III. STANLEY, AGENT DE L'ASSOCIATION DU CONGO
Stanley-Pool, en travaux devant lesquels auraient reculé les meilleurs conducteurs des ponts et chaussées, munis des engins que donnent la science en Europe et d'un personnel spécial et suffisant
» Travaux audacieux et gigantesques, quelquefois même surhumains, dirons-nous avec M. Oscar Roger, l'un des collaborateurs, où l'héroïque Stanley dut déployer cette volonté inflexible, cette ténacité, cette adresse qui sont ses qualités prédominantes ; car il s'agissait d'acheminer, avec une poignée d'hommes, les chariots sur lesquels étaient chargés les steamers et les autres impedimenta de tous genres destinés aux stations futures, et cela, à force de bras, par monts et par vaux, à travers les marécages, à travers les torrents qui coulent au fond des vallées, à travers les rivières qu'il passait sans ponts et aux endroits guéables ; ici s'ouvrant par un labeur effroyable, une passe dans l'épaisse forêt vierge où il fallait couper le sous-bois, les lianes enchevêtrées, les arbres qui gênaient ; là pour ne point franchir une montagne escarpée sur les deux flancs, et dont l'ascension et la descente eussent demandé de nombreux jours, et usé peut-être les forces de toute l'expédition, construisant clans le roc, au pied de cette montagne, en déblayant souvent au moyen de la mine, une route remarquable, qui côtoie le Congo comme le Congo côtoyait autrefois cette montagne.
» Transports et travaux mémorables, représentant en résumé ce qu'ont dû être en grand, les expéditions fameuses d'Annibal et de Bonaparte franchissant les Alpes ! »
§ VI. Sur les rives du Stanley-Pool.
Arrivée au Stanley-Pool — On conçoit que l'intrépide explorateur avait hâte d'arriver au Stanley-Pool, et qu'il devait souffrir d'être retenu par les nécessités du service des fourgons.
Jusque-là, absorbé par le travail, il ne s'était pas défié des événements qui se passaient à côté de lui, mais le passage des blancs descendant le fleuve l'avait mis en éveil. C'est là une des causes qui sans doute l'engagèrent à laisser une partie de l'entreprise sous la conduite de ses coopérateurs, et à partir lui-même le 14 juillet, en compagnie de MM. Valke et Braconnier, pour faire une reconnaissance rapide sur le haut fleuve. Partout les populations firent bon accueil à cet homme dont elles avaient admiré l'audace, lorsque quatre ans plus tôt, il descendait les cataractes.
Le 27, on arrivait sur les bords du Gordon-Bennett, où la rencontre de Malamine expliqua à Stanley ce qu'il cherchait. « Nous vîmes
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approcher, dit-il, le drapeau tricolore de la France, flottant haut et précédé d'un personnage d'allure très crâne que je pris pour un nègre européanisé, bien que les traits de son visage appartinssent à un type supérieur. Il portait un costume de marin avec manches ornées des galons de sous-officier. C'était Malamine, le sergent sénégalais, que M. de Brazza avait laissé derrière lui. Deux matelots nègres du Gabon, en pantalons et chemises bleus, le suivaient, l'un tenant le drapeau que nous avions aperçu.
» Malamine parlait fort bien le français et son attitude respirait une mâle résolution. Après que nous eûmes échangé quelques mots, il me montra un papier dont la traduction m'apprit que j'avais sous les yeux un traité aux termes duquel un chef, du nom de Makoko, cédait à la France le territoire compris entre le fleuve Gordon-Bennett et Impila, sur la rive septentrionale du Stanley-Pool ; ensuite de quoi M. de Brazza notifiait à tous les intéressés qu'il prenait possession dudit territoire au nom de la France. »
Stanley, agent supérieur de Y Association internationale Africaine, avait lieu d'être surpris de cette déclaration; mais, respectant le drapeau de la France sur la rive septentrionale du Congo, il se disposa à passer sur la rive méridionale où l'attendait Ngaliéma, un chef ami. Le lendemain, il rendit sa visite à Malamine au village de Mfoua (devenu depuis Brazzaville).
Le jour suivant, il se trouva à un palabre des chefs Batékés, parmi lesquels il reconnut, sous le nom de G-amankono, le chef Mankoneh dont il parle dans son précédent voyage ; mais les indigènes, dont les bonnes dispositions avaient subitement changé, se montrèrent hostiles et menaçants.
« Evidemment », dit le B. P. Augouard, français, témoin oculaire, qui lui-même eut à souffrir d'une réception malveillante analogue, « évidemment M. Stanley, avec ses blancs et ses 70 Zanzibarites » armés de fusils à quatorze coups, pouvait balayer toute la place en » dix minutes. Mais il ne voulut point avoir recours à la violence, et » le hardi voyageur se laissa conduire dans une espèce de marécage, » où on lui refusait même les vivres. C'était dur pour un homme qui » avait ouvert lui-même le chemin et qui avait, trois années aupa- » ravant, laissé le pays ami et parfaitement tranquille. Toutefois je le » félicitai de la conduite pacifique qu'il tenait, pour ne pas compro- » mettre l'avenir. »
Le Makoko de la rive sud. — Stanley passa donc à Ntamo sur la rive méridionale, où il fut reçu par Ngaliéma, en qui il reconnut cet Itsi, avec lequel il avait, en 1877, fait « l'échange du sang ».