IV. STANLEY AU SECOURS D'EMIN-PACHA
Malheureusement, 18 mois plus tard, dans une querelle suscitée au commandant de la station, M. Deane, qui avait voulu sauver une esclave échappée du camp arabe, les traitants vinrent saccager le poste belge, défendu seulement par deux blancs et quelques soldats noirs, qui furent obligés d'évacuer le poste et de redescendre le fleuve.
Cette circonstance pouvait amener l'envahissement des contrées de l'ouest par les esclavagistes arabes, dont Tippo-Tip est le maître incontesté. Le mieux était d'arriver à un accommodement.
Le 23 février 1887, à Zanzibar même, une convention passée entre Stanley et Hamed-ben-Mohamed, nommait celui-ci commissaire du district des Falls; Tippo-Tip s'engageait à faire respecter l'autorité de l'Etat sur le haut fleuve et sur ses affluents, tant à la station même qu'en aval, jusqu'au confluent de l'Arouwimi, limite de son district, et à empêcher les chefs indigènes et les trafiquants arabes de se livrer aux razzias et au commerce d'esclaves.
En outre, il fut convenu que le chef arabe accompagnerait Stanley dans son voyage par la côte occidentale et le Congo jusqu'à la station des Falls, et que là il lui fournirait 600 porteurs.
§ IV. Stanley remonte le Congo.
La région des Chutes — Le 18 mars 1887, le navire le Madura venant de Zanzibar, entra dans le port de Banana, où toute une flottille de steamers aida au transport de la nombreuse Expédition jusqu'à Matadi, lieu de débarquement.
Le 25, on se mit pédestrement en route pour l'intérieur à travers la région des Chutes, « ayant en tête : l'étendard de la Emin Relief Expédition, le drapeau américain de Stanley, les pavillons anglais et égyptiens, les oriflammes arabes portant des inscriptions tirées du Coran. Puis la trompe marine retentit et la caravane entière s'ébranla. »
Mais déjà dans la région montueuse des chutes inférieures, l'expédition eut beaucoup à souffrir, non seulement des difficultés de la route et de la chaleur, mais surtout du manque de vivres.
Quoi qu'il en soit, le 8 avril, on arrivait à Loukoungou, où Stanley fit former à sa troupe un vaste carré ayant cent mètres de front, les hommes étant sur deux rangs. Puis, pendant deux heures, il passa attentivement l'inspection de sa caravane, faisant des observations avec calme et minutie, en général compétent, consciencieux et prévoyant.
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Le soif, il y eut i'èle au camp. Tous les Européens de la station et de l'cxpéclif imi assistèrent aux danses et aux chants des Zanzibarites. A un moment donné, Stanley demanda a ceux-ci d'exécuter une de leurs danses nationales, et, pour les entraîner, il montra lui-même le pas, rythmant les mouvements. Alors ce fut un enthousiasme général. Stanley fut acclamé et porté en triomphe par toute la bande en délire. « Ainsi, dit M. Wauters, Boula-Matari sait, habilement, d'un rien faire naître l'affection et le dévouement chez ses hommes. Ceux qui prétendent qu'il en est détesté parlent à la légère. Il est sévère, mais il est bon. De plus, il connaît les nègres, et sait comment il faut les prendre pour s'en faire des serviteurs fidèles, soumis et dévoués. »
Le haut fleuve. — Le 27 avril, l'Expédition arrivait au Stanley- Pool, où elle fut bien reçue par le nouveau commandant, M. Liebrechts, qui mit à sa disposition deux steamers bien connus, le Stanley et V En- Avant, ainsi que deux grandes baleinières de l'Etat libre. La mission protestante anglaise lui prêta également son bateau le Peace; mais la mission américaine, sous des prétextes futiles, se refusa tout d'abord à prêter le sien, le Henry Rééd. Stanley, peu endurant et ne consultant que l'intérêt général, se serait emparé par force de l'embarcation, tout en indemnisant ses propriétaires, lorsque, grâce au commandant Liebrechts, l'accord finit par s'établir.
Avec le steamer Florida, prêté par la compagnie « Sanford », et la baleinière propre de l'Expédition, la flottille comptait ainsi huit bateaux avec lesquels, le 1er mai, les 800 hommes de la caravane naviguèrent sur le haut fleuve.
Chaque soir, la flottille stoppait pour le repas principal, et l'on campait pour passer la nuit. On parvint le 18 à Loukoléla, le 23 à Equateur-Station, où le capitaine Van Gèle et Stanley furent heureux de se revoir. Le 30, arrivée aux Bangalas et réception enthousiaste, non seulement par le lieutenant Baert, mais encore par ces sauvages, si féroces dix ans auparavant, aujourd'hui soumis et dévoués.
Le 2 juin, le major Barttelot, monté sur le Henry Reed, partit avec Tippo-Tip pour les Falls. Le gros de l'expédition s'engagea, le 16; dans l'Arouwimi, et jeta l'ancre le lendemain, six semaines après son départ du Pool, aux rapides d'Yambouya, terme de la navigation.
Le camp d'Yambouya. — Les indigènes du village d'Yambouya essayèrent d'abord de s'opposer au débarquement en se massant a la rive et en prenant des attitudes hostiles. Stanley eut raison de leur vaillance à l'aide d'une bordée de sifflets envoyée par les stea-