III. STANLEY, AGENT DE L'ASSOCIATION DU CONGO
Elle finit par nous décider à la suivre jusqu'au village le plus proche. Là, nous devions l'attendre pendant qu'elle irait chercher ses bagages à Ngeté, pour revenir ensuite nous prendre et nous conduire à Mousyé .
» Au village, elle nous fit présent d'une chèvre et de bananes, que nous acceptâmes avec reconnaissance, puis elle prit congé de nous, suivant le programme convenu. Une heure s'étant écoulée sans qu'elle eût reparu, nous profitâmes de la circonstance pour nous esquiver et reprendre notre exploration sur le fleuve. »
Découverte du lac Léopold II. — Le 26 mai, on continuait à remonter le Mfini en longeant une forêt d'herbes marines, qui laisse toutefois à la navigation une largeur de 450 mètres. Mais au bout de deux heures, elle offre une solution de continuité, et aussitôt, l'explorateur émerveillé voit devant lui une nappe d'eau de 30 kilomètres d'étendue. Grande est sa surprise ! Pour la première fois, la vérité se fait jour. Il est sur le point de pénétrer dans un lac ou un vaste marais !
Examinant avec attention les rives, il constate que son navire les côtoie avec une rapidité inaccoutumée. — Halte ! Qu'on renverse les machines !... Puis il fait jeter par-dessus bord un fil à plomb : le fleuve a 6 m. 60 de profondeur.
Un promontoire, sur lequel se détachait nettement un palmier solitaire, faisait saillie sur la rive droite, et plus il s'en rapprochait, plus il éprouvait la certitude que le hasard l'avait conduit sur un lac, car, à main gauche, les collines fuyaient à une distance de huit kilomètres, et en face, il n'y avait rien qu'une immense étendue d'eau .
L'eau du lac, recueillie dans un verre et examinée à la clarté du soleil, avait la couleur du cognac ; on eût dit de l'encre, quand on la voyait couler dans son lit.
De magnifiques terrains bordaient les anses, mais les hauteurs qui s'étageaient derrière n'offraient aux yeux qu'un rideau continu de forêts. L'expédition manqua d'y mourir de faim, car elle n'avait emporté que peu de vivres, et les indigènes riverains du lac sont si farouches qu'il était impossible d'en rien obtenir.
Néanmoins, les jours suivants furent meilleurs et, à force d'activité, l'heureux découvreur fit le tour du lac, auquel il donna le nom du roi Léopold II.
La descente du fleuve. — Le 1er juin 1882, Stanley, malade et atteint d'hydropisie causée par les fatigues, quitte le lac Léopold et reprend le chemin deMsouata et de Léopoldville, où il rentre le 12.
Après avoir donné des ordres a ses lieutenants Hanssens, Goquilhat, Brunfaut et Pagels, pour l'établissement des stations sur le; fleuve jusqu'à l'Equateur, il descend a Vivi avec ses fidèles Zanzibarites qui, arrivés au terme de leurs trois ans de service, devaient être rapatriés.
A Vivi, le docteur Pescbuel-Loecbe lui soumit ses lettres de créance. Il était porteur d'un ordre du président de Y Association Internationale, le nommant commandant de l'expédition du Haut-Congo, pour le cas où Stanley serait lui-même forcé de prendre sa retraite, par suite d'un accident ou d'une maladie: c'était tout ce qu'il fallait à notre voyageur, dans l'état où il se trouvait : aussi en profita-t-il pour faire un court voyage en Europe.
Voyage à, Bruxelles. — Le 15 juillet, le steamer la Belgique le transporta sur le bas Congo à bord du vapeur le Héron, qui arriva le 19 à St Paul de Loanda, ancienne ville de traite des noirs, déebue depuis la ebasse aux négriers faite par les croiseurs anglais. Le 27 août, il repartit à bord du navire portugais le China, qui fit vapeur pour San Tomas, les îles Madère et l'Europe.
A peine arrivé à Bruxelles, il exposa verbalement l'état des affaires en Afrique, au Comité de l'Association internationale du Congo, qui désormais s'était substitué au « Comité d'études. »
Il déclara immédiatement la nécessité d'un chemin de fer reliant le Bas et le Haut-Congo, « Bien mieux, ajouta-t-il, vous ne pouvez espérer arriver à un résultat sérieux, si vous n'obtenez pas de l'Europe une charte vous autorisant à construire ce chemin de fer, à gouverner le territoire qu'il traversera ; en un mot, à en rester les seuls gardiens, à l'exclusion de toute autre puissance. » Le chemin de fer ne pouvait être financièrement avantageux que si l'on amenait les commerçants et les colons à tenter l'exploitation du bassin du Congo, en leur garantissant la plus grande somme de liberté possible.
» La première phase de la mission a pris fin, disait encore Stanley ; elle s'est heureusement accomplie. Nous savons maintenant les voies de communication qu'il est possible de maintenir entre le Haut-Congo et l'Atlantique. Beste à obtenir des chefs indigènes habitant, les rives du fleuve qu'ils nous cèdent leur autorité, pour empêcher des tiers de venir nous enlever les fruits de nos conquêtes. L'existence même de Y Association y est subordonnée ; si les conditions que je signale ne sont pas remplies, nous aurons semé au profit de quelque autre puissance, oisive pendant les semailles, active au moment de la récolte. »
Le Comité se rangea unanimement à cet avis. Un examen sérieux