‹ Station poétique à l'abbaye de HauteCombeChapitre 4 sur 43 · X NOTICE · texte numérisé non relu

X NOTICE

» dont j'aimais tant à voir courir l'eau, la charmille où

» murmure la brise du matin, et l'Isère qui le soir épand

» dans la plaine sa chevelure d'argent ; j'irai m' asseoir

» encore sous le dôme de nos mélèzes , aux flancs préci-

» piteux de nos rochers ; là je m'endormirai au bour-

» donnement des insectes, et de doux rêves soulageront

» ma poitrine Mais le tressaillement que

» j'éprouve n'est pas du bonheur.... ; et quand ma lyre

» veut s'exhaler en joyeux accords , d'où vient que mon

» âme s'assombrit,

» Et que ma voix soupire

» Comme l'orgue des morts ? »

Nous voudrions pouvoir reproduire en entier cette admirable élégie , où le poète, s'inspirant de sa propre douleur , redit avec un accent capable d'attendrir l'airain ce qu'il ressentit, lorsqu'arrivé devant la demeure de ses ancêtres, il la trouva déserte, et, qu'après y avoir frappé, nulle voix vivante ne lui répondit.

« Arrêtons-nous ici. ... ! Mon cœur s'émeut et pleure.

» Ecoutons ! . . Aucun bruit !

» Tout repose. . ! tout dort ! 1

• Asiles où mon cœur vient chercher sa défense , » Ouvrez-vous! ouvrez-vous , portes de mon enfance ! » Seuil désert , trop longtemps oublié de mes pas , » Je reviens ouvre-toi ! Ne me connais-tu pas? »

Le seuil reste muet.

L'infortuné ! hélas ! il ne peut en croire ses sens. —

SDR L ACTEUR. xj

« Non, s'écrie-t-il , non, ce seuil n'est pas muet; non, » ce toit n'est pas désert. Vous tous qui m'aimiez , oh ! » venez; prenez mon bâton de voyage; essuyez mes » tempes humides ; secouez la poussière de mes vète- » ments; tout à l'heure je changerai de tunique, je laverai mes pieds meurtris, et nous mangerons le » veau gras....; venez, que je vous étreigne sur mon

» sein ! Ils ne viennent pas ; et cepen-

> dant...., silence.. !

» Le feuillage a frémi. . . ; vieux Laërte , es-tu là? » Es-tu là, bon vieillard ?

— « C'est donc bien vous, mon père, continue le

- poète , comme haletant sous le marteau de la fièvre

» (une hallucination étrange venait en effet de s'emparer

* de son esprit) , c'est donc bien vous ? Vous pensiez » peut-être que votre fils ne reviendrait plus ; qu'il était » mort sur une rive inhospitalière; que ses os, privés » de sépulture, blanchissaient au haut de quelque aride

* rocher Ah! séchez vos larmes : il vit, votre fils,

» il vit...; c'est lui, c'est votre fils qui embrasse vos

» genoux tremblants Eh quoi!... tu hésites...!

» c'est pourtant moi..., regarde! c'est ton fils... !

> Voilà le banc rustique où s'asseyait ma mère. . . » J'ai planté ce poirier ; qu'il a grandi déjà !

■ Je te dirai le nom de cette eau qui murmure ; » Je connais bien ces lieux. Veux-tu voir ma blessure ? • Elle est sensible encore ; tiens, voilà mon sein nu — » Es-tu content , mon pere , et me rcconnais-tu ?

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