IV. STANLEY AU SECOURS D'EMIN-PACHA
voisines, le docteur Junker chercherait, lui, à gagner Zanzibar, en traversant l'Ounyoro et l'Ouganda. La tentative était périlleuse ; mais, à tout considérer, un blanc, accompagné d'une faible escorte, avait plus de chance d'y réussir qu'une importante expédition armée, qui ne manquerait certes pas d'éveiller la méfiance et la crainte des chefs indigènes.
» Quant à une exode en masse de tous les fonctionnaires et soldats, avec leurs femme?, leurs enfants et leurs serviteurs, constituant ensemble, au nombre de huit mille, la population de Wadelaï, de Lado et des autres stations, il n'y avait pas à y songer. Au nord, la
Emin-Pacha ( docteur Schnitzer. )
route était barrée par le Mahdi et ses hordes victorieuses de Gordon; au sud et à l'ouest, s'étendaient les territoires alors inconni^ arrosés par l'Ouellé et le haut Congo ; enfin à l'est, se trouvait l'Ouganda, dont le chef sanguinaire, le puissant Mwanga, n'était nullement disposé à permettre le passage d'étrangers en armes.
» Du reste, l'idée fixe d'Emin, ajoute M. Wauters, était de rester quand même à son poste d'honneur, en attendant le secours qu'il obtiendrait d'Europe. »
Retour de Junker. — C'est le 2 janvier 1886, que le docteur Junker quitta Wadelaï ; par la voie du Nil et du lac Albert, il atteignit l'Ounyoro, où il fut bien reçu par le roi Kabaréga ; puis
198 STANLEY i/APRICAIN.
Roubaga, capitale de l'Ouganda, ou régnait le cruel Mwanga, fils de Mtésa.
Comme nous l'avons dit (en note, page 88), Mwanga était alors devenu persécuteur des Européens ; il avait fait assassiner l'évêque anglican Hannington et beaucoup de néophytes catholiques. A grand peine, Junker parvint-il à lui acheter une cargaison d'étoffes pour ravitailler Emin, qui les reçut en effet.
Junker se hâta de traverser le lac Victoria, parvint à Msalala, où les missionnaires anglais et français lui offrirent l'hospitalité, enfin grâce au sauf-conduit de Tippo-Tip, il était à Zanzibar, en décembre 1886.
C'est de Msalala qu'il écrivit, le 16 avril, a M. Schweinfurth, devenu secrétaire de la Société de géographie du Caire, la lettre où il s'écrie:
« Serait-il possible que l'on ne fasse rien pour ces malheureuses » provinces équatoriales ! ... Ecrivez, écrivez, cher ami!... Puissent » vos chaleureux articles ouvrir enfin les yeux a tout le monde ! De » mon côté, je me hâte pour faire mon possible. Il faut absolument » qu'Emin-bey reçoive bientôt des renforts. »
Cette lettre, arrivée en Europe dans le courant de juin, y produisi un effet considérable dans le monde politique et scientifique. Pour la première fois, après trois ans de silence et d'incertitude, le doute sur l'existence d'Emin-Pacha était levé, et de toutes parts l'opinion publique pressait les gouvernements d'intervenir.
§ III. Les expéditions de secoues.
Expéditions Fischer, Peeters et Lenz. — Il convient de noter qu'à cette époque trois expéditions avaient été tentées pour rejoindre Emin. En 1885, par les soins du banquier Junker, de St-Pétersbourg, et sous les auspices de M. Rohlfs, consul allemand de Zanzibar, le docteur Fischer, médecin de Saïd Bargash, s'était mis en route ; mais il ne put aller plus loin que le lac Victoria.
Une seconde expédition, placée sous le commandement de M. Peeters, fut organisée en Allemagne par souscription publique, appuyée par les Sociétés de géographie et le gouvernement lui-même. On parvint à recueillir dans ce but, vraiment national, puisque Schnitzer est allemand, une somme de plus de 401), OuO francs. Mais après beaucoup de lenteurs et de tentatives, l'expédition Peeters parvint à peine, par la côte orientale, dans la région du mont Kénia, sur la route de l'Ouganda.
D'autre part, l'explorateur Oscar Lenz, autrichien, déjà connu par