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III. STANLEY, AGENT DE L'ASSOCIATION DU CONGO

terrasse taillée dans le flanc de la colline servirait de tête à une large route, qui traverserait la plaine et qu'ombragerait peut-être quelque jour des rangées de beaux arbres. Je tenais à donner tout l'éclat de la civilisation à l'avant-plan du tableau que découvrirait le voyageur lorsque, pour la première fois, son regard se promènerait des bords de la plaine à la large expansion d'eau formée par le Stanley-Pool. »

Le 1er décembre, à l'aube, une centaine d'hommes quittèrent le camp, et, à l'aide de machettes, de houes et de haches, tracèrent, en ligne droite, un sentier aboutissant à l'emplacement de la future station, dont la construction remplit les quatre mois, de décembre à avril.

Stanley pouvait dès lors préparer la suite, si longtemps différée, de son voyage sur le haut Congo, et se mettre à la recherche de nouveaux champs d'aventures et d'exploitation.

§ VII. Du Stanley-Pool au lac Léopold IL

Sur le Pool. — Le 19 avril 1882, à six heures du matin, Stanley s'embarqua pour sa première excursion sur le Haut-Congo, avec Y En-Avant, une baleinière, deux canots, quatre employés blancs, quarante-neuf noirs, et une cargaison représentant 129 charges d'hommes.

En effleurant la rive méridionale, on contourne la pointe rocheuse de Kallina et l'on poursuit en longeant le territoire de Kinchassa. Le steamer mit plus d'une heure à franchir le large bras méridional du Congo, coulant entre l'île Bamou et la rive gauche. Jusqu'à cinq heures de l'après-midi, il côtoie ladite île, où l'on fait halte dans une crique pour y passer la nuit et s'approvisionner de bois. Cette île, longue d'environ 22 kilomètres, occupe le centre du Stanley-Pool. La majeure partie du terrain est basse, c'est-à-dire qu'à marée haute, l'eau la submerge aux trois quarts. La partie sud-est mérite le surnom de «parc d'hippopotames», car ces pachydermes y sont toujours nombreux : deux cents au moins tirent leur subsistance de ce terrain plat, hérissé d'herbes et de roseaux.

«Lorsqu'on est au-delà de Rimpoko, dit Stanley, tout à coup, parmi des arbres gigantesques, nous apercevons des singes qui, à notre approche, bondissent de branche en branche, tandis que des aigles à col blanc s'élancent de leurs perchoirs avec un cri perçant et volent vers l'île en battant leurs larges ailes déployées. En même temps, des oiseaux plongeurs et des martins-pêcheurs filent devant notre

bateau doni le halètement étrange chasse devant lui toute la nature animale effrayée de ce bruit inconnu.

» L'effet de notre steamer sur les troupeaux d'hippopotames du voisinage était curieux à observer. Oreilles dressées, yeux fixes, tête attentive, ces amphibies semblaient nous étudier de loin avecétonnement ; puis troublés, affolés par l'horrible sonorité de la machine à vapeur, ils s'enfuyaient pesamment, en se bousculant les uns les autres dans leur course. Bien autres, les crocodiles. Ceux-ci s'élançaient vers nous avec la vélocité et la rectitude d'un torpille Whitehead. Point de doute, ils étaient résolus à ne s'arrêter qu'après avoir percé de part en part la coque d'acier du navire, avec leurs têtes en forme de vrilles ; mais arrivés à cinq ou six mètres, ils plongeaient probablement pour explorer la quille, et revenaient ensuite a la surface, pour se remettre à notre poursuite jusqu'à leur complet essoufflement.

» Mais, comment dépeindre l'incomparable fleuve du Congo, l'effet du soleil africain sur les bois solitaires qui tapissent les gorges et les flancs des coteaux, et sur les montagnes dont ce soleil couronne les sommets d'une éternelle auréole ? Ces tableaux superbes se révèlent de tous côtés, et attendent tranquillement la venue du poète congolais qui célébrera leur grandeur. Des patriotes américains vantent, dans une langue poétique fabriquée tout exprès, la magnificence de la nature dans la région du Mississipi. Pour ma part, je n'ai jamais rien vu, de Belize à Omaha, qui fût digne de pareilles louanges... J'ai beau passer en revue mes souvenirs de l'Indus, du Gange, de l'iraouaddy, de l'Euphrate, du Nil, du Niger, de la Plata, de l'Amazone, je ne me rappelle rien qui ne soit surpassé par les charmes naturels de ce paysage africain, demeuré inconnu et dédaigné depuis le jour lointain où la région montagneuse du Congo fut déchirée pour la première fois, par quelque bouleversement volcanique ou quelque convulsion terrestre. »

Station (5e) de Msouata. — Le 26 avril, Stanley arrivait devant Msouata. Après avoir un peu parlementé avec les indigènes accourus sur la berge, il fut invité par eux à mettre pied à terre. Le chef Gobila, personnage très obèse, âgé d'environ quarante-cinq ans, portait un costume fort peu royal. Les aborigènes sont des Banfounous, gouvernés par Gandelay, sans l'assentiment duquel il eût été superflu de passer un contrat, car un mot de lui eût suffi pour rendre la convention nulle. Instruit de l'arrivée du blanc, Gandelay parut à Msouata, avec un cortège imposant précédé de musiciens. Ganchou, chef des Batékés de la rive droite, vint aussi avec trois

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