I. EECHERCHE DE LIVINGSTONE
Organisation de la caravane. — Cependant, Stanley ne connaissait nullement l'intérieur de l'Afrique, et il ne se doutait pas de ce qu'il fallait pour y pénétrer. Il se procura donc tous les renseignements possibles et apprit que pour nourrir cent hommes, il fallait par jour dix dotis, c'est-à-dire quarante mètres d'étoffe ; ce qui, pour l'année, faisait 3650 dotis ou 14600 mètres.
A ce compte, il lui fallait, pour deux ans, environ : 16000 mètres de sheeting. calicot blanc d'une largeur d'un mètre,
8000 mètres de kaniti, cotonnade bleue, de provenance indoue,
5200 mètres d'étoffes de couleur.
Venait ensuite la verroterie ou rassade, qui sert de monnaie courante clans plusieurs provinces, où malheureusement les goûts pour la couleur ne sont pas les mêmes. On en acheta vingt-deux sacs.
Après la rassade, le fil métallique ; car si, dans la zone où l'on allait entrer, les grains de verre remplacent la monnaie de cuivre, et l'étoffe, la monnaie d'argent, au delà du Tanganika, le fil de laiton représente la monnaie d'or.
Ces achats terminés, il fallait encore des provisions de bouche, des ustensiles de cuisine, des sacs, des tentes, des ânes et leur équipement, des outils, des armes, des munitions, des médicaments, des couvertures : mille choses à se procurer.
Le marchandage avec les Banians, les Arabes, les Hindis, les métis, ces traitants sans cœur, était pour le voyageur une cruelle épreuve. Ainsi, ses vingt-deux ânes qu'on lui avait faits 200 et 250 francs pièce, lui furent livrés à 75 et à 100 francs ; mais après quelle dépense d'arguments dignes d'une plus noble cause ! Il en était de même pour chaque objet ; ce qui entraînait une grande perte de temps et de patience.
Et maintenant le personnel.
Vers cette époque, William Shaw, natif de Londres et contre-maître sur un navire américain, vint offrir ses services à Stanley, qui l'engagea à raison de 300 dollars par an, comme second maître d'équipage, Farquhar étant le premier.
Celui-ci était un excellent marin, très fort en mathématiques ; un homme vigoureux, énergique et d'un bon naturel. Malheureusement il était ivrogne, et la vie dissolue qu'il avait menée à Zanzibar devait lui être funeste.
Restait à enrôler vingt hommes d'escorte, à les armer et à les équiper. Stanley s'assura des services d'Oulédi, ancien domestique de Grant; d'Oulimengo, de Barati, de Mabrouki, le serviteur de Burton, et d'Ambari. Tous les cinq avaient servi Speke.
34 STANLEV L'AFRICAIN.
Quand on leur demanda s'ils consentaient à faire partie de la caravane d'un autre homme blanc, ils répondirent qu'ils accompagneraient volontiers un frère de leur ancien maître. Pour Bombay, appelé de l'île Pemba, située au nord de Zanzibar, il vint, suivi de ses anciens compagnons, chacun à son rang, d'après le grade qu'il avait eu jadis. Prêt à faire tout ce que voudrait le chef, à le suivre partout, «à être le modèle des serviteurs et soldats, il espérait seulement avoir un uniforme et un bon fusil, deux choses qui lui furent accordées.
Stanley lui parla ensuite des autres fidèles de Speke. Il n'y en avait plus que six dans la ville ; chacun d'eux avait gardé la médaille attestant qu'il avait pris part à la découverte des sources du Nil. Mabrouki était devenu impotent d'une main ; néanmoins, on l'engagea, par cela seul qu'il avait accompagné Speke et lui avait été fidèle.
Bombay, capitaine de l'escorte, procura encore dix-huit volontaires qui, disait-il, ne déserteraient pas et dont il répondait.
Enfin, pour ne pas rester à la merci des riverains, quand il voudrait naviguer sur le Tanganika, Stanley acheta deux bateaux, mais qui ne lui servirent guère.
L'obstacle principal à la rapidité des voyages dans cette partie de l'Afrique, a pour cause la nature des paiements et des moyens de transport. Ici, au lieu d'un florin ou d'un demi-dollar, il faut deux mètres d'étoffe ; un collier, à la place d'un sou, un rouleau de fil de métal en guise de pièce d'or, et pour transporter cette monnaie encombrante, vous n'avez pas de wagon, pas de cheval ni de mulet ; rien que des hommes : encore est-il difficile de les avoir, et Stanley était pressé.
Il se hâta donc d'aller prendre congé de sa Hautesse Saïd Bargash, sultan de Zanzibar, et le lendemain, c'est-à-dire le 5 février 1871, quatre daous étaient réunies devant le consulat américain. On mit les chevaux dans le premier bateau ; le deuxième et le troisième reçurent les vingt-deux ânes ; le quatrième, beaucoup plus grand, fut chargé de la troupe et de la cargaison.
§ III. De Bagamoyo a Simbamouenni.
A Bagamoyo. — « L'île de Zanzibar avec ses plantations de cocotiers et de manguiers, sa ville aux maisons blanches, ses bois de girofliers et de canneliers, avec son port et ses navires, ses deux îlots placés en sentinelles, s'effaça peu à peu ; tandis que grandissait