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III. STANLEY, AGENT DE L'ASSOCIATION DU CONGO

rocher qui se projetait au-dessus du fleuve, et qui est aujourd'hui dénommé « Montagne du Vieux Vivi. »

« Nous la divisâmes en cinq sections, raconte Stanley, et le personnel en cinq escouades. Alors, à un signal donné, nous voilà « inaugurant la nouvelle ère. » Les piques frappent, les houes sonnent, les pinces rendent dans l'air leur son métallique, les marteaux de forge font entendre leurs lourds et monotones battements. C'est dans la matinée du 1er octobre 1879 qu'eut lieu la première audition de cette symphonie, dont l'allure vive et entraînante exprimait l'ardeur avec laquelle nous comptions poursuivre notre première entreprise sur le Haut-Coneo. »

Bientôt il y eut soixante-cinq hommes, femmes et enfants de Vivi qui débarrassaient le sol de ses pierres, de ses broussailles et de ses fourmilières.

Du 1er au 13 octobre, on continua à travailler sans relâche . Au bout de ce temps, une route suffisamment large avait été pratiquée pour permettre de transporter jusqu'au sommet du Mont-Vivi les articles d'un poids modéré ; quant aux wagons de marchandises, il faudrait encore bien des journées de travail avant que cette route ne leur fût accessible. En attendant, Y Espérance faisait deux fois par jour le trajet de Vivi à Moussouko avec retour, et rapportait à chaque voyage trois tonnes d'objets divers.

Le 13 octobre, la Belgique commença à faire à son tour le même trajet. Alors Stanley manda les Anglais de l'expédition, MM. John Kirkbright, de Birmingham, et A. B. Swinburne, de Londres ; tandis que M. Augustus Sparhawk, de Boston, fut amené de Borna à Moussouko pour y surveiller, avec l'aide de M. Moore, le chargement de la Belgique.

C'étaient des Kabindas, des indigènes de Vivi et des manœuvres de la côte, aidés de quelques Zanzibarites, qui transportaient les cabanes démontées sur le sommet du Mont-Vivi, par la route nouvellement établie. Un jour ou deux plus tard, la tente du chef prit le même chemin et on la vit se dresser pour la première fois sur l'emplacement de la future station de Vivi.

Boula-Matari, le « casseur de rocs.» — Les chefs.de Vivi contemplaient avec étonnement le travail de pulvérisation des blocs granitiques de la montagne. « Ils écoutaient bouche béante, dit Stanley, pendant que j'enseignais à mes ouvriers indigènes la façon de manier efficacement le marteau de forge. Et c'est à partir de ce jour-là qu'ils m'ont baptisé du nom de « Boula-Matari», c'est-à-dire « Casseur de Rocs ». Ce nom, que connaissent aujourd'hui tous les indigènes du

Congo, depuis la mer jusqu'à Stanley-Falls, n'assure naturellement aucun privilège A celui qui le porte. Cependant, dites-vous ami, fils ou frère de Boula-Matari, et les Bacongos, les Batékés et les Bayanzis vous épargneront tout mauvais traitement : ce qui est déjà quelque chose. »

La station de Vivi. — A mesure qu'avançaient les travaux d'excavation, les indigènes de Vivi, hommes et femmes, s'occupèrent de transporter la helle terre grasse et noire de la vallée de Nkousou au versant oriental de la montagne. Cinq mille caisses de terre ainsi transportées en vingt jours représentent approximativement 2000 tonnes. Avec cette provision fut formé un jardin de 000 mètres carrés où Stanley traça des sentiers étroits et planta les six manguiers, les orangers et les citronniers qu'il avait apportés de Zanzibar. Des plants de carottes, d'oignons, de laitue, de panais, de navets, de choux, de betteraves, de tomates furent exécutés ; des graines de papayer furent semées aU même endroit et une palissade construite tout autour. Et ainsi fut créé le jardin de la station qui, assidûment arrosé, se mit bientôt à verdir, et à payer largement le personnel de ses peines, non-seulement par son charme et son pittoresque, mais encore par l'abondance et la variété des légumes dont il approvisionnait la table.

A l'exception des dimanches, on travaillait tous les jours avec ardeur, de six à onze heures du matin, c'est-à-dire jusqu'au moment où le gong sonore de Vivi donnait le signal du repos et du déjeuner. A une heure de l'après-midi, on se remettait à l'œuvre jusqu'à six heures du soir.

C'est au centre de cette espèce de plateau supérieur que fut établi le quartier-général de Vivi, sur une position d'où l'œil pouvait embrasser d'un bout à l'autre le square et le jardin.

Les habitations des Zanzibarites, flanquées d'écuries et de hangars destinés au foin et au son, étaient installées à l'extrémité opposée de la montagne, et un peu au-dessous, les poulaillers, les basses-cours réservées aux chèvres et aux porcs, et les établis des forgerons et des menuisiers.

Cette station de Vivi, avec sa magnifique situation, ses cottages d'un blanc immaculé, son chalet visible à distance, fit véritablement l'ornement et la joie de cette région, autrefois si solitaire. Dès qu'elle fut achevée, dès que tout y fut en bon ordre, Stanley en confia formellement la garde à M. Sparhawk, son futur chef et le principal agent sur le Bas-Congo, en l'exhortant à n'épargner aucun effort pour perfectionner les routes conduisant au débarcadère et vers l'intérieur.

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