IV, STANLEY AU SECOUES D'EMIN-PACHA
» Quelques jours, après les mahdistes attaquèrent et prirent Regaf en tuant cinq officiers et nombre de soldats et en faisant prisonniers de nombreux enfants et femmes ; toutes les provisions et munitions qui se trouvaient à la station furent perdues. Le résultat fut un sauve-qui-peut général. Le 'pacha estima le nombre des mahdistes à environ 1,500.
» Les officiers et un grand nombre de soldats sont retournés à Mouggi et ont l'intention de tenir tête aux mahdistes. Notre situation ici est extrêmement désagréable, car, depuis la rébellion tout est chaos et confusion ; il n'y a pas de chef et tous les jours on donne une demi-douzaine d'ordres contradictoires auxquels personne n'obéit. Les officiers insurgés sont absolument incapables de gouverner les soldats.
» Les officiers sont tous très effrayés de ce qui s'est passé et attendent maintenant avec impatience votre arrivée ; ils désirent quitter le pays avec vous, car, ils sont maintenant réellement convaincus que Khartoum est tombé et que vous venez de la part du Khédive...
» Nous sommes pris comme des rats dans une souricière ; ils ne veulent pas nous laisser agir ni nous laisser partir, et je crains qu'à moins que vous n'arriviez promptement, vous ne veniez trop tard et que notre sort soit le même que celui du reste des garnisons du Soudan .
» Si nous ne réussissons pas à sortir du pays, veuillez me rappeler au souvenir de mes amis, etc. Votre dévoué,
A.-J. MOUNTENEY JEPHSON. »
Dans deux post-scriptum, écrits le 24 novembre de Wadelaï, et le 18 décembre de Toungourou, sur le lac Albert, M. Jephson annonce que les troupes révoltées ayant été battues d'abord, puis victorieuses des Mahdistes, avaient permis à Emin de se retirer sur Wadelaï, ensuite sur le lac. « Toutefois, ajoute-il, le Pacha est incapable de faire quoi que ce soit, car il existe un fort parti contre lui... D'autre part, on attend le retour des Mahdistes qui sont allés chercher du renfort... Prenez vos précautions à Kavali et ne descendez pas sur le lac, car défiez-vous des gens du Pacha. »
Irrésolutions d Emin. — Stanley, trop épuisé et trop occupé pour aller lui-même au devant de Jephson, répond le 18 janvier de Kavali, lui disant : N'ayez aucune crainte à mon sujet ; rien d'hostile ne peut se faire à douze milles de nous sans que je le sache. Je me trouve au cœur d'une population amie, et si j'embouchais la trompette de guerre, dans les quatre heures je pourrais disposer de 2,000 guerriers prêts à m'aider à repousser toute violence. Et si cela devait
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être une guerre de ruses, eh bien, je suis prêt ;\ m'y mesurer avec l'Arabe le plus fin qui existe.
Quant à vous, hâtez-vous de revenir en amenant Emin, si celui-ci se décide. Allons, obéissez, prenez mes ordres comme indication stricte, et avec la grâce et l'assistance de Dieu, tout finira bien.
Je ne demande pas mieux qu'à aider Emin d'une façon ou d'autre, mais il lui faut aussi m'aider et se fier à moi. S'il désire sortir de cet embarras; je suis son plus dévoué serviteur et ami, mais s'il hésite encore, il me plongera dans l'étonnement et la perplexité. Je pourrais sauver une douzaine de Pachas s'ils voulaient seulement se laisser sauver. Volontiers j'implorerais le Pacha à genoux pour le prier d'être raisonnable.
Le 6 février 1889, clans l'après-midi, M. Jepbson se présenta dans notre camp sur le plateau de Ravali.
Je fus tout surpris de lui entendre dire en termes bien nets : « Le pire ennemi du Pacha c'est le sentiment. Personne autre qu'Emin ne retient Emin. »
Aussitôt, je dépêchai une compagnie au bac à vapeur avec ordre M. Stairs d'arriver en hâte à Ravali, afin de concentrer l'expéition et de la tenir prête pour toute éventualité. On expédia aussi des courriers à Emin, pour lui communiquer nos mouvements et intentions, et lui demander d'indiquer comment nous pourrions le mieux l'aider? Préférait-il que nous l'attendissions à Ravali ? Devions-nous faire une pointe dans la province, et lui porter assistance à Msoua ou à l'île Toungourou, où M. Jephson l'avait laissé ? Je suggérai l'idée que, pour lui, le plan le plus simple devait être de s'emparer d'un steamer, grâce auquel il transporterait à mon ancien camp sur le Nyanza les réfugiés qu'on me disait s'amasser à Toungourou. Que s'il ne trouvait pas de vapeur, il devait marcher de Toungourou à Msoua, envoyer un canot pour m'informer de son mouvement et que, peu de jours après, je pourrais être à Msoua, avec 250 carabines, qui l'escorteraient jusqu'à Ravali. Mais je demandais une réponse positive, autrement j'aurais pour devoir de détruire les munitions et tourner cap sur l'Europe.
Réponse d'Emin. — Le 13 février, un courrier indigène se présenta au camp avec une lettre d'Emin et des nouvelles qui nous électrisèrent.
Le Pacha avait déjà jeté l'ancre juste au-dessous de notre camp.
» Monsieur, m'écrit-il, en réponse à votre lettre du 7 courant, pour laquelle je vous prie d'accepter mes meilleurs remercîments, j'ai l'honneur de vous informer que hier, à trois heures de l'après-