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III. STANLEY, AGENT DE L'ASSOCIATION DU CONGO

somme, devant nous, qu'un terrain sablonneux d'une centaine de mètres, qui nous semblait n'aboutir nulle part puisqu'il était borné, d'un côté, par le fleuve profond et tumultueux, de l'autre par le pic altier dont je viens de parler et par des herbes, bautes de quatre mètres.

— Notre choix, s'il vous plaît, ami Dé-Dé-Dé ?

— Eh bien ! répondit-il, coupez ces herbes et bâtissez ! Avouez que le point de vue est superbe !

» En effet, nous nous décidâmes à mettre le feu aux herbes que leur densité rendait impénétrables. Avec son immense langue de flammes, l'incendie troua cette espèce de forêt, et une heure après, le feu avait escaladé avec rage la Montagne du Castel, franchi le versant occidental et le sommet de la hauteur, et plongé dans la petite vallée du versant oriental où, à l'abri du vent, il se ralentit et s'éteignit peu à peu.

» Sur ces entrefaites, Massala, l'interprète du village de Chinsalla, établi dans le bas-fond, au nord de la terrasse, nous invita à l'accompagner chez lui. Tout en nous faisant prendre force rasades de jus de palme, cet indigène hospitalier nous débitait une foule d'histoires sur les chefs de la région de Vivi. 11 nous apprit qu'il y avait cinq chefs, possédant chacun un village, et tous indépendants les uns des autres, bien que Vivi-Mavoungou, qui habitait avec ses sujets sur la crête la plus élevée de la montagne de Vivi, fût le chef reconnu de tous.

» Je chargeai Massala d'inviter pour le lendemain les chefs de Vivi à un palabre.

» En attendant, nous continuâmes à explorer notre emplacement. Nous gravissons une pente escarpée, qui aboutit à une autre terrasse dépassant de 45 mètres celle que nous avions explorée tout à l'heure ; puis nous continuons à escalader pendant une demi-heure une pente encore plus abrupte.

» Je traversai rapidement le faîte de la Montagne du Castel, escaladant les faciles gradins des hauteurs plus élevées de Vivi, et, m'installant sur une éminence, je découvris une contrée dont le grandiose aspect m'impressionna profondément...

» L'imagination marche vite une fois qu'on lui a lâché la bride. A mesure que nous songions au plan du futur établissement, notre pensée enjambait le présent, escaladait l'avenir et nous faisait voir

(1) Le chef Massala est le même qui, avec sa famille, s'est fait voir à l'Exposition d'Anvers en 1885. Depuis son retour en Afrique, il émerveille ses compatriotes en leur racontant ce qu'il a vu en Europe.

notre station achevée, une grande roule ouverte, (\f* Légions de commerçants envahissant le pays, un va-et-vient continuel de marchandises et d'hommes. Mais, hélas !... quand je me remettais à compter la faible équipe de travailleurs dont je disposais et qui attendait le moment de se mettre à Pieuvre, je ne pouvais me dissimuler que tous ces rêves étaient chimères presque irréalisables. »

Cependant, après avoir pris nourriture et repos, Stanley sentit se réveiller, plus vivement que jamais, son désir de résoudre le dernier problème, celui de la communication entre la mer et le haut fleuve, avant que les chefs de Vivi ne s'assemblassent pour discuter les questions politiques.

Le palabre. — Le 27 septembre, au soir, eut lieu la réunion solennelle des chefs de Vivi, dont Stanley, en une page pittoresque (que nous avons rapportée dans notre Congo illustré), nous fait le portrait et décrit les costumes, consistant en vieux habits européens de toute provenance. Ces chefs sont : Vivi-Mavoungou, le doyen, qui porte une livrée bleue de domestique parisien et un bonnet phrygien tricolore ; — Ngoufou, vêtu d'une tunique rouge de soldat anglais,, d'un chapeau de feutre brun et d'un caleçon à carreaux ; — Rapita, le jovial, en tenue de fantassin, les chevilles et le cou garnis d'anneaux de cuivre ; • — Banzani, ayant le paletot brun foncé d'un domestique de Londres, avec caleçon en toile de coton, etc., etc. (Juel débouché que cette Afrique pour les habits européens ! Et aussi quelle meilleure preuve du goût de ces indigènes pour se costumer quand ils en ont la possibilité, eux qui se vêtaient peu ou point avant l'arrivée de nos produits ! Mais quel moyen pour eux de les obtenir,, si ce n'est l'échange avec les produits de leurs pays? Voilà en effet, le stimulant du commerce et de la civilisation dans l'avenir.

Revenons à notre palabre. « Maintenant, dit le narrateur, les chefs sont assis à l'avant-plan sur des nattes indigènes qu'ils ont étalées à l'ombre d'un arbre à larges feuilles, tandis que leurs hommes d'armes sont groupés derrière, à la distance imposée par l'étiquette. Vivi- Mavoungou, l'homme qui nous regarde de travers, invite Massala, le porte-paroles, à m'adresser les souhaits de bienvenue, et l'habile interprète, également ferré sur la langue anglaise et le dialecte de Vivi, me transmet les mots suivants, tournés en forme de compliment :

» Nous, les grands chefs de Vivi, sommes heureux de voir le mundelé (le mundelé signifiait autrefois « le commerçant », mais les nègres désignent désormais ainsi tous les blancs sans exception). Si le mundelé désire se fixer parmi nous, comme nous l'apprend

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