IV. STANLEY AU SECOUES D'EMIN-PACHA
mers, bruit extraordinaire pour eux et qui les mit aussitôt en fuite. Ils revinrent peu à peu ; quelques cadeaux et de bonnes paroles aidant, ils se familiarisèrent vite.
Le camp fut établi au pied des premiers rapides, sur une berge escarpée d'une vingtaine de mètres de hauteur. Il fut complètement palissade et bordé d'un large fossé sur les flancs attaquables, avec des bastions aux angles pour le flanquement.
Ce fut au major Barttelot que Stanley confia la garde du camp d'Yambouya et le commandement de la deuxième caravane, laquelle devait attendre les retardataires et les porteurs de Tippo-Tip. Ayant ainsi sous ses ordres une troupe de 257 hommes, le major reçut pour adjoints MM. Jameison, Bonny, Rose Troop et Ward.
Départ de lavant-garde. — Quant à lui, Stanley désigna pour se faire accompagner: MM. le lieutenant Stairs, le capitaine Nelson, le docteur Parke et M. Mounteney Jephson. La caravane d'avantgarde fut composée de 389 hommes. Outre le bateau démonté, elle emportait des approvisionnements de tout genre et trois cents charges de cartouches. Une compagnie de 75 soldats armés de Winchester et munis de haches devaient marcher en tête de la colonne sous le commandement du lieutenant Stairs pour ouvrir la marche à travers les bois.
Le 27 juin, tous les préparatifs étant terminés, le chef fît former les rangs et passa sa troupe en revue. Le lendemain, l'expédition quitta Yambouya et commença la marche vers l'inconnu.
Qui pouvait dire ce qui y attendait les voyageurs ! . . . Mille dangers : la famine, les maladies, l'hostilité des indigènes, les difficultés et les obstacles de la route... Qu'importe !... la grandeur de la tâche décuplait les énergies ; la confiance et l'espoir de tous étaient grands.
En avant donc, et en route pour le Nyanza !
§ V. Dix-huit mois d'inquiétude.
Les bruits sinistres. — Le 23 juin 1887, cinq jours avant son départ d'Yambouya, Stanley avait adressé à sir William Mackinnon une lettre pour le prévenir que désormais ses moyens de communication avec l'Europe seraient coupés pour quelques mois.
Puis, jusqu'au 21 décembre 1888, c'est-à-dire pendant 18 mois, on resta sans nouvelles vraies de l'expédition. « Long et terrible silence, dit M. Wauters, pendant lequel les fausses nouvelles, par contre, se succédèrent avec une abondance et une variété sans égale. Jamais aucune expédition n'a donné lieu à plus d'hypothèses, de
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fantaisies e1 de commentaires, » dictés par l'inquiétude naturelle et bienveillante, parfois aussi par une malveillance manifeste.
Au moment même où Stanley, à la tête de sa caravane, achevait ses premières étapes le long de l'Arouwimi, le bureau télégraphique de San Thomé transmettait en Europe, le 21 juillet 1887, la nouvelle que Stanley aurait été tué dans un combat qu'il avait engagé avec des indigènes, atin de se procurer des vivres.
Bientôt après, divers journaux 'annoncèrent que le steamer sur lequel se trouvait l'explorateur avait échoué sur un banc de sable du baut fleuve et qu'aussitôt, attaqués par les natifs, Stanley et tous les membres de l'expédition avaient été massacrés.
A partir de ce moment, Stanley fut considéré comme perdu par la majeure partie du public.
Le 17 août suivant, nouvelle dépêche à sensation: celle-ci, envoyée de la côte orientale, émanait du consul de France à Zanzibar, M. Raffray. Elle annonçait que Stanley, trahi par Tippo-Tip, avait été attaqué sur les bords de l'Arouwimi et Zwepar les indigènes, qui avaient massacré aussi son personnel. Quelques jours après, le Figaro confirmait la nouvelle, en révélant que le désastre avait eu lieu le 28 juin.
Pendant ce temps, à Bruxelles, les courriers du Congo continuaient à répéter : Pas de nouvelles de Stanley.
Ce laconisme de la source officielle, avait par lui-même quelque chose d'inquiétant. La curiosité publique était excitée. Il lui fallait un aliment. Stanley ne lui en fournissant pas, elle se rejetait involontairement sur les télégrammes et les interviews à sensation qui la trompaient, mais qui lui donnaient les émotions réclamées.
Au comité de l'Emin-pacha Relief Expédition et dans les centres géographiques, on ne se laisse cependant pas aller à ces exagérations pessimistes. De vrais appréciateurs, MM. Schweinfurth, Junker, Wissmann, Van Gèle, continuent à entretenir la confiance dans le succès. Néanmoins les renseignements publiés par les journaux deviennent de plus en plus sinistres.
Le 17 juin, le Gaidois annonce que l'on vient de recevoir à Bruxelles, la nouvelle officielle de la mort de Stanley, tué en combattant les indigènes !
Et le lendemain, le Journal des Débats confirme le désastre, en ajoutant : C'est à Tippo-Tip que l'on attribue la responsabilité de cette mort, car il a contre Stanley de vieilles rancunes.
Le même jour, le Berliner Tageblatt disait : « La mission de Stanley a complètement échoué, sa caravane est dispersée. »