IV. STANLEY AU SECOURS D'EMIN-PACHA
midi, je suis arrivé avec mes deux vapeurs, amenant un premier détachement d'individus qui désirent quitter le pays sous votre escorte. Dès que j'aurai fait les arrangements nécessaires pour abriter mes gens, les vapeurs repartiront pour la station de Msoua, afin d'y aller prendre un autre chargement d'individus à transporter.
» J'ai avec moi une douzaine d'officiers désireux de vous voir, et quarante soldats seulement. Ils sont venus, sous mes ordres, pour vous prier de leur donner le temps d'amener leurs frères de Wadelaï, — ceux au moins qui veulent — et j'ai promis de faire mon possible pour les assister.
» J'espère sincèrement que les grandes difficultés que vous avez eu à traverser, et que les lourds sacrifices faits par votre expédition pour venir à notre aide, seront récompensés par un plein succès dans le transport de mes gens.
» Permettez-moi de vous exprimer ma cordiale reconnaissance pour tout ce que vous avez fait jusqu'à maintenant à notre intention, et croyez-moi sincèrement, votre serviteur, DrEMiN. »
Arrivée d'Emin. — Le 17 février, Emin-Pacha et une suite de 65 personnes, comprenant Sélim-Bey et sept autres officiers envoyés en députation par l'étafc-major de la Province de l'Equateur, arrivèrent à mon camp sur le plateau près le village de Kavali. Le Pacha était en mufti, mais la députation, — elle était en uniforme, — fit sensation dans le pays. Trois d'entre eux étaient des Egyptiens, et les autres des Nubiens, d'apparence martiale, et, sauf plusieurs exceptions, furent vivement recommandés par le Pacba. Conseil devait être tenu le lendemain.
Le 18, le lieutenant Stairs arriva, avec sa colonne, largement accrue par les hommes de Mazamboni — de la rivière Itou ri — ; l'expédition était au complet encore une fois, pour ne plus être séparée, à ce que j'espérais, pendant notre séjour en Afrique.
A la réunion qui fut tenue dans la matinée, Sélim-Bey, qui venait de se distinguer par la reprise de Doufilé sur les Mahdistes, robuste et de taille élevée, ayant la cinquantaine ou environ, exposa, au nom de la députation et des officiers, à Wadelaï, qu'ils do: .indaient le temps nécessaire pour permettre à leurs troupes et à leuio familles de s'assembler à Kavali.
Du 21 au 25, les deux vapeurs, le Khédive et le Nyanza, avaient été à Msoua pour ramener des réfugiés. Mais voici que le 26, un courrier de Wadelaï annonça un nouveau changement dans le gouvernement. Sélim-Bey, l'officier le plus élevé sous les ordres du Pacha, avait été déposé, et quelques officiers rebelles promus au rang de bey.
280 STANLEY L'AFIRCAIN.
Le lendemain L27, Emin revenait à notre camp avec sa petite fille Ferida et une caravane de 144 hommes. Il me pria d'attendre 20 jours les retardaires, ce que j'accordai.
Entre temps, Parke guérissait les malades. Il faut dire qu'en ce moment notre médecin était l'homme le plus occupé de l'expédition. Depuis notre départ de Fort-Bodo, en décembre, Parke avait par jour une centaine de patients atteints de tous les dérangements possibles, mais les plus nombreux, et ceux qui donnaient le plus de souci souffraient d'ulcères. Le dévouement de notre médecin, l'attention constante et minutieuse qu'il apportait à ses devoirs, son savoir-faire évident, me permirent, le 1er avril, de mettre en ligne 280 hommes propres au service, sans tare, parfaitement sains de corps et de membres ; tandis que, le 1er février, il eût été difficile de compter sur 200 hommes. J'estime que la plus heureuse chance de l'expédition a été de posséder ce médecin et ce chirurgien sans rival, M. F. H. Parke, diplômé de l'Académie de Médecine.
Tandis qu'il pansait assidûment les ulcéreux qui se devaient préparer pour la marche au Zanzibar, tous nos hommes valides avaient plus d'ouvrage qu'on n'en demandait. Nous avions promis au Pacha de mettre quelques porteurs au service de ses réfugiés ; en bonne justice, cela voulait dire un ou deux porteurs par Egyptien ; mais jamais méprise n'avait été plus grossière que la nôtre. Les ballots ne voulaient pas finir, et nos hommes grognaient bruyamment à la vue de ce bric-à-brac apporté parles réfugiés, et qu'il fallait transporter sur le plateau, à 840 mètres au-dessus du Nyanza : pierres meulières, marmites en cuivre, d'une contenance de cinquante litres, environ deux cents lits, corbeilles larges jusqu'à en être ridicules, etc.
Conseil de guerre. — Trente jours après le départ de Sélim-Bey pour Wadelaï, un vapeur parut devant le camp du Nyanza apportant une lettre signée par cet officier et tous les officiers rebelles de Wadelaï, et demandant du temps encore pour venir nous rejoindre.il y avait de la fourberie évidente dans leurs demandes réitérées de temporisation.
En réponse, je réunis les officiers de l'expédition : lieutenant Stairs, ingénieur royal, le capitaine R. H. Nelson, le chirurgien F. H. Parke, docteur de l'Académie de médecine, MounteneyJephson, Esquire, et M. William Bonny. En la présence du Pacha, je leur proposai de vouloir bien écouter quelques explications, puis de prononcer leur décision, un à un, au fur et à mesure qu'on les en prierait. »
Dans son plaidoyer, Stanley refait l'histoire de la situation réelle