‹ Station de carême de 1888Chapitre 23 sur 26 · ITI · texte numérisé non relu

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Ils l’ont emmené, après Lui avoir donné sa croix à porter, vers le sommet du Calvaire. Jésus passa dans les rues de Jérusalem avec sa couronne d’épines et en portant sa croix, et il allait dans ce chemin terrible en rencontrant çà et là ceux qu'il avait aimés, ceux qu'il avait bénis, ceux qu'il avait sauvés, ceux qu'il avait guéris, ceux qu'il avait ressuscités ; les aveugles, les boiteux, les sourds, les muets, les paralytiques, les lépreux, les morts ressuscités ; ils étaient là, dans la foule, le regardaient passer, et pas un n’a pris sa défense--du moins l'Evangile ne le dit pas,—pas un peut-être n’a eu un peu de compassion pour Lui.

Un étranger, un habitant de Cyrène, nommé Simon, fut contraint de porter la croix avec Jésus, parce qu’il était épuisé de sang et qu’il tombait presque à chaque pas! Il allait dans son chemin terrible! Il rencontra les saintes femmes de Jérusalem qui, dès ce moment, se mirent à sa suite en gémissant, en se lamentant, en se frappant la poitrine; et Jésus leur dit: ‘ Filles de Jérusalem ne pleurez pas sur moi, pleurez sur vous et pleurez sur vos enfants.” Il rencontra Marie-Madeleine ; et cette femme touchante qui vint, courageuse ! ‘fendant la foule, tomber à genoux, toute en larmes devant Jésus et de son voile essuyer sa face adorable, la Véronique ! Il rencontra sa mère !

Parvenu au sommet du Calvaire, on lui offrit, selon la coutume, comme à tous les suppliciés, afin d’adoucir les horreurs des dernières tortures, un breuvage composé de vin et de myrrhe ; bien que la malice des bourreaux y eût mêlé du vinaigre et du fiel, Jésus ne voulut

pas de cet adoucissement et refusa d’en boire, noluit bibere.

Le doux Agneau, dit-on, se dépouilla lui-même de son vêtement ; il s'étendit sur le bois de la croix et il présenta ses mains et ses pieds. Et il fut crucifié avec de gros clous! Cloué sur la croix, Jésus fut élevé entre deux larrons; on attacha au-dessus de sa tête cette inscription qui disait le sujet de sa condamnation à mort : Jesus Nazarenus rex Judæorum. Voilà Jésus de Nazareth, le roi des Juifs. Le peuple se tenait autour de Lui et il regardait Jésus, en ricanant, en disant : “ O toi qui détruis le temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même.” Les prêtres et les pharisiens étaient là, branlant la tête, et disaient en se moquant de lui: ‘Il sauve les autres, mais il ne peut pas se sauver lui-même ! descends donc de la croix, et nous croirons en toil” Et les deux larrons, crucifiés à droite et à gauche de Jésus l’insultaient de même.

Les soldats, au pied de la croix, se partageaient les vêtements de Jésus et tiraient sa robe au sort.

C'était environ la sixième heure du jour, quand Jésus fut dressé sur sa croix. Le jour était lumineux, le ciel pur et sans nuage. Tout-à-coup le soleil s’obscurcit ; il se fit de profondes ténèbres, enveloppant la terre depuis ce moment jusqu’à la troisième heure, tout le temps que dura l’agonie de Jésus. La nature entière se troubla, de grands prodiges épouvantèrent le monde : la terre trembla jusqu’à son centre, les rochers éclatèrent, des cavités profondes, des abîimes insondables s'ouvrirent par toute la terre et sur les rivages des mers. Le grand voile du sanctuaire se déchira du haut en bas et l’on entendit dans les profondeurs du temple de Jérusalem les trompettes sacrées, qui annonçaient le sacri-

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fice du milieu du jour, résonner d’un son lugubre et plaintif comme on ne les avait jamais entendues.” Les sépulcres s'ouvrirent et l'on vit apparaître des morts, errants dans les rues de Jérusalem !! Effrayés, les Juifs abandonnèrent Jésus sur sa croix et s’enfuyaient en courant sur les rampes du Calvaire vers Jérusalem.

