‹ Stanley l'africainChapitre 61 sur 76 · IV. STANLEY AU SECOURS D'EMIN-PACHA · texte numérisé non relu

IV. STANLEY AU SECOURS D'EMIN-PACHA

reprenions notre causerie. — Les mêmes arguments se reproduisent, puis mon interlocuteur ajoute :

» Vos paroles d'hier m'ont conduit à penser que peut-être vaudraitil mieux nous en aller. Les Egyptiens ne demandent qu'à partir. J'en ai ici une centaine, et en plus, leurs femmes et les enfants. Pour ceux-là, pas de doute ; même dans le cas où je resterais, je ne serais pas fâché d'en être débarrassé ; ils minent mon autorité et ont fait manquer toutes mes tentatives de départ. Mais quant aux réguliers qui composent le 1er et le 2e bataillons, ceux-là, je suis loin d'en être aussi sûr ; ils mènent ici une existence heureuse et libre ; ils ne s'empresseront pas de quitter un pays où ils jouissent d'un bien-être qu'ils n'auraient plus en Egypte. Mais moi disparu, toute espèce de discipline disparaîtrait aussi, Partout des disputes, partout des factions rivales. Les plus ambitieux voudraient s'emparer du commandement ; ces luttes engendreraient des haines, puis des massacres, jusqu'à ce qu'il n'en restât plus un de vivant.

— Mais si vous ne partez pas, que deviendront vos Egyptiens ?

— Oh ! ceux-là, je vous prierai d'être assez bon pour les emmener.

— Maintenant, voulez-vous bien, Pacha, me rendre le service de demander au capitaine Casati si nous aurons le plaisir de sa société jusqu'à la mer ? Car nos instructions nous prescrivent de l'assister, lui aussi, si nous le rencontrons. »

Le capitaine Casati répondit, par l'intermédiaire du Pacha : » La décision du gouverneur Emin réglera ma conduite : si le gouverneur reste, je reste ; si le gouverneur part, je pars.

— Bien ! vous le voyez, Pacha, si vous restez ici, vous aurez sur les épaules une lourde responsabilité. »

On rit. La phrase est traduite pour Casati ; le brave capitaine répond :

» Pardonnez-moi, mais j'absous le Pacha de toute responsabilité à mon sujet; dans cette circonstance, je n'obéis qu'à ma propre volonté.»

Jour par jour, je transcrivais fidèlement mes conversations avec Emin-Pacha, mais ces extraits en montrent assez pour que vous compreniez la position. En attendant qu'Emin se décide, je me dispose à partir à la recherche de mon arrière-garde.

A la recherche de son arrière-garde. — Emin et moi avions établi notre camp à Nsabé, à trois kilomètres au-dessus de Nyam- Sassié. J'y demeurai avec lui jusqu'au 25 mai, date à laquelle je le quittai, laissant près de lui M. Jephson, trois Soudanais et deux Zanzibarites. Il me fit accompagner de trois soldats irréguliers et de 102 indigènes Madi (nègres du haut Nil) comme porteurs.

Quatorze jours plus tard, j'arrivai au fort Bodo, occupé par le capitaine Nelson et le lieutenant Stairs. Ce dernier était revenu d'Ougaroua vingt-deux jours après mon départ pour le lac (le 2 avril), n'amenant avec lui, hélas, que 16 hommes sur "56. Tous les autres étaient morts !

Le fort Bodo était dans un état très florissant ; dix hectares étaient livrés a la culture. Une moisson de maïs avait été récoltée et se trouvait dans les greniers ; on venait, précisément, de recommencer a planter.

Le 16 juin, je quittai le fort Bodo avec 3 Zanziharites et 102 des gens d'Emin-Pacha. Le lieutenant Stairs avait été nommé commandant du fort avec le capitaine Nelson comme second, et le chirurgien Parke comme attaché au service médical. J'avais besoin de tous les porteurs disponibles pour l'immense quantité de charges du major Barttelot.

Le 24 juin, j'arrivai à Rilonga-Longa, et le 19 juillet a Ougaroua. Cette dernière station était abandonnée.

Le 10 août, je rencontrai Ougaroua avec une flottille de cinquantesept pirogues et, à mon grand étonnement, mes courriers dont le nombre était réduit à 17. Ils me firent un récit effroyable des dangers qu'ils avaient courus. Trois d'entre eux avaient été tués ; deux étaient encore faibles par suite de leurs blessures ; tous, à l'exception de cinq, avaient le corps couvert ue cicatrices.

Désastre de la troupe de Barttelot. — Le 17 août, nous rencontrons enfin notre arrière-garde dans un endroit qu'on nomme Banalya. Debout contre la porte de l'estacade, je distinguai un blanc que je pris d'abord pour M. Jameson ; m'approchant davantage, je reconnus M. Bonny, le jeune chirurgien qui avait quitté le service de l'armée pour nous accompagner.

« Eh bien, mon cher Bonny, où est donc le major?

— Mort, monsieur ; tué par les Manyéma, il y a près d'un mois.

— Grand Dieu ! et M. Jameson ?

— A Stanley-Falls, chez Tippo-Tip, pour essayer d'en obtenir d'autres porteurs.

— Et M. Troop?

— M. Troop est reparti pour l'Angleterre, malade.

— Hem ! et où est "Ward ? ■

— M. Ward est à Bangala, monsieur !

— Par le Dieu vivant ! vous êtes seul ici ?

— Oui, monsieur. »

a Notre arrière-garde n'était plus qu'une misérable épave! De ses

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