‹ Station poétique à l'abbaye de HauteCombeChapitre 36 sur 43 · C2 STATION POÉTIQUE · texte numérisé non relu

C2 STATION POÉTIQUE

Tomber l'épi du laboureur; Pour les pères de l'imposture, Pour l'hypocrite et le parjure, Jour de colère et de terreur!

i er CHOIR.

Qu'ils tombent au désert de la nuit éternelle ! Aucun champ désormais pour eux ne fleurira.

Quand tout sera fini pour la race mortelle , Ton jour, Seigneur, se lèvera.

II e choeur.

Pour tous ceux qu'ont maudits les veuves, Pour l'oppresseur qui boit les fleuves , Lorsque son peuple boit ses pleurs ; Pour le tyran dont les domaines S'arrosent de larmes humaines, Jour de misère et de douleur!

l'hymne des aïeux.

1 er CHOEUR.

La terre a trop gémi dans leur serre cruelle, Avec un cri d'amour l'abîme s'ouvrira , Quand tout sera fini pour la race mortelle, Ton jour, Seigneur, se lèvera.

II e choeur.

Pour le pasteur doux et fidèle , Qui n'a pas, d'une main cruelle , Tondu sans pitié ses troupeaux; Pour le roi qui , prudent et sage , Sema la vie à son passage , Jour de triomphe et de repos!

i w CHOEUR.

Qu'il monte couronné de la palme éternelle !

A la source d'amour son cœur s'abreuvera.

Quand tout sera fini pour la race mortelle , Ton jour, Seigneur, se lèvera.

II e choeur.

Pour le cœur humble et débonnaire , Qui t'a nourri dans ta misère , Abreuvé dans ta soif, Seigneur, Vêtu dans ta pauvre indigence , Pansé dans ta rude souffrance, Jour de justice et de bonheur !

I er CHOEUR.

Montez! allez peupler la demeure éternelle, Le cantique d'amour sans fin retentira.

Quand tout sera fini pour la race mortelle , Ton jour, Seigneur, se lèvera.

LA VEILLE DU POÈTE

LA VEILLE DU POÈTE

Comme un tonnerre sourd qui gronde sur les cimes , Et tombe en gémissant dans l'écho des abîmes, Le verset éploré des funèbres concerts Expira lentement sous les arceaux déserts.

La nuit était montée à la rosace antique; Les moines deux à deux franchirent le portique , Un silence de mort se fit dans le saint lieu , Et je me trouvai seul dans la nuit avec Dieu !

La forêt au dehors rendait un sourd murmure, Je ne sais quelle horreur était dans la nature; Comme le bruit pleurant d'une lointaine voix , On entendait gémir le torrent dans les bois, Et la vague du lac ardente et courroucée Déferlait en grondant par la vague poussée, Et la cloche des morts dans le beffroi dormant S'ébranla d'elle-même et tinta longuement....

Oh! me dis-je à moi-même, à cette suprême heure, Au souvenir des morts la nature aussi pleure , La douleur de la terre a contristé les cieux , Fils des pleurs, n'as-tu plus de larmes dans tes yeux? L'encens fume aux tombeaux des princes de la terre , Leurs noms sont prononcés dans le divin mystère,

LA VEILLE DU POÈTE. 169

Le cantique de deuil en prières d'amour,

Sur leurs tombeaux d'airain soupire nuit et jour....

Et toi laisseras-tu sans une larme sainte

Dormir tes bien-aimés dans la lugubre enceinte ,

Et sur la tombe obscure où nul ne va pleurer,

Le vent seul du désert gémir et murmurer?...

Ah! n'as-tu pas aussi ta funèbre patrie,

A ton arbre d'amour ta fleur trop tôt flétrie ,

La place du cœur vide à ton foyer éteint,

Et ta jeune espérance étouffée au matin?

Ne sais-tu pas un chaume, une croix, une église,

Où tu ne peux passer sans que ton cœur se brise,

Une pierre sans nom dans un champ de douleurs,

Que tes yeux n'ont jamais pu voir que dans les pleurs?. . .

