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IV. STANLEY AU SECOURS d'EMIN-PACHA

remettre à moi, son frère. Voudrais-je les accompagner ? — « Oui, certes, réponclis-je, nous partirons demain, et si vous avez dit vrai, je vous ferai très riches. »

Ils passèrent la nuit avec nous, contant des choses merveilleuses sur ces « gros navires aussi grands que des îles et tous remplis d'hommes». Plus de doute, ce blanc était bien Emin que nous venions chercher ! L'étape du lendemain nous conduisit près du chef de Kavalli, qui, au bout de quelques minutes, me tendit un billet d'Emin-Pacha, recouvert d'un lambeau de toile cirée noire. Ge billet portait en substance ce qui suit :

A bord du Khédive, 26 mars 1888.

À M. Stanley, commandant de l'expédition de secours. — Une rumeur ayant circulé parmi les indigènes au sujet de l'apparition d'un homme blanc à l'extrémité sud du lac, je suis allé avec mon steamer aux renseignements, mais n'ai rien pu savoir de certain, car les indigènes, qui ont peur de Kaba-Rega, roi de l'Ounyoro, associent avec lui tous les étrangers. Cependant la femme du chef de Nyam-Sassié ayant dit qu'elle vous avait vu dans le pays de Mazamboni, je vous prie donc de camper où vous êtes, en attendant que je puisse me mettre en communication avec vous. Je suis heureux de vous savoir ici.

Docteur Emin.

Le lendemain, 23 avril, je chargeai M. Jephson, ayant sous ses ordres une forte escouade d'hommes, de mettre le bateau à flot. Il s'y embarqua, et le 26, il arriva en vue de la station de Msoua, le plus méridional des postes égyptiens d'Emin. M. Jephson y fut reçu avec la plus grande cordialité par la garnison. Les hommes du bateau me déclarèrent à leur retour que jamais ils n'avaient été plus embrassés et qu'ils y avaient été traités comme des frères.

Le 29 avril, nous traversâmes le bivouac du 16 décembre ; et, dans l'après-midi, à cinq heures, on signala le vapeur le Khédive, à une distance de i 1 kilomètres et arrivant à toute vitesse. A sept heures, Emin-Pacha, signor Casati et M. Jephson entraient dans notre camp, où ils furent reçus avec une grande joie!... plus facile à comprendre qu'à décrire, au milieu des salves de mousqueterie des soldats, des cris, des acclamations sans fin !

La jonction s'était donc faite le 29 avril 1888, deux ans après l'appel de Junker, 16 mois après le départ de Stanley, de Londres, un an après son passage au Stanley-Pool.

Naturellement chacun dut raconter brièvement son histoire: Stanley, celle de son expédition ; Casati, son arrestation par le roi d'Ounyoro, Kabarega,qui le fit lier de cordes et condamner à mort, et son évasion

récente. Quant il Emin, il chercha a expliquer sa situation politique, ses hésitations, sans toutefois avouer clairement le triste état où le mettait l'indiscipline de ses troupes, qui bientôt après devaient le faire prisonnier.

Situation d'Emin-Pacha. — «Voici, dit Stanley, à la fin de sa lettre du 28 août, quelques détails sur celui que je suis venu chercher si loin, sur Emin-Pacha.

Il commande deux bataillons de réguliers: le premier, fort de 750 carabines, occupe Doufilé, Honyou, Laboré, Mouggi, Kirri, Bedden, Redjaf ; le second, qui comprend 640 hommes, garde les stations de Wadelaï, Fatiko, Mahagi et Msoua, ligne de communication qui, le long du Nyanza et du Nil, mesure environ 340 kilomètres. A l'ouest du Nil, vers l'intérieur, il possède environ trois ou quatre petits établissements, quatorze centres en tout. En dehors de ces deux bataillons, il pourrait presque monter un régiment d' irréguliers, mariniers, artisans, commis, domestiques.

« En somme, m'a-t-il dit, si je consens à m'en aller d'ici, il y en aura bien huit mille qui voudront me suivre !

— Si j'étais à votre place, je n'hésiterais pas un instant ; je n'aurais pas une seconde de doute sur la décision à prendre.

— Vous avez raison ! mais il y a tant de femmes et d'enfants ! mettons que le tout monterait à dix mille ! Comment emmener d'ici tout ce monde ? Et où trouver assez de porteurs ?

— Des porteurs ? Et pourquoi ?

— Pour les femmes et les enfants. Sûrement, vous ne voudriez pas les abandonner !

— Les femmes marcheront, cela leur fera plus de bien que de mal ; quant aux petits enfants, on les chargera sur des ânes. Vous en avez 200, m'a-t-on dit. — Le premier mois, vos gens ne feront guère de chemin, mais peu à peu ils apprendront à marcher. Nos femmes Zanzibarites ont traversé l'Afrique avec ma seconde expédition. Pourquoi vos négresses n'en feraient-elles pas autant ? N'ayez crainte, elles s'en tireront mieux que les hommes !

— Il faudrait tant de provisions pour la route !

— Oui, mais n'avez-vous pas des milliers de têtes de bétail : de la viande sur pied ! Les pays où nous passerons fourniront grains et légumes.

— Bien, bien ! en voilà assez pour aujourd'hui ! » Son caractère flottant se manifestait déjà.

1er mai 1888. — Au camp de Nsabé. — Le Pacha est descendu aujourd'hui, à une heure, du vapeur le Khédive, et peu après nous

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