III. STANLEY, AGENT DE L'ASSOCIATION DU CONGO
Depuis lors, Itsi, enrichi par son commerce d'ivoire, d'esclaves, de fusils et de poudre, était devenu le chef du pays. Toutefois il était lui-même subordonné à une assemblée d'autres chefs riverains formant une sorte de confédération, dont le plus ancien, celui de Lema, prend le titre de Makoko.
On a fait remarquer en effet que ce titre est commun à plusieurs chefs, et signifie pour les peuples navigateurs du haut fleuve «le roi ou le maître de la rivière. » On en rencontre plusieurs au nord de Bolobo. « Ainsi s'explique, dit M. Wauters, ce nom inscrit sur les cartes portugaises du XVIIe siècle et dont, l'imagination aidant, on a fait le nom de famille d'une prétendue dynastie puissante. »
Le Makoko de Lema régnait donc sur la rive gauche, au S. du Pool, comme le Makoko de Mbé, qui traita avec M. de Brazza, gouvernait sur la rive droite, au N. du Pool.
Et de fait, le 7 novembre, le Makoko de Lema, entouré de chefs subalternes, vint rendre visite à Stanley, lors de son retour d'un voyage de plusieurs mois, que celui-ci venait de faire par la rive méridionale jusqu'à Manyanga, pour en ramener sa caravane.
» En le voyant, dit l'explorateur, je sentis que Makoko ne serait pas pour nous un adversaire. Il avait environ soixante ans, une taille petite, un front élevé, mais étroit, une paire de petits yeux étincelants dans leurs cavités profondes, la face très maigre, et une barbe frisée qui, déroulée, mesurait plus d'un mètre de longueur ! Il prit place sur une peau de léopard, insigne de son autorité, et le palabre commença. »
Stanley prit la parole pour faire connaître ses intentions de se fixer dans le pays, et termina en disant : « Voilà mon histoire. Que Makoko parle et me dise si nous sommes d'accord !
— Voilà bien des jours, répondit Makoko, que nous entendons sans cesse parler de Boula-Matari. Quand nous avons appris qu'il abattait des rochers et pratiquait de grandes routes à travers les forêts, nous avons commencé à nous inquiéter. Quel est, nous disionsnous, cet homme qui ose traiter de cette façon notre pays? Vient-il tout détruire ?... Mais ce qu'on nous a dit nous a rassurés. Nous savons maintenant que vous abattez des rochers et des arbres pour frayer un passage à vos bateaux. Cela est bien, cela est juste. »
L'assemblée salua ces paroles d'un murmure approbatif.
— Je m'adresse aujourd'hui à Makoko, répliqua Stanley, et je lui demande l'autorisation d'acquérir un terrain près de Rintamo, aux environs du fleuve, où mes bateaux pourraient aller et venir sans danger. Qu'a-t-il à me répondre ?
« — Rien que ceci, dit Makoko d'un ton bienveillant. Je suis heureux de voir Bonla-Matari et ses fils. N'ayez aucune crainte. Nous vous donnerons des terres la où vous désirerez bâtir. Je tiens à voir ici le plus grand nombre de blancs possible. On m'apporte depuis longtemps bien des objets fabriqués chez les blancs et j'ai souvent désiré voir ceux qui sont capables de faire d'aussi belles choses. On me dit que c'est votre peuple qui fait tout ce drap, ces perles, ces fusils, cette poudre, ces vaisselles, ces verres. Ce doit être un grand peuple, un bon peuple. Tranquillisez-vous. Vous bâtirez à Kintamo ; et je voudrais bien le voir, l'homme qui dirait non, quand Makoko dit oui.
» Ainsi, ce petit bonhomme, si frêle en apparence, était un brave !
>, C'est sous cette excellente impression que nous acceptâmes des cadeaux de vin de palme, de chèvres, de poulets et de bananes, en échange desquels nous le comblâmes de présents.
« — Ngalyema vous a donné son sceptre comme gage de son amitié et comme passeport, me dit encore Makoko avant la fin de cette heureuse journée. Acceptez des mains de Makoko cette épée, pour montrer à tous que Boula-Matari est le frère de Makoko. »
Fondation de la station de Léopoldville. — Ainsi fut obtenue l'autorisation de fonder la 4e station de V Association internationale, à laquelle Stanley donna le nom de Léopoldville, « pour honorer le généreux et royal fondateur de Y Association internationale du Congo. »
Les négociations avaient duré de longs mois, grâce surtout â l'esprit cauteleux des marchands d'ivoire.
D'autre part, les difficultés furent grandes pour amener jusque là le matériel que l'on traînait depuis deux ans d'obstacle en obstacle, â travers montagnes et cataractes ; mais aussi quel beau jour que celui où Stanley du haut du Mont-Léopold, qui domine Ntamo, entrevit tout â coup la partie navigable du fleuve et l'immense panorama du Stanley-Pool ! Il résolut de se fixer sur la pente nord du Mont-Léopold à 25 mètres d'altitude au-dessus du lac et â 300 mètres de distance de la baie de Kintamo.
» Je parcourus, dit-il, le terrain dans tous les sens, pour trouver un emplacement à la fois pittoresque, facile à défendre contre toute attaque, et voisin de la crique de Ntamo où mouillerait notre flottille.
» Les habitations de nos employés nègres pourraient être installées entre les magasins, les résidences des Européens et Ntamo, le tout entouré de vastes jardins de bananes et d'arbres fruitiers qui orneraient l'entrée de la station d'un décor de riante verdure. Une