C’est alors que la sainte Vierge Marie, la mère de Jésus, la mère douloureuse, put s'approcher de la croix. Elle avait entendu de loin les coups de marteau qui enfonçaient les clous dans les pieds et les mains de Jésus! Elle avait entendu le bruit sourd qu'avait fait la croix en tombant lourdement dans le trou creusé pour la recevoir. Elle avait vu apparaître, se dresser devant elle Jésus crucifié! Maintenant elle s’avance, et toute inondée de larmes, elle vient se mettre debout contre la croix. Elle était là, silencieuse, toute perdue dans le grand sacrifice, contemplant au-dessus de sa tête cet objet élevé qui projetait sur elle, du milieu des ténèbres, une lueur sanglante. Jésus aussi était silencieux : Il s’affaissait de plus en plus sur la croix ; son sang coulait le long du bois ; son corps devenait de plus en plus pâle; et tous les alentours de la croix, désormais solitaires, abandonnés, ‘‘-mplissaient d’un lugubre silence et devenaient solennels comme le fond d'un sanctuaire !

Alors Jésus parla! Jusqu'à ce moment, abimé dans les entretiens mystérieux avec son Père, il avait gardé son silence d'agneau! mais, à présent, il faut que son Père lui aie dit quelques paroles terribles —penut-être que ce crime du crucifiement est trop horrible pour pouvoir être jamais pardonné —car Jésus a frémi sur sa croix! et il a dit: “ Père, pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent ce qu’ils font’ ”

Dès ce moment les dernières paroles de Jésus tombèrent par intervalle, une à une, de ses lèvres dans le silence du Calvaire!

Le larron impénitent, malgré ce premier cri de grâce, insultait encore Jésus en lui disant : ‘“ Si tu es le Christ, sauve-toi et sauve-nous nous-mêmes avec toi!” Mais l’autre, soudainement touché: ‘“ Condamnés au même supplice, disait-il, nous, nous subissons le juste châtiment dû à nos crimes ; mais Lui n’a pas fait de mal !… Seigneur, souvenez-vous de moi quand vous serez arrivé dans votre royaume!” Dans sa contrition parfaite le larron ne demandait qu'un simple souvenir : ‘“ Aujourd’hui même, lui dit Jésus, t" seras avec moi dans le P:radis!” Et tout en disant cette parole Jésus pen- Chait la tête du côté de sa mère, il regardait sa mère, et en même temps le disciple bien-aimé et il dit : ‘“ Femme, voilà ton fils ! ” et au disciple : “ voilà ta mère !” faisant, par cette parole, incommensurable de puissance et d'amour de la Vierge Marie notre mère, et de nous tous, pauvres pécheurs, les enfants de la Vierge Marie!

Après s'être dépouillé volontairement de sa mère, il ne restait plus rien à Jésus. Il resfentit les douleurs extrêmes, la désolation dernière, le suprême isolement de la mort!! Il leva ses yeux au Ciel; il n’y vit que des ombres : son Père éternel l’avait abandonné ! et il cria : “Elie! Elie! pourquoi m’avez-vous abandonné ! ” — Cet abandon de son Père lui fit éprouver une effroyable atteinte du plus redoutab'e supplice de l'enfer! Ce fut le spasme divin, le coup de la mort pour Jésus !

Cependant il restait encore une prophétie à accomplir.—" J'ai soif! dit Jésus, Siio!” Il y avait là un vase plein de vinaigre : les soldats y trempèrent une

éponge et l’enveloppant d’hysope, ils la présentèrent à la bouche de Jésus. Et Jésus, après avoir goûté le vinaigre, dit : “ C’est fini! tout est consommé! consummatum est !”

Oui ! Jésus, tout est consommé : consommée la justice terrible de Dieu que les pécheurs ne redoutent pas assez! consommée la divine miséricorde qui sera désormais l'unique fondement de toute notre espérance; consommé le grand sacrifice de Jésus! tout est consommé !

Jésus alors laissa couler de ses yeux une abondante effusion de larmes et il poussa un grand cri en disant : “ Père, je remets mon âme entre vos mains ! ” et penchant sa tête, du côté de sa mère, il expira!!!

Son âme, comme l'éclair, passa près de sa mère, et s’enfonça dans les limbes, dans la terre, dans les entrailles de l'humanité.

Jésus, la victime de nos péchés, était mort !

Tandis que ses bourreaux se frappaient la poitrine en disant : ‘“ C'était vraiment le Fils de Dieul” le monde respira! Le souffle du vent chassa les ténèbres, le soleil reparut, la nature se ranima: les petites fleurs du Calvaire, trempées du sang de Jésus, se rouvrirent au jour, les petits oiseaux de ses jardins recommencèrent à chanter tout à l’entour de Ia croix de Jésus ; les anges essuyaient leurs larmes en souriant à l’homme. Et Dieu, du haut du Ciel, contemplait la grande victime et le monde racheté d’un regard apaisé, d’un regard d'amour, d’un regard paternel !

O mon âme! tais-toi, contemple et adore; et désormais, à genoux, au pied de la croix de Jésus, prie, pleure, espère et chante donc l’amour; car désormais tu as un Rédempteur! Amen.

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