‹ Stanley l'africainChapitre 4 sur 76 · SES PREMIERS VOYAGES · texte numérisé non relu

SES PREMIERS VOYAGES

(auberge) de Gross-Foxes, à Glasgow. Il dînait avec elle et son beaupère le jour de Noël.

Puis il visitait au cimetière de Denbigh la tombe de son grandpère. Il se rendait au workbouse de Saint-Asaph, offrait un goûter de gâteaux et de thé aux pauvres enfants qui l'habitaient. Il montait an château de Denbigh au pied duquel s'étaient écoulées ses premières années, et sur le livre des visiteurs il inscrivait la mention suivante :

Guerre américaine. Combat d'un monitor et d'îin vaisseau de ligne.

« H Décembre 1866. — John Rowland, autrefois de ce château, » actuellement enseigne de vaisseau dans la marine des Etats-Unis » d'Amérique, à bord du Ticonderoga; pour le présent en congé. »

Le séjour de M. Stanley dans son pays natal, en 1866, ne dura pas moins de sept semaines.

Sa mère a raconté comment elle apprit alors qu'il avait changé de nom. Le facteur rural de Saint-Asaph venait de s'arrêter devant sa porte avec des lettres adressées â H. M. Stanley, esquive, en demandant si l'on connaissait quelqu'un de ce nom ; il s'était déjà vainement adressé dans ce but au presbytère. Bet-y Parry, devenue mistress Jones, s'empressait de répondre qu'il n'y avait pas de Stanley

chez elle, quand son Bis lui dit : « — Ma mère, ces Lettres sont pour moi. » La bonne dame resta stupéfaite et s'écria: « — Quoi! John!... avez-vous donc changé de nom ?... Et pourquoi cela?... »

Il sourit sans répondre. Mais elle lui fit tant de remontrances à ce sujet, que, pendant toute la durée de son séjour auprès d'elle, il se laissa appeler John Rowland, comme devant.

Voyage en Syrie. — Au terme de ses vacances, le jeune enseigne de la marine américaine retourna à Constantinople, non pour y rejoindre son navire, mais pour réaliser le projet qu'il avait formé de visiter la Palestine et toute la Syrie. Ce voyage devait avoir une influence décisive sur sa carrière, en lui révélant à lui-même le talent descriptif dont la nature l'avait doué. Jusqu'alors, M. Stanley, tout en complétant par de fortes lectures personnelles l'instruction purement élémentaire que lui avait donnée le workhouse, ne s'était pas encore essayé à l'art d'écrire. Les aventures bizarres où il se trouva jeté au cours de cette excursion, en devenant le sujet d'un récit des plus attachants, publié par le Levant Herald, lui firent comprendre qu'il était fait pour voir des choses extraordinaires et pour les raconter.

Avec deux Américains, MM. Noë et Cook, qui faisaient comme lui le pèlerinage du Liban, du Sinaï, de Jérusalem et de tous les lieux bibliques, M. Stanley tomba en effet, près de Smyrne, aux mains d'une bande de brigands, et se vit non-seulement dépouillé de tout ce qu'il possédait, mais accusé de vol par les mécréants eux-mêmes. Les trois jeunes gens furent assez heureux pour se tirer d'affaire et, après de nombreuses péripéties purent regagner Constantinople, à la vérité presque nus et à peine enveloppés de mauvaises couvertures.

Inutile de dire que le consul général des Etats-Unis prit l'affaire en main avec une énergie qu'il faudrait souhaiter à tous les agents européens ; les brigands furent retrouvés et punis ; les trois victimes obtinrent du grand-vizir Ali-Pacha toutes les satisfactions et indemnités convenables. Mais la narration publiée par le Levant Herald avait été pour M. Stanley la révélation de ses facultés littéraires. En retournant aux Etats-Unis, au terme de son congé, il renonça à la carrière navale pour entrer dans la presse.

Use fit reporter, c'est-à-dire correspondant-voyageur de journaux.

