IV. STANLEY AU SECOUES D'EMIN-PACHA
Cependant les administrateurs de l'Etat du Congo,, interrogés par les reporters bruxellois accourus pour avoir des détails précis, continuent à répéter : Pas de nouvelles de Stanley.
Le pacha blanc. — C'est sur ces entrefaites que le Times publie la dépêcbe de Souakin, annonçant : « qu'un pacha blanc est arrivé dans la province du Bahr-el-Ghazal et s'avance en conquérant. Le khalife Abdullah, le successeur du Mahdi, serait très alarmé. Ce pacha blanc est vraisemblablement Stanley. »
D'autres dépêches suivent et viennent confirmer cette étrange nouvelle, répétée par tous les journaux.
Quel était cet aventurier hardi qui surgissait ainsi tout à coup dans l'ancienne province de Lupton-bey ?. . . Est-ce Stanley?... Est-ce Emin ?. . .
Mais dans une lettre adressée au général Grenfell, Osman-Digma qui assiégeait Souakin, lui fait savoir que le Mahdi a conquis la province équatoriale et capturé Emin, ainsi qu'un voyageur blanc qui se trouvait près de lui.
Pendant plusieurs jours l'événement demeura la préoccupation principale de l'opinion publique. C'est qu'en effet la nouvelle était très vraisemblable. Nous verrons plus tard qu'il s'agissait réellement de la capture d'Emin et de Casati, (au lieu de Stanley) non par les Mahdistes, mais par leurs propres troupes.
Une nouvelle vraie. — Une première dépêche de San Thomé, du 21 décembre, apportait à Londres, la bonne nouvelle :
Stanley était libre !
Elle fut lue à la Chambre des communes, qui, tout entière debout, éclata en applaudissements frénétiques.
Le lendemain matin, une seconde dépêche, adressée de Borna à l'administration centrale de l'Etat du Congo, à Bruxelles, portait :
« San Thomé, 22 décembre 1888. Tippo-Tip a reçu une lettre de Stanley, datée de Banalya, 17 août. Stanley est en bonne santé. Il avait quitté Emin au Nyanza quatre-vingt-deux jours auparavant. Emin avait beaucoup de vivres. Il était en bonne santé. Casati également. Stanley annonce son intention de prendre ses charges et, d'Yambouya, de retourner vers Emin. »
Stanley avait donc rejoint Emin et Casati ; après quoi, il était revenu vaillamment sur ses pas à la rencontre de son arrière-garde (1)
(1) Pour les § § IV et V, analyse du texte de Stanley au secours d'Emin-Pacha, par A. J. Wauters.
206 STANLET L'AFRICAIN.
S V. Stanley ekemonte i/Akouwimi.
Lettres de Stanley. — Les détails îles événements qui vont désormais nous occuper sont extraits d'une douzaine de lettres que Stanley lui-même a fait parvenir en Europe et qui ont été reproduites par les journaux.
L'une de ces lettres, adressée à M. Mackinnon et parvenue à Londres, fin mars ISSU, ost datée d'une île du- haut Arouwimi, 28 août 1888. Elle donne les circonstances de la marche en avant de Yambouya au lac Albert, de la première entrevue avec Emin et du retour de Stanley au camp de Barttelot.
C'est cette lettre principale que nous suivrons, mais en y intercalant quelques détails puisés dans d'autres lettres postérieures.
L'explorateur raconte d'abord l'établissement du camp d'Yambouya, laissé sous le commandement de Barttelot, qui avait ordre de le suivre d'après les instructions données. Puis il se met en marche avec l'avant-garde.
Dans les pages suivantes, nous laisserons généralement la parole à l'explorateur lui-même, dont le récit, vivant et coloré, double l'intérêt des événements racontés.
Marche en avant. Ruses des indigènes. — «Notre colonne de marche — 389 officiers et porteurs — quitta Yamboumba (Yambouya) le 28 juin 1887.
Nous emportions un bateau en acier de 8 m. 40 sur 1 m. 80, environ 3 tonnes de munitions ; 2 tonnes de vivres, matériel, articles divers, etc. En plus des porteurs indispensables, nous avions un peloton de réserve composé de 180 pionniers, dont la moitié portait, outre leurs Winchester, des hachettes pour couper les broussailles et abattre les obstructions.
Le sentier sur lequel la troupe s'engagea au sortir de la station est assez praticable pendant environ 8 kilomètres ; puis les difficultés commencèrent, qui plus ou moins devaient entraver notre marche et nous faire perdre beaucoup de temps. Des lianes d'abord, d'un diamètre variant entre quelques millimètres et une quarantaine de centimètres, enchevêtrées, tordues, balançaient d'un côté à l'autre du chemin leurs cordes, leurs anses, leurs nœuds ; ou bien une brousse épaisse et peu élevée, occupant le site de quelque ancienne clairière, venait barrer le chemin ; il fallait y tailler une tranchée ou renoncer à passer.
Le soir de notre départ, 28 juin 1887, nous longions la rivière, et