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IV. STANLEY AU SECOUES D'EMIN-PACHA

après un trajet de 19 kilomètres nous entrions dans le vaste district de Yankondé. A notre approche, les naturels incendièrent leurs cases et, sous le couvert de la fumée, attaquèrent nos pionniers, occupés à enlever les nombreux obstacles placés devant le premier village. L'escarmouche dura un quart d'heure. Le second jour,» nous enfilons un sentier s' éloignant de la rivière, mais orienté vers l'est : pendant cinq étapes nous traversons un pays très peuplé.

Là, nous fûmes initiés à toutes les subtilités de la stratégie des naturels. Que d'art mis en œuvre pour dégoûter des voyages les étrangers trop curieux ! Souvent, dans le sentier même, s'ouvrent des creux peu profonds, remplis de bûchettes aiguisées, d'échardes pointues, de longues épines, adroitement dissimulées sous de larges feuilles. — Pour ceux qui vont sans chaussure, quelle diabolique invention ! Parfois ces pointes acérées perforent entièrement le pied ; parfois elles y disparaissent, finissant par amener la gangrène. Dix de nos porteurs ont été estropiés par ces « brochettes », estropiés tellement, qu'ils sont pour la plupart incapables de rendre le moindre service. Devant chaque village, au bout de chaque groupe de cases, un veilleur est chargé, à la moindre alerte, de donner l'alarme en battant le tambour ; chaque indigène, alors, de bander son arc et de courir à un poste assigné d'avance. Le nombre de nos blessés augmentait rapidement, mais nous ne perdîmes pas un homme.

Voyant que la route diverge trop du but, la troupe se dirige vers le nord-est, et le 5 juillet nous regagnons la rivière. Depuis lors jusqu'au 18 octobre, nous n'avons pas quitté la gauche de l'Arahouimi. Le fleuve a encore ici plus de 500 mètres de largeur.

Après dix-sept jours de marche continuelle, nous fîmes halte pour nous reposer un peu. Le vingt-quatrième jour après notre départ, deux de nos hommes prirent la fuite. Pendant tout le mois de juillet nous n'arrêtons que quatre fois. Le 1er août, nous enregistrions notre premier décès, un cas de dysenterie : pendant trente-quatre jours le voyage avait été singulièrement heureux, mais nous entrions maintenant dans une région déserte ; il nous fallut neuf jours pour la traverser; les souffrances se multiplièrent; nous eûmes plusieurs morts. La rivière nous fut alors très utile ; les charges que les malades eussent dû porter s'empilaient sur le bateau et les canots ; moins brillante que pendant le premier mois, la marche était encore assez rapide.

Le 13 août, nous arrivions à Aïr-Sibba. Les indigènes eurent l'audace de s'opposer à notre passage, et nous perdîmes 5 hommes, tués par les flèches empoisonnées. Je découvris que le poison est dû

à l'emploi de fourmis noires séchées, réduites en poudre et cuites dans l'huile de palme. L'elfet se termine en quelques jours par le tétanos et la mort ; â notre grand chagrin, le lieutenant Stairs fut blessé, juste au-dessous du cœur; mais, après avoir beaucoup souffert pendant un mois, il guérit parfaitement.

Le 15, M. Jephson, commandant l'une des escouades, conduisit ses hommes trop loin dans les terres du sud, et ne sut pas retrouver la bonne route ; il ne nous rejoignit que le 21.

Le 25, nous campons en face le confluent du Nepoko.

Les Arabes chasseurs d'hommes. — Le 31 août, pour la première fois, nous nous croisons avec un parti de Manyémas appartenant a la caravane d'Ougaroua, autrement dit Ouledi Balyouz, qui s'est trouvé être un ancien « garçon de tente » qu'avait eu Speke. Nos infortunes remontent à ce jour : j'avais pris la route du Congo pour éviter que les Arabes pussent détourner et influencer nos gens par leurs présents : dans les trois jours qui suivirent cette malheureuse rencontre, vingt-six hommes avaient déserté.

Le 16 septembre, nous arrivâmes à un campement vis-à-vis la station qu'occupait alors Ougaroua. Grâce aux dévastations par lui commises au près et au loin, les vivres étaient très rares, et je ne pus m' arrêter plus d'un jour. Après des arrangements aussi amicaux qu'il me fut possible de les faire avec pareil individu, je lui laissai 56 de nos malades. Mes Somalis en avaient assez de ces marches; à tout prix, il leur fallait du repos ; cinq Soudanais étaient fourbus. Les emmener eût été les traîner à la mort ; peut-être se referaient-ils avec Ougaroua ; je lui promis 25 francs par mois et par tête pour la nourriture de ces malheureux.

Nous repartons le 18 septembre ; le 18 octobre nous entrions dans la station habitée par Rilonga-Longa, (camp Nelson) un esclave zanzibari appartenant à Abed-ben-Salim, ce vieil Arabe dont les sanglants exploits sont rapportés dans le livre intitulé : Cinq années au Congo. Ce mois nous avait été terrible ; blancs et noirs, personne de l'expédition ne l'oubliera jamais.

En quittant Ougaroua, 122 hommes manquaient déjà à l'appel : 66 morts ou déserteurs entre Yamboumba et le présent campement, et les 56 que nous laissions sous la garde de l'ancien garçon ée tente : nous étions encore 273. — En arrivant chez Kilonga-Longa, notre troupe avait fondu de 55 hommes, victimes de la faim ou ayant pris la fuite ; à peine mangions-nous autre chose que des fruits sauvages, des champignons, et une noix grande et plate, ressemblant à une fève.

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