TV. STANLEY AU SECOUES D'EMLN-PACHA
d'Emin, de ses hésitations et irrésolutions, des tromperies des Egyptiens qui jouent Emin et veulent probablement ruiner l'expédition de secours. Il termine par cette vigoureuse conclusion : «Qui nous dit qu'une fois admis dans notre camp, à titre de bons amis et soldats loyaux, les Egyptiens ne se mettront pas en révolte quelque nuit, ne s'empareront pas de toutes nos munitions, et ne nous ôteront pas ainsi tout moyen de rentrer à Zanzibar ? Gela leur serait assez facile, une fois familiarisés avec les règles du camp. L'esprit plein des révélations extraordinaires que nous a faites M. Jephson sur ce qui s'est passé dans la province depuis qu'a été fermée la route du Nil ; en voyant ici le Pacha de nos propres yeux, le Pacha que tout dernièrement encore nous supposions avoir quelques milliers d'hommes sous ses ordres, n'amener derrière lui qu'une suite peu importante, et en nous remémorant les « tricheries et cajoleries » par lesquelles on pensait nous faire tomber dans le filet, serions-nous sages, je vous le demande, en prorogeant le délai au delà du jour fixé par Emin lui-même, à savoir le 10 avril ? »
Les officiers répondirent l'un après l'autre par la négative.
— « Hé bien, Pacha, dis-je, vous avez votre réponse. Nous nous mettons en marche le 10 avril. »
Conspirations des Egyptiens. — Le 6 avril, j'appris que dans la nuit il y avait eu alarme au camp ; que les gens du Pacha avaient pénétré dans le quartier des Zanzibarites,et tenté d'enlever des carabines. C'est ce qui me décida à agir immédiatement.
Je savais qu'il y avait eu des conspirations autour de moi, et que le nombre des mécontents augmentait ; que ces hommes-là redoutaient plus les fatigues de la marche que les périls du côté des indigènes; mais oseraient-ils porter leurs pratiques déloyales jusque dans mon camp ?
Je me rendis chez le Pacha et je l'informai que je me proposais d'y aller vivement. Tenant à me rendre compte par moi-même du danger que le camp pouvait receler, je le priais pour première mesure, de vouloir bien faire sonner la revue des Egyptiens dans le carré.
L'appel n'ayant pas été obéi assez promptement pour me satisfaire, une demi-compagnie de Zanzibarites reçut l'ordre de déloger les retardataires de leurs huttes à coups de trique. Intimidés par ces mesures énergiques, ils se précipitèrent dans le carré, où ils furent entourés de carabines. On commanda ensuite à ceux qui voudraient nous accompagner à Zanzibar de se mettre sur une ligne ; ce qu'ils firent tous, sauf deux domestiques du Pacha. Les gens qui n'avaient pas obéi à l'appel, furent garrottés dans leurs huttes, amenés au carré,
où quelques-uns furent fouettés", d'autres mis aux fers et sous bonne garde.
» Maintenant, dis-je au Pacha, veuillez dire à ces Arabes, je vous prie, que ces manières de rébellion, comme on les pratique à Doufilé et Wadelaï, ne sont pas de mise ici, car au premier essai qu'ils en feraient, je me verrais obligé de les exterminer. »
Le Pâcha ayant traduit mes paroles, les Arabes s'inclinèrent, affirmant qu'ils obéiraient religieusement à leur père.
L'appel donna un résultat à noter. Nous avions avec nous : 134 hommes, 84 femmes mariées, 187 domestiques femmes, 74 enfants ayant plus de deux ans, 35 nourrissons. Total : 514.
J'ai mes raisons de croire qu'ils devaient être près de six cents en tout, mais plusieurs ne se montrèrent pas, sans doute par crainte d'être retenus prisonniers.
§ X. La eeteaite des „ Quinze cents."
La vallée de Semliki. — Le 10 avril 1889, nous sortîmes de Ravali au nombre d'environ 1500 ; car nous avions engagé 350 porteurs pour le bagage des gens du Pacha.
Le 12, nous campions à Mazamboni ; mais la nuit même, je fus frappé par une grave maladie qui faillit m'emporter et nous retint au camp 28 jours. Ce temps, Sélim-Bey et son parti eussent pu le mettre à profit s'ils avaient eu vraiment l'intention de quitter ; en fait, ils se trouvaient avoir 72 jours de marche au lieu de 20 jours convenus avec eux et Emin.
Pendant ma maladie éclata une autre conspiration ; c'est-à-dire que l'on en brassa plusieurs, mais qu'une seule se produisit au grand jour. Le meneur, un esclave d'Aouash Effendi, que j'avais libéré ;\ Kavali, fut arrêté, jugé en cour martiale, condamné et sur-le-champ exécuté.
De plus, des lettres interceptées me donnèrent la preuve d'un complot : les Egyptiens que j'avais recueillis, s'entendaient avec ceux de Sélim-Bey pour massacrer l'expédition.
La route que j'avais adoptée longeait les monts Balegga à 40 milles environ du Nyanza. La première journée, la marche fut passable, mais les trois jours suivants nos Egyptiens furent bien éprouvés à cause des montées, des descentes et des hautes herbes. Arrivant à la limite méridionale de ces montagnes, nous comprîmes que' notre marche serait retardée, car Kabarega, le roi de l'Ounyoro, avait poussé une pointe hardie de ce côté et avait annexé la contrée jusque sur la