III. STANLEY, AGENT DE L'ASSOCIATION DU CONGO
moyens pratiques, des postes permanents de secours pour soutenir les explorateurs et les missionnaires, ainsi que des centres de colonisation où les indigènes pourraient se familiariser avec la vie civilisée et trouver un appui contre leurs oppresseurs, notamment contre les chasseurs d'esclaves.
Grâce à cette initiative du roi des Belges, des stations scientifiques et hospitalières furent d'abord échelonnées clans l'Afrique orientale, de Bagamoyo à Mpwapwa, Gondoa, Tabora, jusque Raréma et Mpala sur le lac Tanganika (1876 à 1879).
La découverte du Congo par Stanley en 1877 ramena sur la côte occidentale l'attention publique, et le concours de l'intrépide explorateur devait être logiquement demandé par les organisateurs de l'œuvre africaine.
Collaboration de Stanley. — Voici comment l'explorateur luimême raconte son intervention en cette affaire.
» Le Continent mystérieux avait été traversé de l'est à l'ouest ; le cercle de ses grands lacs, le Victoria-Nyanza et le Tanganika parcourus d'un bout à l'autre, le cours du Congo exploré depuis Nyangwé jusqu'à l'Atlantique. Les membres de la dernière expédition d'exploration avaient été rapatriés, les survivants avaient été dignement récompensés, et l'on n'avait pas oublié les veuves et les orphelins.
» Quand, enfin, je rentrai en Europe, au mois de janvier 1878, à peine remis de la fatigue et des privations endurées en ce long voyage, je ne soupçonnais guère qu'avant la fin de l'année on me verrait occupé à préparer une nouvelle expédition, pour les rives de ce fleuve sur lequel nous avions tant souffert.
» Cependant, à la gare de Marseille, au moment même où je débarquais de l'express arrivant d'Italie, deux délégués de S. M. le roi des Belges, Léopold II, m'abordèrent, et deux heures plus tard, je savais que le roi Léopold songeait à entreprendre quelque grande œuvre en Afrique et qu'il désirait obtenir, dans Ce but, mon concours. »
Après les souffrances que Stanley venait d'endurer, on conçoit aisément la répugnance que dut lui inspirer cette proposition ; et, s'il était disposé à donner les conseils pour la réussite d'une expédition africaine, il ne l'était pas pour la conduire en personne , à ce moment, la fatigue et la maladie ne lui faisaient ambitionner que le repos.
Mais une bonne nourriture, le bien-être du foyer, l'absence de toute préoccupation ne tardèrent pas à opérer des miracles. « Ma santé,
dit-il. se rétablit peu à peu. Mon éditeur me décida à me mettre au travail. Dès la fin de mai, mon livre : A travers le continent mystérieux, se trouva livré à l'impression, et, pour la première fois depuis bien des années, je me sentis libre — libre de venir, d'aller, d'agir à ma guise, délivré de tout lien, de tout engagement, capable de lever les yeux sans voir suspendue au-dessus de ma tête cette loi terrible, accablante, inexorable du devoir, qui m'avait si longtemps et si obstinément poussé à l'action. Aussi me hàtai-jo de passer sur le continent voisin pour y goûter cette jouissance à laquelle naguère, dans mes voyages à travers l'Europe, j'avais vu tant de gens se livrer : la flânerie.
'» Mais, au préalable, je fis au roi Léopold la visite que j'avais si longtemps différée et j'appris alors que Sa Majesté, sans avoir encore donné un commencement d'exécution à ses projets, songeait toujours à les réaliser, eu temps opportun, après s'être entourée de tous les renseignements nécessaires. Heureusement pour moi, il ne s'agissait pas de se mettre en route immédiatement. La liberté ebérie m'appartenait encore. »
Pour un homme d'une nature ardente et inquiète, comme Stanley, le farniente était impossible. Des amis lui conseillèrent de visiter Trou ville, Deauville ou Dieppe. Un autre lui recommanda la Suisse, et trois semaines passées en ce beau pays le remirent sur pied. s Le comité d'études du Haut-Congo. — Dans les premiers jours de novembre 1878, Stanley fut invité à se trouver au Palais royal do Bruxelles. A ce rendez-vous avaient été également convoqués différents personnages occupant des situations plus ou moins élevées dans le monde commercial et financier d'Angleterre, d'Allemagne, de France, de Belgique et des Pays-Bas. On les introduisit tous ensemble dans la salle du Conseil, où, quelques minutes après S. M. le roi des Belges leur faisait connaître l'objet de cette réunion : il s'agissait d'une enquête préliminaire sur l'utilité que pouvaient avoir le fleuve Congo et son bassin.
La discussion amena la création du « Comité d'études du Haut- Congo », titre qui fut plus tard changé eu celui d'Association internationale du Congo. Un président, un secrétaire, un trésorier furent, nommés. L'expédition devait être immédiatement organisée e! outillée. On confia à Stanley le personnel et le matériel de l'expédition, ainsi que le soin de réaliser l'objet en vue duquel le Comité venait de se constituer.
Dans la mesure des ressources mises à sa disposition, il incombait, à l'expédition d'établir, sur la terre ferme, des stations qui pussent