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IV. STANLEY AU SECOURS D'EMIN-PACHA

brave Lupton-Bey, et un ingénieur qui lança le bateau à vapeur, le Khédive, et plusieurs cbaloupes sur les eaux du Nil ; deux français, Auguste et Ernest Linant de Bellefonds. Ce dernier est celui qui rencontra en 1875 Stanley à la cour du roi Mtésa.

En cinq années de travaux, de courses incessantes, d'actes de vigueur, le brave et habile Gordon était parvenu à pacifier le pays et à extirper en partie la plaie de la traite, malgré les. oppositions des fonctionnaires en sous-ordre.

Mais en 1879, survint la déposition d'Ismaïl-pacha et, pour le malheur du Soudan, Gordon fut rappelé. Alors, le pays retomba aux mains des pachas turcs ; l'apathie, l'indifférence, l'incurie et le mauvais vouloir reparurent à Khartoum, et les négriers arabes que Baker, Gordon et Gessi avaient domptés, relevèrent la tête.

C'est Béouf-pacha qui, en 1879, devint le gouverneur général du Soudan. Il avait sous ses ordres trois gouverneurs européens : Emin-bey, dans la province de l'Equateur ; Lupton-bey, un Anglais, qui avait succédé à Gessi-pacha dans le gouvernement de la province du Bahr-el-Ghazal; enfin Slatin-bey, un Autrichien, qui commandait au Darfour.

Béouf-pacha était à peine depuis deux ans à Khartoum, quand le Mahdi apparut sur la scène.

La révolte du Mahdi. — En 1881, le faux prophète Mohammed-Ahmed, originaire de Dongola, après avoir mené une vie hypocrite d'anachorète dans une île près de Khartoum, sut profiter du mécontentement des Soudanais contre les Egyptiens exacteurs et des esclavagistes contre les Européens. Il se proclama mahdi, c'est-à-dire conducteur des croyants, et suscita la guerre sainte contre les étrangers. Son influence s'étendit rapidement. Béouf-pacha, gouverneur du pays, essaya vainement de le faire arrêter ; ses troupes furent défaites ou trahirent leur devoir. C'était le moment où Arabi-Pacha se levait aussi contre le gouvernement en Egypte même. La désorganisation était partout, et les troupes du vice-roi faisaient presque toujours cause commune avec les révoltés.

L'année suivante, l'Angleterre, entrevoyant le péril, substitua son action à celle du Khédive ; elle envoya le général anglais Hicks- Pacha, avec dix mille Egyptiens au secours de Khartoum assiégée, et d'El Obéid, prise parle Mahdi (1883). Mais, après des efforts héroïques, cette troupe, trahie, fut surprise et massacrée par des forces six fois supérieures.

Pendant ce temps, dans le nord, Osman-Digma, lieutenant du prophète, détruisait deux colonnes égyptiennes envoyées de Souakin,

et menaçail de descendre en Egypte même. Force cul pour le Khédive de relever ses garnisons du Soudan et de concentrer ses troupes en arrière de Wadi-Halfa.

Défense et prise de Khartoum. — Dans eétte position critique, on eut recours de nouveau à l'héroïque Gordon-Pacha, le seul qui eût en Afrique assez de prestige pour aller secourir Khartoum et négocier avec leMahdi triomphant.

« Gordon, depuis l'époque où il avait quitté le Soudan, dit M. Wauters, avait successivement résidé aux Indes, en qualité de secrétaire du vice-roi ; en Chine, où il avait terminé le conflit du Céleste- Empire avec la Russie, au sujet de Kaschgar ; à l'île Maurice, à Suez, et au Cap, où il avait été envoyé pour le règlement de la question du Basoutoland.

» A la fin de l'année 1883, il était en pèlerinage en Palestine, lorsqu'il reçut un télégramme du roi des Belges l'appelant à Bruxelles. Le 1er janvier 1884, le roi Léopold lui proposait d'aller au Congo collaborer avec Stanley ou continuer son œuvre. Gordon accepta immédiatement une mission si conforme à ses goûts, et il allait partir par le premier bateau lorsqu'il fut rappelé par le gouvernement anglais lui demandant de retourner au Soudan. Un soldat se doit avant tout à sa patrie, lorsque celle-ci fait appela son dévouement. Le roi des Belges releva le général de sa parole.