Oui , je la connais trop cette funèbre pierre ; Que de pleurs elle a bus tombés de ma paupière! Larmes de désespoir, pleurs amers entre tous! Et qu'elle a fait fléchir de fois mes deux genoux!...

C'était hier encore , ô bonheur éphémère !

Que je revins m'asseoir au foyer de ma mère , Que les pieds tout saignants des ronces du chemin , Je revins déposer mon bâton dans sa main.

— « O bonté de mon Dieu , disais-je , sois bénie ,

Je retrouve ma mère et ma course est finie.

J'ai bu le plus amer de la lie et du fiel ,

Mon cœur va se rouvrir aux plus doux vents du ciel ,

Le champ de mon bonheur va refleurir encore

Et j'aurai dans ma vie une seconde aurore. »

Mais elle qui déjà lisait dans l'avenir,

Voyant tomber le jour que je voyais venir ,

Soulevait vers les cieux sa paupière lassée,

Et d'un triste sourire accueillait ma pensée.

Et moi, pour réveiller l'espérance en son cœur,

Je lui disais que Dieu nous rendrait au bonheur;

Que déjà de l'exil, à sa douce prière ,

11 avait devant moi fait tomber la barrière;

Que sous son humble toit , ce pauvre nid d'amour ,

11 nous réunissait maintenant pour toujour;

LA VEILLE DU POÈTE

Que nos malheurs avaient dépassé la mesure , Qu'il panserait lui-même enûn notre blessure ; Qu'il nous devait la paix après tant de douleurs , Et qu'il acquitterait la dette de nos pleurs.

Et mon frère et ma sœur se pressaient autour d'elle , Doux oiseaux qu'en son nid couvait encor son aile , Ets'unissant à moi, coloraient mon discour Des fraîcheurs de leur âme et de leur jeune amour. Et nous causions ainsi dans la nuit avancée, Elle nous laissait dire... et l'heure étant passée, Devant son crucifix se mettait à genoux....

Et ce grand cœur brisé se taisait devant nous !

LA VEILLE DU POÈTE

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LA VEILLE DU POÈTE

Quand je vins m'abriter au toit de notre mère ,

Le front déjà touché par l'ange du cercueil,

Pour mourir dans vos bras. . . . , qui m'eût dit, ô mon frère,

Que j'aurais à chanter pour toi l'hymne du deuil?

17(i STATION POKTIQUE.

Nos cœurs étaient unis par une double chaîne , La lumière à nos yeux venait du même jour; Frères du même lait et de la même veine, Nous avions pris la vie au sein du même amour.

Le même vent souffla la mort dans nos poitrines; L'orage d'une nuit, beau lis , t'a renversé!

Moi, comme le lichen qui vit sur les ruines, Je meurs plus lentement au vent froid et glacé....

Tout fleurissait encore au champ de ta pensée ; L'ennui ne pesait point sur ton front abattu, Et quand tu me voyais l'âme triste et lassée, Etonné, tu disais : 6 mon frère, qu'as-tu?

Tu ne l'as pas connu ce secret de tristesse, Science au fruit amer que révèlent les jours; Le sphinx n'avait encor rien dit à ta jeunesse , Age heureux! tu vivais au monde des amours.

LA VEILLE DU POÈTE

Tu suivais, pauvre agneau, le doux sein de ta mère Ta bouche s'abreuvait d'un lait d'ambre et de miel, Et tu ne savais pas à quelle plante amère Elle empruntait pour toi ce breuvage du ciel.

Seulement, quand le sang refroidi dans ta veine Dans ton cœur épuisé battit plus lentement, Un nuage monta dans ton âme sereine , Et ton front sur ton sein se pencha tristement.

De notre sombre jour tu n'as vu que l'aurore , Tu n'as bu qu'une goutte au sein de la douleur, Et comme un fruit naissant que la bise dévore , Tu tombas avant l'heure, hélas! et dans ta fleur!

C'était moi qu'attendait le funèbre rivage,

Le jour avait lassé mes yeux appesantis ,

J'avais tout préparé pour ce dernier voyage,

Ma robe et mon manteau.... Ce fut loi qui partis!

