III. STANLEY, AGENT DE i/ ASSOCIATION DU CONGO
den Heuvel, Allard et Mense, et beaucoup d'autres, dont il fait l'éloge pour les services qu'ils ont rendus.
Mais, il faut bien le dire, certains collaborateurs n'avaient guère mérité les félicitations du chef, qui n'en est d'ailleurs pas prodigue, et dont le caractère impérieux, tenace, parfois peu agréable, dit- on, ne connaît avant tout qu'une cbose : le devoir accompli. Aussi comprend-on qu'il a pu se faire des ennemis, même parmi ceux qui lui doivent le plus.
Quoi qu'il en soit, Stanley reprit le chemin de la côte, en passant par les postes de Loutété, Manyanga, Tsanghila, Vivi et Borna,, où il remit le commandement supérieur au colonel Francis de Winton qui, a défaut du brave Gordon Pacha, venait de débarquer dans ce but en Afrique.
Il s'embarqua le 10 juin sur le Kisembo, vapeur de commerce qui lui fit faire escale sur divers points de la côte de Guinée jusqu'à Lagos etQuettah. Enfin, débarqué à Plymouth le 29 juillet, il se trouvait le 2 août à Bruxelles, où il rendait compte au roi Léopold des résultats de sa mission.
§ VIII. Epilogue.
Le Congrès de Berlin de 1885. Fondation de l'Etat indépendant du Congo. — Le départ de Stanley pour l'Europe n'avait pas uniquement pour cause un repos bien nécessaire, après cinq années de séjour et de travaux en Afrique. Un explorateur de cette trempe n'eut pas, en effet, quitté le bassin du Congo avant d'en avoir visité les uns après les autres tous les grands affluents, dont il avait relevé les embouchures dans le fleuve, déjà alors parcouru trois fois. Il n'eut pas non plus laissé à ses successeurs le soin de découvrir le Rassaï, le Sankourou, l'Oubangi, le Lomami et leurs vastes territoires, où l'imprévu se montre à chaque pas ; peut-être même eût-il voulu vérifier le Loualaba et le Louapoula, branches supérieures du Congo, trop vaguement connues par les renseignements de Livingstone.
Mais des raisons politiques rappelaient Stanley en Europe, où le Congrès de Berlin allait traiter de l'avenir même des immenses domaines qu'il venait de placer, par plus de quatre cents traités passés avec les chefs indigènes, sous le drapeau bleu à étoile d'or de V Association internationale du Congo.
Nous ne pouvons entrer ici dans le détail des causes premières ou secondes de ce Congrès qui, sur l'invitation du prince cle Bismarck
et du gouvernement allemand, d'accord avec le gouvernement français, s'ouvrit en novembre 1884- pour se clôturer quatre mois
après.
Quatorze puissances y prirent part : l'Allemagne, l'Angleterre, la France, F Autriche, l'Italie, la Russie, l'Espagne, le Portugal, la Hollande, le Danemark, la Suède, la Norwègé, la Belgique et les Etats-Unis d'Amérique.
Les résultats sont de deux sortes : les résolutions générales et les acquisitions particulières.
A. Les résolutions générales du Congrès de. Berlin consacrent : 1° la liberté du commerce et de la navigation sur le Congo et son bassin conventionnel, prolongé d'un océan à l'autre, quelles que soient les puissances occupantes ; — 2° la neutralité de ces territoires, en cas de guerre ; — 3° l'interdiction de la traite des nègres et la suppression graduelle de l'esclavage ; — 4° enfin les formalités à remplir pour rendre effectives les prises de possession territoriales en Afrique.
B. Le partage politique des territoires africains et la détermination des zones d'influence européenne se firent en dehors des opérations du Congrès, mais simultanément.
Grâce aux négociations poursuivies entre les intéressés, il en sortit les conséquences suivantes :
1° L'Allemagne s'emparait des territoires de la côte orientale ou du Zanguebar, jusque vers les grands lacs, ne laissant que la zone de Mombaza aux Anglais qui, les premiers, avaient exploré toutes ces régions intérieures ;
2° La France obtenait, grâce aux travaux de M. de Brazza et de ses collaborateurs, la rive droite du Congo central, entre Manyanga et l'Equateur, ainsi que le bassin du Quillou-Niadi. Ces territoires, réunis à l'ancien Gabon, constituent la belle colonie du Congo français, qui peut s'étendre indéfiniment au N.-E. vers le Soudan central.
3° Le Portugal avançait son territoire de l'Angola jusqu'à la rive gauche du Congo, tout en conservant au nord du fleuve le territoire de Kabinda.
4° Fondation de l'Etat indépendant du Congo. — Enfin, toute la partie centrale du bassin du Congo, explorée et organisée par Stanley, sous les ordres et avec l'argent du roi Léopold, fut reconnue la propriété personnelle de ce généreux initiateur de l'Œuvre Africaine.
Les Etats-Unis, déjà avant le Congrès, puis tous les autres pays, avaient déclaré reconnaître comme puissance souveraine et amie.