‹ Stanley l'africainChapitre 8 sur 76 · I. RECHERCHE DE LIVINGSTONE · texte numérisé non relu

I. RECHERCHE DE LIVINGSTONE

tandis qu'au levant se groupent des maisons blanches, au toit plat. Cette agglomération est la capitale de l'île, cité assez grande, ayant les caractères de l'architecture arabe.

» Le capitaine Francis Webb, officier de marine et consul des Etats-Unis, m'y fit l'accueil le plus cordial et m'offrit une hospitalité des plus complètes.

» Après m'être promené dans la ville, j'en rapportai une impression générale d'allées tortueuses, de maisons blanches, de rues crépies au mortier, dans le quartier propre. — Dans celui des Banians, des alcôves, avec des retraites profondes, ayant un premier plan d'hommes enturbannés de rouge et un fond de piètres cotonnades : calicots blancs, calicots écrus ; étoffes unies, rayées, quadrillées ;

La ville de Zanzibar, vue de la mer- Phare et palais dtc Sultan.

des planchers encombrés de dents énormes ; des coins obscurs remplis de coton brut, de poterie, de clous, d'outils et de marchandises communes en tout genre.

» Le quartier des nègres me laissait un souvenir de têtes laineuses, avec dés corps fumants, noirs ou jaunes, assis aux portes de misérables huttes, et riant, babillant, marchandant, se querellant, dans une atmosphère affreusement odorante : un composé d'effluves de cuir, de goudron, de crasse, de débris tombés des végétaux et d'immondices de toute espèce.

» Je me rappelais aussi de grandes demeures à l'air solide, aux toits plats, avec de grandes portes sculptées, à grands marteaux d'airain, et des créatures assises, les jambes croisées, guettant la sombre entrée du maître ; un bras de mer peu profond, avec des

canots, des barques, dos daous; un étrange remorqueur i\ vapeur, couché dans la vase que la marée avait laissée derrière elle; une place où les Européens se traînent d'un pas languissant, pour respirer la luise; quelques tombes de marins qui sont venus mourir là. Parmi ces images confuses etmouvantes, je distinguais à peine les Arabes des Africains, les Africains des Banians, les Banians des Hindous, les Hindous des Européens. »

Zanzibar est le Bagdad, l'Ispahan, le Stamboul de l'Afrique orientale. C'est le grand marché qui attire l'ivoire et le copal, l'orseille, les peaux, les bois précieux et les esclaves qui proviennent de l'Afrique orientale jusqu'aux Grands Lacs.

Tout le commerce de Zanzibar est entre les mains de trois sortes d'individus : Arabes de Mascate, Banians du Malabar, Hindous mahométans, ces derniers surtout plus rusés que le Juif dans l'art d'extorquer l'argent.

Le docteur Kirk. — Parmi les consulats, le plus important est celui de la Grande-Bretagne. En 1871 il était occupé par le docteur John Kirk. Stanley avait le plus vif désir de voir cet honorable fonctionnaire, qui ayant été le compagnon de Livingstone, pouvait lui donner mieux que personne des renseignements sur l'illustre voyageur.

Le deuxième matin qui suivit son arrivée, obéissant aux exigences de l'étiquette zanzibarite, il sortit avec M. Webb, consul des Etats- Unis. Peu d'instants après, il se vit en face d'un homme assez mince, simplement mis, légèrement voûté, ayant la figure un peu maigre, les cheveux et la barbe noirs, et auquel M. Webb adressa ces paroles :

« Docteur Kirk, permettez que je vous présente M. Stanley, du New-York Herald. » — On fit connaissance.

— A propos de Livingstone, dit Stanley à M. Kirk, où pensez-vous qu'il soit maintenant ?

— Difficile de vous répondre. Il est peut-être mort; vous savez qu'on l'a dit ; mais à cet égard on n'a rien de positif. Nous lui envoyons continuellement différentes choses ; une petite caravane est même pour lui en ce moment à Bagamoyo... Il ne tient pas de journal, ne prend pas de notes ou très rarement... Assurément, s'il vit encore, il devrait bien revenir, et céder la place à quelqu'un de plus jeune.

Le consul passait pour bien connaître celui dont il parlait ; ainsi le célèbre reporter devait croire ses renseignements exacts, et ils n'étaient pas de nature à augmenter son zèle.

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