IV. STANLEY AU SECOURS D'EMIN-PACHA
est possible pour. un pays aride. Cette contrée borne le Nyanza méridional par ses côtés nord et nord-ouest.
Trois jours plus tard, pendant que nous chassions devant nous les Warasura, ou plutôt pendant qu'ils étaient chassés par leur propre panique, nous entrâmes, peu de temps après son évacuation, dans l'importante ville de Kative, quartier général des pillards. Elle est située entre un bras du Mouta Nzigé et un lac salé qui a à peu près trois kilomètres de longueur sur un peu plus d'un kilomètre de largeur. Il consiste en une saumure pure, d'une couleur rosée, et dépose du sel en pains massifs de cristaux de sel. Il appartenait aux Wasongora, mais la valeur de sa possession a éveillé la cupidité de Rabarega, qui en tire un revenu considérable.
En entrant au sud du Toro, nous avions contourné la tête septentrionale du Nyanza, ou golfe Béatrice, que j'avais aperçu en 1876.
Par respect pour le premier prince anglais qui se soit intéressé à la géographie africaine, nous avons appelé Albert Edward le Mouta Nzigé, pour le distinguer des deux autres Nyanza. Ce lac n'est pas très grand. Comparé au Victoria, au Tanganyka et à l'Albert, il est petit ; mais son importance et son côté intéressant consistent dans le fait que c'est le collecteur de tous les courants à l'extrémité des bassins sud-ouest ou gauches du Nil, et qu'il décharge ces eaux par une seule rivière, le Semliki, dans l'Albert Nyanza, de la même façon que le lac Victoria reçoit tous les courants de l'extrémité du bassin sud -est ou droit, et verse ces eaux, par le Nil Victoria, dans l'Albert Nyanza. Ces deux Nils, qui se confondent dans le lac Albert, quittent celui-ci sous le nom bien connu de Nil Blanc.
A travers l'Ankori et le Karagué. — Quelques jours plus tard nous entrions à Ounyampaka, que j'avais visitée en janvier 1876. Ringi, le roi, refusa d'embrasser la cause de l'Ounyoro et nous permit de nous nourrir de ses bananes à discrétion. Après avoir suivi le bord du lac jusqu'à l'endroit où il tourne trop vers le sud-ouest, nous débouchâmes sur les plateaux élevés de l'Ankori dont les indigènes nous firent bon accueil, car nous avions été précédés de rapports sur nos bienfaits, en débarrassant le lac salé de la présence des Warasura qui étaient universellement redoutés.
Pendant le long voyage depuis le lac Albert, rien ne s'est passé qui ait pu nous faire regretter, en quoi que ce fût, d'avoir pris ce chemin droit, mais nous avons souffert de fièvres comme jamais auparavant. Nous avons eu jusqu'à 150 cas en un seul jour.
L'Ankoii est tellement balayé parles vents froids, que l'expédition en était exténuée. Des vétérans acclimatés, comme le pacha et le
capitaine Casati, eurent des prostrations coup sur coup et tous les deux fuient réduits à une faiblesse extrême, comme nous au lies. Nos Doïi's, de n'importe quelle tribu, fcoinbaient tout de leur long pour cuver leurs accès de fièvre. Quelques-uns moururent après un court accès ; les Fatigues journalières de la marche, un ulcère, un accès de lièvre, une attaque do dysenterie, faisaient que les Egyptiens se couchaient, enveloppés d'une couverture quelconque, le long de la route, et, à moins d'être aperçus par l'arrière-garde, ils étaient abandonnés au traitement douteux des indigènes dont ils ignoraient complètement la langue. Pendant le mois de juillet nous en perdîmes ainsi 141 !
§ XI. Du lac Victoria a Zanzibar.
Au sud du lac Victoria-Nyanza, nous avons passé quatre des journées les plus émouvantes que nous eussions eu a traverser pendant tout le cours du voyage, car pendant ces quatre jours nous avons dû combattre continuellement, sauf pendant la nuit. Les tribus indigènes que nous rencontrions manifestaient d'injustifiables préjugés contre les Egyptiens qu'elles affirmaient être des anthropophages, animés des plus mauvais desseins. Il était inutile de chercher à discuter avec eux ; toute tentative faite pour les tirer de leur erreur les jetait dans des accès de rage violente ; et dans leur emportement ils se ruaient sur nous. En les repoussant, nous leur avons infligé de grandes pertes.
On m'assure que, pour atteindre le littoral, la route de Simbamouéni est la meilleure, car c'est une route où les vivres abondent. Je me propose donc de la suivre. Quant au danger d'attaques par les indigènes, toutes se valent, car toutes sont aussi mauvaises les unes que les autres.
Nous avons fait une découverte géographique inattendue et de réelle valeur : c'est que le lac Victoria s'étend considérablement au sudouest. Le chenal le plus méridional de cette nappe d'eau nouvellement découverte s'étend de ce côté jusqu'à 2° 48' de latitude sud, ce qui prolonge le lac Victoria-Nyanza jusqu'à environ 560 kilomètres du lac Tanganika.
Un coup d'œil jeté sur la carte du lac, dressée par Speke, vers le sud-ouest, vous montrera que la ligne côtière prend la direction ouestnui'd-ouest; mais, en réalité, cette prétendue ligne côtière n'est qu'une succes'-inn de vastes îles montagneuses dont beaucoup sont très peuplées et qui s'enchevêtrent les unes dans les autres. Au sud de ces îles se déroule la vaste nappe d'eau que nous venons de découvrir.
Le lac Ouriji aussi, auquel le capitaine Speke n'attachait que peu