» Le 24 janvier, Gordon arrivait au Caire ; il en repartait le lendemain pour Khartoum, où, le 18 février, il faisait son entrée au milieu du plus vif enthousiasme de la population.

» Dès son arrivée, Gordon déploya une activité extraordinaire : il tint des audiences publiques, institua un conseil de notables, rendit la justice, cantonna les troupes blanches à Omdurman, sur la rive gauche du Nil ; confia la garde de Khartoum aux régiments soudanais ; enfin, il adressa aux habitants de la ville une proclamation dans laquelle il annonçait que le Soudan serait désormais indépendant, et qu'il autorisait l'esclavage domestique. Par cette dernière déclaration, il espérait rallier au parti de l'ordre le plus grand nombre des propriétaires, esclavagistes avant tout.

» Malheureusement le gouvernement anglais, par ses hésitations, ne sut pas profiter à temps de la présence de Gordon à Khartoum. Celui-ci ne recevant pas de secours eut un moment l'idée de se retirer avec ses hommes, ses munitions et ses steamers au sud, dans les provinces du Bahr-el-Ghazal et de l'Equateur, et même de les placer sous le patronage du nouvel Etat du Congo.»

Enfin, au mois d'août 1884, sous la pression de l'opinion publique,

La traite des nègres par les Arabes dans le bassin du Nil.

l'Angleterre se décida a envoyer le corps expéditionnaire de lord Wolseley, qui, après des prodiges d'audace, remontant la vallée «lu Nil avec une rapidité prodigieuse, au milieu de combats terribles, arriva le 24 novembre en vue de Khartoum.

Hélas! c'était deux jours trop tard. L'héroïque Gordon, avec un courage et une présence d'esprit extraordinaires, avait sujusque-ln résister aux attaques du Mahdi, qui dirigeait en personne les opérations du siège, et en même temps contre la lâcheté, la mutinerie d'une partie de ses troupes ; mais au moment de la délivrance, la trahison le lit assassiner près du palais du Gouvernement, au-dessus duquel flotta dès lors l'étendard vert du prophète.

La chute de Khartoum laissait sans communication avec l'Egypte les deux provinces du haut Nil, c'est-à-dire celle du Bahr-el-Ghazal, dont Lupton-bey était gouverneur, et celle de l'Equateur, commandée par Emin-Pacha, qui va nous occuper ici plus particulièrement.

Pendant deux ans, de 1882 à 1884, le courageux Lupton-b?y eut A soutenir seul le mouvement insurrectionnel des Mahdistes, des Denka, des Nouërs, des Agar, des Bari et d'autres peuples du Bahrel-Ghazal et du Nil. Dans l'année 1883, il leur livra plus de vingt combats sanglants, mais il se vit enfin contraint par la défection de ses troupes de se rendre prisonnier du Mahdi.

§ IL Les prisonniers du haut Nil.

Emin-Pacha. (Dr Schnitzer) — (1). « Né en 1840, à Oppeln, dans la Silésie prussienne, (2) élevé à Breslau et à Berlin, où il fut reçu docteur en médecine, en 1864, Edouard Schnitzer entra au service du sultan de Gonstantinople, et ses nombreuses courses dans la Turquie d'Asie ne firent qu'activer sa passion pour les voyages et pour l'histoire naturelle. Il quitta la Turquie en 1876, et, après quelques mois passés en Allemagne, il se rendit en Egypte et fut envoyé à Khartoum, puis dans la province équatoriale ; ce fut en qualité de médecin qu'il fit d'abord partie de l' état-major de Gordon, sous le nom d' Emin-Effendi.W visita alors Mtésa,roi d'Ouganda, et Kabaréga, roi d'Ounyoro, et réussit à s'en faire des alliés. Chemin faisant, il s'adonnait aux observations scientifiques, comme correspondant des Mittheilungen de Gotha.

(1) Scott Keltie. Là délivrance d' Emin-Pacha. Introduction.

(2) Originaire d'une famille juive, Schnitzer fut élevé dans le luthéranisme, el semble même avoir suivi, en Afrique les pratiques du mahomélisme.

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