« L'Amérique, dit M. Burdo, est la vraie patrie du reporter. Làbas, où tout se fait dans des proportions géantes, le reportage atteint des limites telles que nos pays en offrentpeu d'exemples ; les reporters des grands journaux ont des traitements de ministres. Ajoutons que tout n'est pas rose dans leur métier : tandis que leurs confrères

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d'Europe pontifient le plus souvent au sein des émanations de l'art et delà science, les reporters d'Amérique ont presque constamment le fusil à l'épaule, et marchent en soldats à la suite des colonnes guerrières. Dans ces vastes contrées où tant de territoires sont encore sauvages, il y a toujours quelque coin où l'on se bat : c'est là que le reporter doit être tout d'abord. »

C'est au Missouri Democrat et à la New- York Tribune qu'il gagna ses éperons de correspondant militaire, en accompagnant le général Hancock dans une rude campagne contre les Peaux-Rouges, Cheyennes et Riowas. De là il fit une descente hardie, en simple radeau, de la rivière peu connue la Plata, jusqu'à sa jonction avec le Missouri. Ses lettres furent remarquées et lui valurent d'être choisi par le New-York Herald, aux appointements de 20000 francs par an, pour accompagner l'armée anglaise en Abyssinie.

En Abyssinie. — « On était alors en 1867, dit M. Burdo. L'Angleterre préparait sa grande expédition d'Abyssinie, et Stanley la devançant sur la mer Rouge, envoya à son journal les premières nouvelles du débarquement des troupes et de l'organisation des caravanes de transport du corps expéditionnaire. Dans cette campagne fameuse, qui rappela par ses proportions géantes les fastes des guerres Puniques, comme jadis à Carthage tout un corps d'éléphants guerriers fut chargé du transport et du ravitaillement des troupes. Ces animaux avaient été amenés des Indes à grands frais, et ce fut merveille de les voir traverser forêts, montagnes, ravins, avec une docilité surprenante, puis jeter l'épouvante au milieu des populations ennemies.

« De sa plume chaude et vibrante, qui savait communiquer au public l'enthousiasme de l'écrivain, Stanley sut décrire avec une force dramatique empoignante les péripéties de cette guerre lointaine ; et quand Magdala fut prise, quand Théodoros vaincu, trouva la mort dans son désespoir, ce fut Stanley qui le premier en expédia la nouvelle avec une rapidité si surprenante que le New-York Herald put la publier un jour entier avant que le ministère anglais en eût eu connaissance par l'état-major qui opérait sur les lieux. »

« C'est à cette occasion, dit le Temps, que se rapporte une anecdocte souvent répétée depuis,, et attribuée successivement à plusieurs correspondants militaires. Non content d'arriver le premier au télégraphe, M. Stanley voulait encore être certain d'une avance de plusieurs heures sur ses confrères. Il ne trouva pas de meilleur moyen que d'annexer à sa dépêche quelques pages de la Bible, qu'il fit transmettre imperturbablement, tandis que les autres correspondants

attendaient en bouillant d'impatience le moment de prendre leur tour. »

Ces choses d'éclat avaient fixé sur M. Stanley, comme sur le plus énergique des correspondants-voyageurs, l'attention du moudeanglosàxon. Au retour de la campagne d'Abyssinie, il était déjà quasi célèbre, et, en l'envoyant d'Espagne à la recherche de Livingstone, le directeur du New-York Herald savait d'avance qu'il mettait l'entreprise en bonnes mains.

Nous dirons avec quel succès, avec quel prodigieux retentissement dans le monde, le brillant journaliste accomplit sa mission.

Au voyage à la recherche de Livingstone, débutant par une course rapide en Egypte, au Caucase, en Perse et dans l'Inde, 1869-71, succéda la campagne de l'Achanti (côte de Guinée), à la suite de l'armée du général anglais Wolseley qui prit Coumassie, nid de brigands esclavagistes (1873-74); puis la grande exploration du Continent noir, 1874-77, l'expédition au Congo, 1879-84, et enfin celle de la recherche d'Emin-Pacha, 1887-89, dont nous parlerons en détail.

Stanley et sa famille. — Rentrons dans le sujet spécial de cette étude, en notant les visites que M. Stanley, définitivement passé grand homme, continuait de faire à son pays natal. Un rédacteur de la Western Mail a obtenu sur ce point, des renseignements directs de la bouche même de mistress Jones, la mère de l'illustre explorateur, depuis lors décédée (1886). Elle était déjà au lit de mort, quand il l'a visitée, dans le cottage qu'elle habitait avec son mari contre le mur de Bodelwyddan Park, près de Saint- Asaph, dans le pays de Galles.

