‹ Stanley l'africainChapitre 68 sur 76 · IV. STANLEY AU SECOUES D'EMLN-PAGHA · texte numérisé non relu

IV. STANLEY AU SECOUES D'EMLN-PAGHA

rive gauche du Semliki, comprenant toute la plaine couverte de hautes herbes située entre la rivière Semliki et la région des forêts.

Ainsi, à moins de faire un détour énorme par la forêt, ce qui eût été fatal au plus grand nombre des Egyptiens, nous ne pouvions qu'avancer en dépit de l'opposition de Rabarcga et de ses Warasura. Ce dernier nom est donné aux Wanyoro par tous les natifs qui ont des rapports avec eux. La rencontre du premier jour nous fut favorable et débarrassa des Warasura tout le territoire jusqu'au Semliki.

Les monts neigeux du Ruwenzori. — Nous étions arrivés au seuil d'une région qui promettait d'être intéressante, car chaque journée de marche vers le sud dessinait de plus en plus la grande chaîne neigeuse qui nous était apparue le 1er mai 1888, du plateau de Ravali. Nous nous trouvions sur le sommet de la chaîne de collines qui borne la vallée du Semliki sur ses côtés nord-est et sud-ouest.

Du côté opposé s'élevait le Ruwenzori, la Montagne de neige, et son énorme flanc oriental, qui descendait graduellement jusqu'au point de rejoindre le niveau et ne semblait former qu'un avec le plateau de l'Ounyoro. Le flanc occidental, accidenté, formaitun précipice, à ce qu'il nous semblait, du côté d'un pays dont nous ignorions encore le nom. Entre ses barrières opposées s'étendait la vallée du Semliki, dont l'extrémité orientale ressemble tellement à un lac qu'un de nos officiers s'écriait que c'était le Nyanza et que les femmes des Egyptiens poussaient des hululements stridents en revoyant leur, propre lac, le lac Albert. A la simple vue, cela ressemblait au lac, mais une lunette d'approche fît reconnaître que c'était une plaine herbeuse unie, blanche par suite de la maturité de ses herbes. Mais, aussi loin que portait la vue, la plaine continuait à s'étaler sur Une largeur de 10 à 12 milles entre ces barrières de montagnes, et au milieu, coulant tantôt vers les montagnes du sud-est, tantôt vers la chaîne sud-ouest, le Semliki roule ses eaux vers l'Albert Nyanza.

Pendant que nous traversions la rivière, les Warasura nous attaquèrent encore, par derrière, avec une volée de flèches bien dirigée, mais heureusement, la distance était trop grande. Ils furent poursuivis pendant quelques milles, mais ils s'enfuirent légers comme des lévriers, de sorte que d'un côté comme de l'autre il n'y eut aucun malheur à déplorer.

Nous pénétrâmes dans la contrée des A'Wamba par la rive droite du Semliki, et pendant plusieurs jours, nos marches nous conduisirent à travers des plantations de maïs qui fleurissaient dans les clairières pratiquées dans cette forêt vraiment africaine. Finalement, nous débouchâmes cle nouveau en pleine campagne immédiatement

au-dessous du Ruwenzori même, qui avait l'air de nous surplomber comme un nuage orageux des tropiques, pour si; dissoudre sur nous en pluie el dévasjfcationi Au coucher du soleil, un pic par-ci, une crête par-là, un laite au-delà, blancs de neige, attiraient la vue, entourés de nuages dentelés, tourbillonnants et tournoyants, puis les ténèbres de la nuit.

Au lever du soleil, le Ruwenzori nous apparaît Irais, propre dans un éclat pur, avec de profonds espaces bleus au-dessus et autour, chaque ligne, chaque dent, chaque monticule, chaque pointe de rocher semblable à une tourelle, sont marqués profondément et clairement visibles ; mais à présent, le tout était caché derrière des masses de brouillards, entassés les uns sur les autres au point de rendre l'immense montagne invisible, comme si nous nous trouvions à des milliers de milles d'elle. En outre, comme le pic neigeux se trouve placé dans les profondeurs de la chaîne, plus nous approchions de sa base, moins nous le voyions, lui, parce que des faîtes plus rapprochés s'interposaient et empêchaient la vue. Cependant nous avons obtenu trois vues remarquables, une, prise de la plaine du Nyanza, une autre de Kavali et une troisième de la pointe méridionale du lac.

Quant à son altitude, j'estime qu'elle est de 5,500 à 5,700 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui en fait un rival du Kilimandjaro lui-même, le roi des monts africains.

11 nous fallut 19 marches pour atteindre l'angle sud-ouest de la chaîne, en ayant la vallée du Semliki à nos pieds, à droite ; nous aurions pu en distinguer les moindres détails si ce malencontreux brouillard l'avait permis. On voit les huttes des indigènes Bakonjou, jusqu'à la hauteur de 2,500 mètres au-clessus du niveau de la mer.

Presque tous nos officiers eurent à la fois le vif désir de se distinguer comme grimpeurs de ces Alpes africaines, mais, malheureusement, ils se trouvaient dans un très mauvais état pour cette tâche. Le pacha ne réussit pas à aller au delà de 300 mètres au dessus de notre camp ; pourtant le lieutenant Stairs atteignit la hauteur de 3,200 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais il eut la mortification de trouver deux gouffres profonds entre lui et le pic neigeux proprement dit. Il rapporta cependant une bonne collection de plantes, parmi lesquelles il y avait des bruyères géantes, des baies de ronce et des airelles. Le Pacha se trouvait dans son élément parmi ces plantes et les a classées.

Découverte du lac Edward. — En venant des contins de rAwainha, nous pénétrâmes dans l'Ousongora, région herbeuse dont l'aspect diffère du printemps perpétuel de l'Oukonjou autant que cela

Page 1