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STANLEY A LA RECHERCHE DE LIVINGSTONE

§ I. De Madrid aux Indes et a Zanzibar.

Proposition et résolution à l'américaine. — Rien de plus caractéristique que les premières pages de son livre : Comment f ai retrouvé Livingstone, où Stanley raconte son entrevue avec M. Bennett, et dans laquelle celui-ci, à brûle-pourpoint, lui demanda d'aller à la recherche de Livingstone, perdu au cœur de l'Afrique, afin de porter secours et assistance à l'illustre explorateur.

C'est le début d'un véritable roman, et l'on douterait peut-être encore de la véracité de l'aventure et de ses suites, tellement l'affaire est extraordinaire, si le journal du voyageur écossais n'était là pour en attester la complète exactitude.

Voici en quels termes Stanley lui-même raconte la résolution soudaine prise par le directeur du New-York Herald, et l'adhésion non moins prompte qu'il donna à ce projet d'une audace toute américaine :

« Le 16 octobre de l'an du Seigneur 1869, j'étais à Madrid, rue de la Croix. A dix heures du matin, Jacopo m'apporte une dépêche ; j'y trouve les mots suivants :

« Rendez-vous à Paris, affaire importante. »

« Le télégramme est de James Gordon Bennett fils, directeur du New-York Herald.

» Mes tableaux sont décrochés de la muraille ; mes livres, mes souvenirs vont dans mes caisses ; mes effets sont réunis : ceux-ci à

(1) Ouvrages consultés pour cetle première partie : H. Stanley : Comment j'ai retrouvé Livingstone, traduction de Mme Loreau, édition in 8°, et édition abrégée par Belin de Launay, in-12. Le Tour du Monde, etc. —Paris, Hachette, éditeur.

L!X stanlhy l'africain.

demi lavés ; coux-l;\ pris sur la corde a moitié secs. Deux heures de travail <>n toute hâte, et mes porte-manteaux sont houclés et étiquetés. L'express ne part qu'à trois heures ; j'ai le temps d'aller prendre congé de mes amis et de mes compatriotes...

» Mais un reporter volant doit savoir souffrir. Comme le gladiateur dans l'arène, il doit être prêt au combat ; un moment de faiblesse ou d'hésitation, et il est perdu. Le gladiateur va à la rencontre du fer aiguisé pour sa poitrine ; le reporter va au-devant de l'ordre qui peut l'envoyer à la mort. Festin ou bataille, c'est toujours la même formule : « Préparez-vous et partez. »

» A trois heures j'étais en route. Obligé de m'arrêter à Bayonne, je n'arrivai à Paris que dans la nuit suivante.

» J'allai directement au Grand-Hôtel et frappait à la porte de Ri . Bennett.

— Entrez, dit une voix.

» Je trouvai M. Bennett au lit.

— Qui êtes-vous? demanda-t-il.

— Stanley.

— Ah ! oui. Prenez un siège ; j'ai pour vous une mission importante.

» Il jeta sa robe de chambre sur ses épaules et me dit vivement :

— Où pensez-vous que soit Livingstone ?

— Je n'en sais vraiment rien, Monsieur.

— Croyez-vous qu'il soit mort?

— Possible que oui, possible que non.

— Moi, je pense qu'il est vivant, qu'on peut le trouver, et je vous envoie à sa recherche.

— A la recherche de Livingstone ! Mais c'est aller au centre de l'Afrique ! Est-ce là ce que vous entendez?

— J'entends que vous partiez, que vous le retrouviez, n'importe où il soit, que vous rapportiez de lui toutes les nouvelles possibles ; et qui sait!... le vieux voyageur est peut-être dans le besoin. Prenez avec vous tout ce qui pourra lui être utile. Naturellement vous suivrez vos propres idées ; faites comme bon vous semblera ; mais retrouvez Livingstone. »

» Très surpris de cet ordre qui m'envoyait n'importe où, chercher un homme que presque tout le monde croyait mort, je posai cette question :

— Avez-vous réfléchi, Monsieur, à la dépense qu'occasionne ce voyage ?

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