Il te restait du moins , en fermant la paupière , Un cœur où reposer ton front pâle et brûlant , Oh ! dors ! ... Je n'aurai pas les deux bras d'une mère, Pour soutenir ma tète à ce dernier moment!....

LA VEILLE DU POÈTE

a la Jttmoirf île ma Mlht.

LA VEILLE DU POÈTE

Et j'étais resté seul au monde Et sans une âme, ô Dieu vengeur!

Où verser ma douleur profonde Et l'ennui secret de mon cœur.

Et dans mon infortune austère , J'allais devant moi sur la terre ,

Sous le poids accablant du jour, Saus rien qui réjouit mon âme, Seigneur , que cette pauvre femme Dont j'ai bu le lait et l'amour.

Sa voix m'avait bercé de ses plus tendres charmes, Ses yeux m'avaient baigné de leurs plus douces larmes , Son cœur m'avait couvé comme un débile oiseau ; Quand le monde s'enfuit en me jetant la pierre, Cette âme aux tendres pleurs me resta tout entière , Seule source d'amour dans mon désert sans eau.

Elle avait éclairé ma voie , Comme l'étoile du Seigneur; Elle fut ma première joie , Elle était mon dernier bonheur !

Et j'avais dit aux destinées :

Prenez , fauchez dans mes années Les fleurs , la gloire et les amours !

Livrez ma tunique à l'envie;

LA VEILLE DU POÈTE

O malheurs , passez dans ma vie , Mais ne passez pas dans ses jours !

Et quand le cœur troublé d'une pensée amère , Je revenais vers elle et lui disais : — Ma mère , Je souffre! ... Elle prenait mes mains sur ses genoux Une larme brillait au bord de sa paupière , Et m'indiquant des yeux le Christ de sa chaumière — Celui-là, disait-elle, a souffert plus que nous!..

Et quand je lui disais : — Ma mère ,

Pour trente ans d'un rude tourment,

Pour vos lourds travaux quel salaire :

La détresse et l'isolement!

Que de souffrance, et quelle épreuve!

Et c'est là la part de la veuve ! . . .

Que le ciel est lent à punir!

— Le deuil, disait-elle, et l'outrage

M'ont fait un plus riche héritage

Au royaume de l'avenir.

Le deuil, l'outrage amer, les angoisses de l'âme,

Les pleurs de tes enfants , quel fardeau , pauvre femme !

Et tes bras l'ont porté sans faiblir une fois ,

Et tu montas sans plainte à ton rude calvaire!...

Tous tes justes ainsi traversent donc la terre

O Dieu né sur la paille et mort sur une croix ! . . .

Ah! tu ne la vis pas sourire Aux pâles fleurs de son chemin; La verte palme du martyre A seule fleuri dans sa main.

Ainsi que ta mère divine, Elle pleurait sur la colline Où le sacrifice avait heu , Disant, dans sa douleur secrète :

— Que votre volonté soit faite Et non pas la mienne , 6 mon Dieu !

A ce jour de bonheur et de dernière joie , Quand je vins respirer l'air pur de ma Savoie

LA VEILLE DU POÈTE

Et m'asseoir à sa table après sept ans d'exil , Qu'un plus doux avenir succédait à l'épreuve , Oh! que de pleurs d'amour versa la pauvre veuve! Et maintenant, Seigneur 6 mon Dieu, se peut-il...?

Se peut-il que je vive encore Dans ce désert sombre et glacé , Et qu'un lendemain doive éclore Des ténèbres de mon passé?

Se peut-il que cette poussière Soit ce qui reste de ma mère?

Que je pleure seul aujourd'hui?

Et qu'un foyer de pure flamme Se soit consumé dans son àme , Sans me consumer avec lui?

Et semblable à l'oiseau de la vieille masure , J'exhale maintenant mon cri de triste augure ; Ah! tous ceux que j'aimais ont passé devant moi!... La calomnie a cru dans mon champ comme l'herbe ,

La fraude m'a ravi ma tunique et ma gerbe.... Mais silence, ô mon âme! 6 mon cœur contiens-toi!

LA VEILLE DU POÈTE

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