Tout, en cette humble demeure, nous dit-il, respirait l'aisance et la propreté. Un bon feu de houille brûlait dans la cheminée ; le dressoir et la table de chêne brillaient comme des miroirs ; au mur, une gravure d'après Landseer représente un cerf dix-cors, « le Monarque des forêts » ; un dessin à la mine de plomb, de plus petites dimensions, porte cette indication :

« Théodoros, roi d'Abyssinie, dessiné d'après nature, immédiatement » après la prise de Magdala, parR. H. Holms, archéologue attaché à » l'expédition. — Offert par lui à son ami Stanley. »

Le reporter, courtoisement accueilli par M. Jones, demande à voir la malade, en énonçant ses noms et qualités. M. Jones répond qu'elle est très faible et qu'elle a toujours refusé de se laisser questionner par les représentants de la presse ; elle sait que cela déplaît à Stanley. Une fois même, un journal illustré désirait publier son portrait ; mais elle a demandé l'avis de son fils, qui l'a priée de ne pas autoriser cette publication; la réponse, signée Stanley, était accompagnée

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d'une forte somme d'argent, à titre de compensation pour la prime offerte par le journal. Sur l'insistance du reporter, mistress Jones se laisse vaincre et, après un quart d'heure d'attente, consacré sans doute à faire la toilette de la malade et de son appartement, le reporter est introduit dans la chambre à coucher.

« La mère de Stanley, âgée de soixante-quatre ans, était d'une grande pâleur. Mais ses beaux yeux gris, son front pur et intelligent, l'expression de bonté répandue sur sa physionomie n'en étaient que plus remarquables... Je balbutiai quelques excuses.... Elle me dit que depuis vingt-trois semaines elle n'avait pas quitté son lit. — Y a-t-il longtemps que vous n'avez vu Stanley? lui demandai-je. — Depuis le mois d'octobre 1884. C'était â Manchester, lors des conférences qu'il donnait au hall du Libre Echange. Mais il m'a écrit depuis, en Mars 1885.... — Y a-t-il longtemps qu'il n'est pas venu ici? — Depuis la Noël de 1870, à son retour d'Abyssinie. Il n'y passa alors qu'une semaine. Mais je l'avais vu à Londres dès son arrivée.... Je savais qu'il était parti pour l'Abyssinie, mais j'ignorais en quelle qualité. Un jour, une dépêche nous arriva à Denbigh, où nous vivions alors. Elle était de John (la bonne dame disait tantôt John, tantôt Stanley) et me priait d'aller sans délai le voir à Londres. Or, nous venions justement de payer notre patente (pour le public-house de Gross-Foxes), et il ne nousrestait que l'argent du loyer. Je ne savais trop que faire, car j'avais grand désir de voir mon fils. Quand mon mari rentra, je lui montrai la dépêche, il me dit aussitôt : Prenez l'argent du loyer et partez. Sur ces entrefaites, ma fille Emma (sœur > de Stanley), qui était mariée à Rhyl, arrive chez nous et me montre une dépêche pareille à la mienne, la priant également de se rendre à Londres.

« Nous voilà parties, après avoir annoncé par le télégraphe que nous nous mettions en route.... Nous arrivons à Londres, et, sur le quai, j'aperçois mon John (Stanley), vêtu comme un prince : il avait un pardessus garni de fourrures, un chapeau haut de forme, et fumait un cigare. Emportée par mon émotion, je me mis à crier : John !... John !... John!... Alors, il vint à moi, me prit dans ses bras et me donna cent baisers »

