‹ Stanley l'africainChapitre 7 sur 76 · I. RECHERCHE DE LIVINGSTONE · texte numérisé non relu

I. RECHERCHE DE LIVINGSTONE

■ — Combien coûtera-t-il ?

— Burton et Speke ont dépensé de 3000 à 5000 livres sterlings, et je crains qu'il ne faille pas moins de 2500 livres (62,500 francs).

— Eh bien, vous prendrez d'abord 25,000 francs. Quand ils seront épuisés, vous ferez une traite d'autant, puis une troisième, et ainsi de suite; mais retrouvez Livingstone.

» Je savais bien que lorsque M. Bennett a pris une résolution, il n'est pas facile de l'en détourner. » Je répondis :

— Dès lors je n'ai plus rien à dire. Dois-je aller directement à la recherche de Livingstone?

— Non; vous assisterez à l'inauguration du canal de Suez. De là, vous remonterez le Nil. J'ai entendu dire que Baker allait partir pour la Haute-Egypte ; informez-vous le plus possible de son expédition. — Vous ferez bien après cela d'aller à Jérusalem ; le capitaine Warren fait, dit-on, là-bas, des découvertes importantes; puis à Constantinople. — Après... voyons un peu. Vous passerez par la Crimée et vous visiterez les champs de bataille ; puis vous suivrez le Caucase jusqu'à la mer Caspienne ; on dit qu'il y a là une expédition russe en partance pour Rhiva. — Ensuite vous gagnerez l'Inde, en traversant la Perse ; vous pouvez écrire à Persépolis une lettre intéressante. — Bagdad sera sur votre passage, adressez-nous quelque chose sur le chemin de fer de la vallée de l'Euphrate ; et, quand vous serez dans l'Inde, embarquez-vous pour rejoindre Livingstone. — A cette époque vous apprendrez sans doute qu'il est en route pour Zanzibar; sinon, allez dans l'intérieur et cherchez-le jusqu'à ce que vous l'ayez trouvé. Informez-vous de ses découvertes. Enfin, s'il est mort, rapportez-en des preuves certaines.

» Maintenant, bonsoir, et que Dieu soit avec vous.

— Bonsoir, Monsieur. Tout ce que l'humaine nature a le pouvoir de faire, je le ferai, ajoutai-je, et dans la mission que je vais accomplir, veuille Dieu être avec moi. »

Ce qui fut dit fut fait, de point en point, avec une chance merveilleuse.

Course en Orient.— Stanley ne pensa plus qu'à se rendre d'abord en Egypte. Il assista à l'inauguration du canal de Suez, qui fut présidée, comme on le sait, le 20 novembre 1869, par l'Impératrice Eugénie et par l'empereur François-Joseph.

Puis il remonta le Nil et vit à Philae M. Higginbotham, mécanicien en chef de l'expédition de Baker.

A Jérusalem, il eut un entretien avec le capitaine Warren, descendit dans l'une des fosses qu'il avait fait creuser et vit les marques dee

ouvriers de Tyr sur les fondations du temple de Salomon. Il y engagea, en qualité d'interprète, un jeune arabe chrétien, du nom de Sélim, qu'il emmena avec lui.

Il visita les mosquées de Stamboul avec le ministre résident et le consul des Etats-Unis, et parcourut la Grimée et ses champs de bataille.

A Trébizonde, il vit Palgrave, l'explorateur de l'Arabie centrale ; à Tiflis, le baron Nicolay, gouverneur civil du Caucase.

Il logea a Téhéran chez l'ambassadeur russe, et, après avoir reçu dans toute la Perse le meilleur accueil des gentlemen de la Compagnie du télégraphe indo-européen, après avoir écrit son nom sur l'un des monuments de Persépolis, il arriva dans l'Inde au mois d'août 1870.

Le 1 2 octobre, il s'embarqua à Bombay sur la Polly, mauvaise voilière, qui mit trente-sept jours à gagner l'île Maurice. La Polly avait pour contre-maître un Ecossais, natif de Leith, appelé William Farquhar ; c'était un excellent marin et, pensant qu'il pourrait lui être utile, il l'engagea pour toute la durée de l'expédition.

De Maurice, il se rendit aux Seychelles, et de là à Zanzibar.

§ IL A Zanzibar. Organisation de la caravane.

Zanzibar. — «Le 6 janvier 1871, dit l'intrépide voyageur, j'abordai a Zanzibar avec Farquhar et Sélim.

» Zanzibar est une des îles les plus riches de l'océan Indien ; mais j'étais loin de m'en faire l'idée qu'elle mérite. Je me la représentais à tort comme un simple banc de sable.

» Nous traversions au point du jour le détroit qui la sépare de l'Afrique. Les hautes terres de la côte continentale apparaissaient, dans l'aube grisâtre, comme une ombre allongée. Zanzibar, que nous avions à notre gauche, à seize cents mètres de distance, sortit peu A peu de son voile de brume, et finit par se montrer clairement à nos yeux, aussi belle que la plus belle des perles océanes. Une terre basse, mais non plate. Ça et là, des collines, aux doux contours, s' élevant au-dessus du panache des cocotiers qui bordent la rive ; et, à d'heureux intervalles, des plis ombreux indiquant où ceux qui fuient le soleil peuvent trouver de la fraîcheur. Excepté la bande de sable, sur laquelle l'eau, d'un vert jaunâtre, se roule en murmurant, l'île entière paraît'ensevelie sous un manteau de verdure. Au-des,-us de l'horizon, vers le sud apparaissent les mâts de quelques vaisseaux,

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