IV. STANLEY AU SECOUES D'EMIN-PACHA
d'importance, m'est apparu de son côté comme un lac très respectable, parsemé également d'îles habitées.
Ainsi nous allâmes de découvertes en découvertes, jusqu'à ce que nous arrivâmes à Ousumbira et Msalala, auprès d'une église dont la croix surmontait un établissement chrétien, et nous reconnûmes enfin que nous avions atteint le faubourg de la civilisation bénie. C'était la mission anglicane du Rév. M. Mackay, exilé de l'Ouganda. La mission des Pères d'Alger de Kamoga se trouve dans les environs.
J'apprends ici qu'il y a de grands troubles à la -côte : la guerre entre les Allemands et les Arabes de Zanzibar. J'ignore l'importance que cet état de choses peut avoir pour nous, mais je crois que rien n'est capable d'interrompre la marche que d'ici à quelques jours nous allons entreprendre vers l'Océan.
A Mpouapoua, 11 novembre 1889. Nous sommes arrivés ici aujourd'hui, 55 jours après notre départ du lac Victoria Nyanza et 188 jours après notre départ du lac Albert Nyanza.
D'après notre dernier recensement, après le renvoi des 350 indit gènes porteurs nous sommes au nombre d'environ 750. Le nombre des gens d'Emin est de 294, dont 59 sont des enfants, la plupart orphelins d'officiers égyptiens. Les blancs qui m'accompagnent sont le lieutenant Stairs, le capitaine Nelson, MM. Mounteney Jephson, le Dr Parke, Bonny, Hoffmann, Emin-Pacha et sa fille, le capitaine Gasati, Marco, un trafiquant italien, et Vitu Hassan, un pharmacien tunisien. Les pères français Girault et Schinze, des missions Algériennes, sont avec nous également. (1)
(l)Un rédacteur du Gaulois a interrogé à leur passage à Port-Saïd les deux prêtres missionnaires, les PP. Girault et Schinze, qui ont rencontré Stanley en Afrique et ont été sauvés par lui.
» Il est parfaitement vrai, a dit le Père Girault, que nous avons été sauvés, ainsi que notre escorte, par M. Stanley. Non pas d'une mon certaine, si vous voulez ; mais il est probable que, si nous n'avions pas été protégés par son escorte, très considérable, nous aurions pu être attaqués par les troupes de Buschiri, et nous n'aurions jamais pu arriver à la côte.
■» M. Stanley a été pour nous d'une bonté tout à fait paternelle, et nous n'avons eu qu'à nous louer de ses procédés. Toutes les semaines, il nous faisait donner du bétail pour la nourriture de notre escorte et avait pour nous beaucoup d'égards, nous traitant sur le même pied que ses officiers. C'est ainsi que nous avons pris part à tous les banquets qui ont été donnés et que nous nous trouvions à celui qui s'est terminé par la chute malheureuse d'Emin à Bagamoyo. C'est même avec un de nos collègues, le P. Etienne, supérieur de la mission, qu'Emin se trouvait quand il est tombé.
» Emin Pacha est, si vous voulez, un homme supérieur, très versé dans les sciences et connaissant bien l'Afrique équatoriale, qu'il a étudiée à fond ; mais il est loin de valoir Stanley. »
STANI.KV l.'Al'KM'AIX.
Parmi les principaux officiers du pacha Bofurent VaReers, do la province équatoriale, et le major Awash, du 2° hntaillon.
Depuis notre départ du laé Victoria Nyahza, nous avons perdu 18 des gens d'Emin et un indigène de Zanzibar, qui a été tué tandis que nous palabrions avec une peuplade hostile.
Dans chacune de mes expéditions antérieures, j'ai vu mes difficultés décroître au fur et à mesure que je me rapprochais de la côte. Je n'en puis dire autant cette fois. Notre longue file de malades, portés en hamacs, témoigne d'une situation toute différente. Jusqu'à ce que j'aie pu embarquer tous ces malheureux à bord d'un steamer, il n'y aura pas de repos pour moi.
Ce qu'il y a de pis, c'est que nous n'aurons pas le privilège de vous montrer à Zanzibar toute l'étendue de ces difficultés ; car, après avoir porté un certain nombre de ces malades sur un parcours de plus de 400 lieues, en combattant, a droite et à gauche, pour les protéger contre les sauvages Wasarura, qui fondaient sur eux comme sur une proie ; après avoir ainsi conduit tous ces malades de chaîne de montagneen chaîne de montagne, en déployant constamment le maximum de l'énergie humaine, nous voyons beaucoup d'entre eux mourir dans leurs hamacs avant d'arriver au port....»
A Msoua. — C'est le 30 novembre qu'eut lieu à Msoua la rencontre avec les envoyés du major Wissmann et de la colonie anglaise. Qu'ils furent les bienvenus avec leurs félicitations, leurs bonnes nouvelles et leurs friandises ! Ils annonçaient la côte, le repos dans une chambre, la fin des inquiétudes et des tourments, le but si longtemps poursuivi, atteint — définitivement atteint.
« Je me sens allégé, écrit Stanley, de Msoua ; j'éprouve en ce moment la même sensation qu'un ouvrier rentrant chez lui le samedi soir, son labeur accompli, son salaire dans sa poche, et tout joyeux de penser que c'est demain dimanche, jour de repos. »
Cinq marches seulement le séparaient de ce jour béni. Le 2 décembre, il passait à Mbugani ; le 3, à Ribijo ; le 4, il franchissait le noir Ringani, et, enfin, le 5, Thalassa, Thalassa, « la mer, la mer. » Entre le feuillage des jardins de Bagamoyo, les Zanzibarites, marchant un train d'enfer, haletants, émotionnés, virent tout à coup un scintillement qui leur remplit les yeux et le cœur...
C'était l'Océan, c'était le pays, c'était le salut !
Réception solennelle à Bagamoyo. — « Alors, à Bagamoyo, dit M. ^Yauter3, ce fut une apothéose, comme dans ce siècle jamais expédition de découvertes, jamais explorateur ne s'en vit décerner au retour.