d'une malédiction céleste ; et, pour ne pas porter atteinte aux privilèges du petit sultan du Zanzibar ; pour ne pas toucher aux droits de la couronne du Portugal, droits illusoires, — un mythe — on laisse subsister le fléau, en attendant que l'Afrique devienne pour les traitants portugais une nouvelle Inde.

» Je termine en vous remerciant du fond du cœur de votre grande générosité. Votre reconnaissant.

» David Livingstone. »

La séparation. — Le i 2, 1 3 et 14 Mars furent des jours d'adieux souvent répétés, tellement les deux grands voyageurs avaient peine à se séparer. Comme enfin la raison devait l'emporter sur le sentiment, Stanley interrompit la marche, disant :

» Maintenant, cher docteur, les meilleurs amis doivent se quitter ; vous êtes venu assez loin ; permettez que je vous renvoie.

— Très bien ; mais laissez-moi vous dire : vous avez accompli ce que peu d'hommes auraient fait, et beaucoup mieux que certains grands voyageurs. Je vous en suis bien reconnaissant. Dieu vous conduise, mon ami, et qu'il vous bénisse.

— Puisse-t-il vous ramener sain et sauf parmi nous, cher docteur ! » » Nos mains se pressèrent. Je m'arrachai vivement à cette étreinte,

et me détournai pour ne pas faiblir. Mais à leur tour Souzi, Choumâ, Hamoyd;ï, tous ses gens me prirent les mains pour me les baiser, et je me trahis moi-même.

» Adieu, docteur, cher ami !...

— Adieu. »

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