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III. STANLEY, AGENT DE L'ASSOCIATION DU CONGO

homme blanc, lui concéda un terrain pour l'établissement d'une station et accepta le drapeau de l'Association.

Grande et chaleureuse réception également à Roubouga (rive sud), où Stanley avait déjà, il y a sept ans, été favorablement accueilli ; puis à Bourouba et a Oupoto (rive nord), où des concessions furent obtenues et scellées par l'échange du sang. « Le nombre de mes « frères » s'élève bien maintenant à cinquante, dit-il. Imposante famille ! Et dire que je me suis "engagé à aimer et à défendre tout ce monde jusqu'à la mort ! »

L'exploration se continuait donc sous les plus heureux auspices.

Au confluent de l'Arouwimi. — Mais ce n'est pas sans une certaine appréhension que Stanley approchait du confluent de la grande rivière Arouhwimi, où, en 1877, il avait eu à soutenir de si terribles combats pour défendre sa vie et celle des hommes qui l'accompagnaient dans son aventureuse traversée de l'Afrique.

Il y arriva le 15 novembre, à 3 heures de l'après-midi, et s'en alla camper sur la rive gauche, en face de ces mêmes villages des Basokos qui avaient lancé contre lui un nombre si considérable de canots de guerre.

Aussitôt la rive opposée s'anima ; comme autrefois les grands tambours firent entendre leurs appels belliqueux et les bords de la rivière se garnirent d'indigènes en armes. Mais deux canots seulement s'avancèrent en reconnaissance jusqu'à une certaine distance de la rive, où Stanley avait établi son camp provisoire et où tout son monde, bien en vue, demeurait immobile et fumant. Les interprètes parlementèrent.

Après une heure d'attente, Stanley se décida à agir ; il regagna ses bateaux, traversa avec eux la rivière et passa devant les villages à toute vapeur, en serrant la rive de près. L'effet fut immense. Les trois steamers, leurs pavillons déployés, la vapeur qui s'échappait bruyamment des cheminées, la révolution des roues, l'agitation des eaux, la rapidité de la marche, et, sur le toit des cabines, ces hommes blancs faisant des gestes de paix et envoyant des paroles d'amitié, tout frappa d'étonnement et de curiosité ces peuples primitifs. Les tambours de guerre cessèrent de résonner ; des discours furent échangés ; le soir même, l'expédition était autorisée à s'établir près des villages; le lendemain, on négociait et les chefs acceptaient les présents de l'homme blanc; le surlendemain, la paix était faite.

Bien plus, Stanley apprit par eux pourquoi ils l'avaient si mal accueilli à son premier passage. « Jamais flottille étrangère n'avait pénétré chez nous que pour nous faire la guerre, disaient-ils. Aussi

1S2 STANLEY L'AFKICAIN.

on apprenant l'approche des inconnus commandés par un homme à visage pâle, nous sommes-nous embarqués pour les combattre et leur barrer le passage. Mais ils nous vainquirent en nous lançant du fer et du feu d'une puissance meurtrière. »

Puis, ils lui apprirent que depuis peu de jours, d'autres étrangers, les Bahoungas, vêtus de blanc et armés de fusils, étaient venus saccager le pays, brûler les cabanes, tuer les hommes et emmener les femmes et les enfants. Stanley soupçonna dès lors les pirates arabes et il en eut la preuve quelques jours après.

Le 20 novembre, dans son désir de relier le cours inférieur de l'Arouwimi au cours supérieur de l'Ouellé signalé en 1870 par Schweinfurth, Stanley remonta le premier. Mais, après avoir navigué pendant environ 315 kilomètres sur un large cours d'eau qui décrit de grands demi-cercles, la flottille arriva au village d'Yambouya, où se trouvent des rapides qui l'arrêtèrent : force fut donc de revenir sans pouvoir relier l'Arouwimi à l'Ouellé. (1)

Les chasseurs d'hommes. — L'expédition quitta le confluent de l'Arouwimi le 24 novembre. Le lendemain, elle croisa au large une flotte immense, forte au moins de mille canots. Vue de loin, c'était comme une cité flottante. Stanley eut un instant la crainte d'un conflit, mais elle passa en vue des vapeurs sans faire aucune démonstration hostile.

Le lendemain, d'autres flottilles, de moindre importance, furent rencontrées pagayant et descendant le fleuve. On eut dit la migration de tout un peuple. Evidemment il se passait dans le pays quelque événement extraordinaire.

Stanley en eut l'explication en arrivant chez les Mawembé (rive droite). Toute la contrée était dévastée ; les villages n'étaient plus que des amas ravagés et brûlés; les palmiers et les bananiers étaient rôtis par le feu ; les populations affolées se pressaient sur les rives. Quelle était la cause d'une si grande désolation ?...

La chasse à l'homme !

Les traitants venaient de conduire jusque chez les Mawembé leurs bandes, qui s'étaient abattues sur le pays, le mousquet d'une main et la torche de l'autre. Les villages avaient été surpris pendant la nuit ; les hommes qui avaient voulu résister avaient été massacrés ; le reste, avec les femmes et les enfants, était emmené en esclavage. Partout régnaient la ruine et la terreur ; les populations voisines, terrifiées, fuyaient vers le nord.'

(1) Nous reverroiis Stanley à Yambouva dans sa i<= expédition.

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