A ce souvenir, la bonne dame se mit à pleurer, et pendant quelques instants il lui fut impossible d'ajouter un mot. Mais enfin, elle reprit son récit. « Il nous fit monter dans un cab et nous conduisit au Gastle-and-Falcon-Hôtel, près de Saint-Martin's-le-Grand. Il habitait en face, au Queen's-Hôtel. En arrivant, je remarquai dans le vestibule des gens tout en noir, comme des clergymen, et je deman-

dai à mon fils qui ils étaient. J'appris que c'étaient des garçons de service. Stanley dîna avec nous, puis il nous laissa en recommandant de nous bien loger.... On nous fait monter un escalier de marbre et l'on nous mène dans une chambre si belle que je n'en croyais pas mes yeux. Toute la nuit, je pensais : Combien cela va-t-il coûter, bon Dieu? 11 faut que mon fils ait perdu la tête pour nous conduire dans un hôtel aussi luxueux. Et il m'était impossible de dormir, parce que je songeais à la brèche que tout cela ne pouvait manquer de faire à l'argent du loyer... Mais le matin arrive une lettre pour moi, avec le nom de Stanley imprimé sur un coin de l'enveloppe. Elle contenait un billet de cinq livres (125 francs) et un mot où il nous disait d'aller au Cristal-Palace. Emma et moi nous y passâmes la journée. Le soir, John vint nous prendre et nous conduisit au théâtre, dans une « petite chambre » qui lui coûta deux guinées (50 francs). Nous étions assises sur le devant et lui dans le fond; je remarquai que tout le monde nous regardait avec de longues lunettes.... Le lendemain matin, un commissionnaire m'apporta une bourse pleine de pièces d'or, que je pris d'abord pour des jetons de cuivre, comme j'en avais vu la veille au Cristal-Palace. Mais Emma se moqua de moi, et Stanley, quand elle lui conta ma méprise, me dit : — - Mère, vous ne me croyez pas capable de vous donner autre chose que de l'or!... »

La mère et le fils se revirent à plusieurs reprises pendant son séjour en Angleterre. Dans une circonstance même, s'étant trouvé obligé de partir subitement pour Paris, M. Stanley se fit suivre d'elle et de sa sœur et les garda quelques jours avec lui au Grand-Hôtel. Puis il s'en alla à Madrid et de lu à la recherche de Livingstone, en disant à sa mère : « Je m'en vais tenter une entreprise qui étonnera le monde, si elle réussit, et qui honorera le nom de votre fils. »

Et il l'a fait aussi ! ajoutait la pauvre femme, les yeux brillants d'orgueil.

Après cette expédition, M. Stanley revint directement en Angleterre, où il fut reçu avec des honneurs dignes de l'immense service qu'il venait de rendre à la science et à la civilisation. Mais, devenu un homme public, littéralement assommé de la curiosité de la presse et des badauds, condamné en outre par ses engagements avec le New-York Herald a rester fidèle a son rôle de Yankee, il se vit obligé d'apporter plus de réserve dans ses rapports avec sa mère, et ne la reçut plus qu'en particulier, sinon en secret. D'où, chez les autres membres de la famille, une irritation qui se traduisit par des scènes parfois pénibles. On l'accusait de rougir de sa mère et de son pays ; on se refusait à comprendre les nécessités de sa situation, et, jusque

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dans les cabarets de la principauté de Galles, on serrait les poings en parlant de lui comme d'un renégat et d'un traître.

Son beau-père, M. Jones, prenait les choses plus froidement, mais venait lui soumettre trois-raisons « d'humanité, d'honneur et de bon sens », pour qu'il se déclarât son beau-fils et le loyal sujet de la reine Victoria. M. Stanley répondait toujours : — Je ne le puis pas....

Il avait déjà perdu sa sœur Emma, le seul membre de sa famille pour qui il éprouvât une affection sincère. Sa mère est morte au commencement du mois d'Avril 1886. Les derniers liens de famille qui l'attachaient à la Grande-Bretagne se trouvent ainsi dissous. Plus que jamais, il pourrait se considérer comme citoyen américain. — Mais d'un autre côté, la part considérable qu'il vient de prendre dans les intérêts de l'Angleterre, sa véritable patrie, en allant délivrer Emin-Pacha à la tête d'une expédition anglaise ; et celle qu'il prendra peut-être bientôt dans l'organisation et l'extension des colonies britanniques de l'Est- Africain, le rattacheront sans doute à son pays maternel, dont rien du reste ne le sépare absolument.

