‹ Stanley l'africainChapitre 58 sur 76 · IV. STANLEY AU SECOUES D'EMIN-PACHA · texte numérisé non relu

IV. STANLEY AU SECOUES D'EMIN-PACHA

nommée Pisgah (en souvenir de celle d'où Moïse, avant de mourir, contempla la Terre promise), nos regards s'étendent au loin sur une contrée déboisée, riante, fertile. Le 5, nous émergions sur la plaine, quittant la forêt obscure, la forêt mortelle. Après cent soixante jours de ténèbres permanentes, la grande lumière du ciel faisait resplendir le paysage, elle en éclairait les moindres détails. Jamais nous n'avions vu berbe si verdoyante, pays si doux à l'œil ! Les hommes poussaient des cris de joie, sautant, jouant à la course malgré leurs fardeaux. Soudain renaissait le souffle, faute duquel nos précédentes expéditions avaient écboué.

La guerre. — Le 9, nous entrons sur les domaines du puissant chef Mazamboni. Les villages sont maintenant si nombreux qu'on ne marcbe qu'entre les. cases ou sur les champs. Les naturels nous avaient signalés de très loin et se préparaient à nous recevoir

Ils voulaient savoir d'où venaient les intrus; nous étions non moins désireux d'apprendre quelque chose de ce pays qui se levait, pour ainsi dire, tout entier contre nous. Des heures se passèrent en palabres, les deux partis restant à distance respectueuse.

Le 11, à huit heures du matin, nous sommes tout surpris d'entendre un homme proclamer que la volonté de Mazamboni est qu'on nous chasse de la contrée. De tous les points de la vallée s'élèvent des cris assourdissants. Le mot kanouanna signifie paix ; Itourouanna veut dire guerre. Nous voulions encore croire avoir mal compris. Un de nos interprètes s'avance vers eux pour demander si c'est kanouanna ou kourouanna. — Kourouanna ! kourouanna ! et pour mieux accentuer leur réponse, ils lui lancent une couple de flèches : tous nos doutes sont dissipés. Des centaines de guerriers descendaient en courant le contrefort supérieur; d'autres centaines se groupaient dans la vallée : pas une minute à perdre. 40 de nos hommes, sous le commandement du lieutenant Stairs, vont attaquer la vallée ; M. Jephson, avec 30 autres, marche vers le côté est ; nos meilleurs tireurs vont tâter ceux qui descendent les pentes. Stairs et les siens, en face de guerriers par centaines, traversent un torrent étroit et profond, attaquent le premier village et s'en emparent ; les tirailleurs font merveille ; bientôt les montagnards tournent tête sur queue et regravissent les talus ; la panique devient générale.

A trois heures de l'après-midi, on ne voyait plus un seul indigène, sauf sur une petite hauteur, à deux kilomètres à l'ouest.

Vue du lac Albert. — Le lendemain matin, nous reprîmes notre marche, sans autre aventure que quatre petits combats. Le 13, nous nous dirigeons droit sur l'est, attaqués toutes les heures jusqu'à midi, où nous fîmes halte.

Nous repartons a une heure : quinze minutes plus tard, je m'écrie : » Attention ! vous allez voir le Nyanza ! » Les hommes murmurent entre eux : « Pourquoi le maître nous dit-il toujours la même chose ! Le Nyanza ! Ne sommes-nous pas dans une plaine, et là-has, au moins a quatre journées de marche à l'avant, ne voyons-nous pas des montagnes ? »

Un quart d'heure après, le lac se déroulait à leurs pieds !

A mon tour maintenant de rire des incrédules, mais comme je me retournais pour leur demander s'ils le voyaient enfin, la plupart me baisaient déjà les mains et me demandaient pardon ! J'avais ma récompense.

Ces montagnes, dirent-ils, étaient les montagnes d'Ounyoro, ou plutôt les majestueux remparts du plateau. Ravalli, notre objectif, était à 10 kilomètres seulement, à vol de corbeau !

Nous nous trouvions par 1 degré 20 minutes de latitude Nord, à 1,550 mètres au-dessus de la mer; l'Albert Nyanza était à 700 mètres au-dessous de nous ; sa partie méridionale s'étalait largement à 10 kilomètres environ au sud de notre position. Sur la rive orientale, on distinguait chaque indentation de sa rive basse et plate, et, comme une couleuvre d'argent sur un fond sombre, brillait le Semliki, (ou Rabibi) venant du sud-ouest et mêlant ses eaux à celles du lac.

Après une courte halte passée à jouir du spectacle, nous commençons à descendre les pentes abruptes et pierreuses.

Nous campâmes au pied de la grande muraille, le baromètre anéroïde indiquant 750 mètres au-dessus du niveau de la mer. La nuit, les indigènes eurent quelque espoir de nous surprendre, mais nos sentinelles suffirent à les mettre en fuite.

Le 14, à 9 heures du matin, nous approchons de Kakongo, à la pointe sud-ouest du lac Albert. Je passai bien trois heures à des tentatives de conciliation. Échec sur toute la ligne. Impossible de rien obtenir de ces naturels défiants.

Nul motif plausible d'engager une querelle : ces gens parlaient avec civilité, seulement ils ne désiraient point nous voir à proximité. Ils nous indiquèrent une route que nous suivîmes quelques milles, puis nous établîmes le camp à 800 mètres du lac. Il ne nous restait qu'à étudier notre position, à la lumière que venait de jeter notre causerie avec les naturels de Kakongo, — localité voisine de Kavalli.»

Stanley en conclut que, non seulement Emin-Pacha n'a pas été vu sur le lac, mais que probablement celui-ci n'a pas reçu les dépêches venant de Zanzibar par lesquelles il lui donnait rendez-vous au sud du lac.

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