G STATION POÉTIQUE
Oui, tombez, ô mes pleurs, et que ma douleur crie! Oui, saigne, ma blessure, et que le monde en rie! Oui, chante, ô rossignol, aveugle harmonieux, Chante , c'est pour cela qu'on t'a crevé les yeux !
Brise ton front royal aux barreaux de ta cage ,
Superbe prisonnier , hôte du mont sauvage !
Ton regard ne luit plus comme un brûlant éclair ,
Ton aile traîne à terre, ô monarque de l'air!
Ta serre vainement se crispe sur ta chaîne ,
Tu n'es plus de toi-même, hélas ! qu'une ombre vaine!
Meurs , il est temps ! l'enfant d'hier à peine né
Peut cracher sur ton front chauve et découronné,
Arracher cette plume à ton aile abattue ,
Qui te portait hier dans la foudre et la nue ,
Et poser de ses mains, comme un jouet d'enfant,
A son débile front ce signe triomphant!
Lorsque la terre insulte à ton dur esclavage,
?ïoblc captif! les cieux pleurent dans le veuvage.
Va, meurs! tu n'es pas fait pour vivre dans les fers,
C'est à toi qu'appartient le royaume des airs ,
LA VEILLE UU POÈTE. 197
Et si Dieu t'a donné ta serre souveraine,
C'est pour porter la foudre et non pas une chaîne ! . . .
Et c'est ainsi partout , et c'est ainsi toujours ! N'est-il pas vrai , Byron , martyr des derniers jours ? Oh ! qui jamais a su ta douleur tout entière , L'amertume des pleurs tombés de la paupière , L'ampleur de la blessure en ton cœur ulcéré, 0 Job de la pensée , ô grand désespéré !
Et moi qui ne suis pas l'oiseau des hautes cimes , Comment suis-jc tombé comme eux dans ces abîmes , Et comment m'a frappé l'arc des audacieux , Moi qui n'ai pas bâti mon aire dans les cieux?...
LA VEILLE DU POÈTE