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III. STANLEY, AGENT DE L'ASSOCIATION DU CONGO

que ces roues monstrueuses, un instant arrêtées, ne se remettent à tourner et à renverser toutes les chaloupes. »

G-ankabi, la reine du Kassaï. — « En arrivant à l'entrée du Mfini, deux canots très bien dirigés nous abordent. Dans le premier se tient une femme qui joue vigoureusement de l'aviron et ramène, de temps en temps, le bras droit à la hanche, d'une façon très originale. Ankoli notre guide la reconnaît immédiatement : « Voilà Gankabi, la reine du pays ! » s'écrie-t-il.

Fe?nmes indigènes de F Afrique centrale. La mode du fiêlélé perçant la lèvre.

» Il va sans dire que, en présence d'une célébrité telle que la reine de Mousyé, amie de Gobila et principal personnage de l'a région, nous nous empressons de faire halte. Elle, sans la moindre hésitation, sans le plus léger signe de timidité, manœuvre de façon a amener bord à bord avec nous son canot, qui n'a pas moins de quatorze mètres de longueur. Gela suffit, cela seul dénote du caractère. Gankabi rentre ses avirons, et mettant le point sur la hanche, nous dévisage pendant plus de cinq minutes avec attention, sans desserrer les dents.

» Boula-Matari examinait la reine comme la reine l'examinait.

176 STANLEY l/Al'IUCAIN.

A part la chevelure et la couleur de la peau, colle femme n';ivait rien du type nègre. Dessinez un portrait de Marthu Washington ; colorez-le d'une teinte bronzée, ornez la tête de cheveux courts et crépus, et vous aurez sou* les yeux le portrait de Gankabi. Si c'est un portrait en pfed que vous esquissez, représentez une statue de 1 m. 70, des épaules carrées, des lignes pleines, le tout couvert d'un ample vêtement d'herbes sèches, sauf le buste et les pieds qui sont nus. Et n'ajoutez aucun ornement, à l'exception d'un bracelet de cuivre entourant le poignet. Voilà l'image vivante de la reine.

» Parmi les négresses, ce genre de physionomie austère, sans mobilité, aux yeux fixes, résolus, et au regard sincère, est excessivement rare.

« — Ainsi, vous-êtes Boula-Matari ? (la reine de Mousyé avait l'intonation de voix d'un juge interrogeant un prévenu).

— Boula-Matari, précisément.

— Venez avec moi, vous pourrez vous arrêter à Ngeté aujourd'hui, et nous nous rendrons demain à Mousyé.

» Cette femme commandait déjà.

— Hélas! Gankabi. Je suis allé à Mousyé. Nous remontons le fleuve et nous voulons aller jusqu'au bout.

— Quoi ! vous ne voulez m'accompagner que jusqu'à Ngeté ? Savez-vous que je m'appelle Gankabi et que l'on fait tout ce que j'ordonne ? Voyons ?

■ — C'est juste; Ankoli m'a parlé de Gankabi. Gobila également. Je sais que Gankabi, mère de Bougoukou et reine des Ouaboumas, est puissante; mais savez-vous que je m'appelle Boula-Matari, moi?

» Il n'y a rien de tel que de prendre un air de suffisance vis à vis de gens aussi importants. Si je n'avais exagéré ma personnalité, cette virago m'eût fait mesurer la force de son bras, car elle tenait toujours son aviron à la main!...

» Elle m'interrompit :

— Silence ! Suivez-moi sur le champ à Ngeté : Qu'espérez- vous voir sur ce fleuve ? Au delà de Ngeté, il n'y a rien...

— Ce serait regrettable, mais je dois, néanmoins, poursuivre mon chemin jusqu'au bout du fleuve.

— Et qu'en ferez-vous de ce fleuve, quand vous l'aurez vu ?

— Bien.

— Trêve de plaisanteries, alors. Ecoutez-moi. Vous allez rester ici, au bord de l'eau. Je vais aller vous chercher des provisions, et nous partirons ensuite tous ensemble pour Mousyé.

» Aucun argument ne triomphait de l'entêtement de cette femme.

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