Quoi qu'il en soit, voilà l'homme et son caractère expliqués par sa biographie. Sa dureté apparente, sa mélancolie profonde, la cuirasse d'indifférence qu'il oppose à la foule et ses allures quelque peu mystérieuses, tout cela est la floraison des douleurs et des révoltes d'une cruelle enfance.

Son caractère. — Et, comme si les injustices du passé ne suffisaient pas à rendre cet homme grand par la souffrance, il faut qu'aujourd'hui encore au milieu des acclamations qui l'accueillent à son retour de son quatrième voyage en Afrique, il ait dans la presse des détracteurs jaloux qui cherchent à le discréditer.

On lui a reproché amèrement le sang qu'il a fait couler dans ses grandes traversées africaines, comme s'il eût dépendu de lui d'éviter toujours les combats qu'il eut à soutenir contre des tribus cannibales vivant de carnage, ou croyant peut-être user de représailles contre des blancs qu'elles prenaient pour les affreux traitants arabes. Doué d'une volonté indomptable, servie par un tempérament de fer, il a su au besoin briser les obstacles qui s'opposaient à sa marche et qui eussent fait reculer des âmes moins bien trempées ; mais une fin avouable ne justifie-t-elle pas les moyens nécessaires que l'on emploie pour y arriver ? Lui était-il possible de descendre le Congo, comme aussi' d'aller secourir Emin-Pacha, buts bien louables certainement, sans s'exposer à ces combats meurtriers dans lesquels il ne voulait que défendre sa propre existence et celle de ses compagnons ?

D'ailleurs, ;'i part Livingstone peut-être, il n'est pas d'explorateur traversant le premier des peuplades sauvages qui ne se soit vu Sans des nécessités pareilles. En outre, un fait remarquable c'est que Stanley lui-même, <lr retour au Congo pour l'établissement des stations de l'Association, a pu y passer cinq années sans conflit sanglant, même avec les cannibales qui l'avaient si mal accueilli la première fois. C'est qu'alors il était maître des circonstances et sut tourner les obstacles sans avoir à les briser.

Quoi qu'il en soit, l'âme de Stanley semble se retremper volontiers dans les grandes pensées de la Divinité, qu'il loue ù vingt endroits de ses lettres et de ses narrations. « Laus Deo ! » écrit-il â la fin de son grand ouvrage : A travers le continent mystérieux. — « Que Dieu soit loué ! Qu'il soit remercié de m'avoir guidé dans ma course et de m'avoir amené à bon port, » répétait-il dernièrement à Bagamr vo, en répondant au toast porté en son honneur par le major Wissmam qui venait le complimenter au nom de l'Empereur d'Allemagne.

De tels sentiments sont le meilleur garant des bonnes intentions d'un homme, quelle que soit d'ailleurs l'âpre té de son caractère, et, il est consolant de les constater en Stanley : cet explorateur incomparable manifeste sa religion sans respect humain, alors que certains voyageurs bien médiocres se font trop souvent gloire d'impiété ou de scepticisme.

Stanley, il faut bien le dire, est protestant, il a été élevé dans les enseignements de l'Eglise anglicane ; mais il se fait voir essentiellement chrétien par sa foi, que ne contredisent nullement ses actes. En plus d'une circonstance, il a rempli lui-même le rôle d'apôtre, notamment à la cour du roi Mtéça, et il a provoqué l'arrivée des missionnaires français dans la région des Grands lacs. Nous le verrons rendre les meilleurs témoignages aux résultats des missions catholiques de Bagamoyo. Jusqu'à un certain point on pourrait peutêtre lui appliquer les paroles suivantes, que le grand Pie IX adressait à un protestant allemand :

« Voyez-vous, il n'y a qu'un Dieu, qu'une foi, qu'un baptême ; cela s'appelle l'unité catholique, en dehors de laquelle il n'y a que confusion et pas de salut. C'est le malheur des protestants d'en être sortis. Non pas, toutefois, qu'il soit impossible de se sauver parmi eux ; il en est un certain nombre qui seront au ciel, parce qu'ils ont vécu dans une ignorance invincible, et que, cependant, leur vie a été pieuse. Ils appartiennent à l'Eglise sans le savoir. »

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