X NOTICE
» dont j'aimais tant à voir courir l'eau, la charmille où
» murmure la brise du matin, et l'Isère qui le soir épand
» dans la plaine sa chevelure d'argent ; j'irai m' asseoir
» encore sous le dôme de nos mélèzes , aux flancs préci-
» piteux de nos rochers ; là je m'endormirai au bour-
» donnement des insectes, et de doux rêves soulageront
» ma poitrine Mais le tressaillement que
» j'éprouve n'est pas du bonheur.... ; et quand ma lyre
» veut s'exhaler en joyeux accords , d'où vient que mon
» âme s'assombrit,
» Et que ma voix soupire
» Comme l'orgue des morts ? »
Nous voudrions pouvoir reproduire en entier cette admirable élégie , où le poète, s'inspirant de sa propre douleur , redit avec un accent capable d'attendrir l'airain ce qu'il ressentit, lorsqu'arrivé devant la demeure de ses ancêtres, il la trouva déserte, et, qu'après y avoir frappé, nulle voix vivante ne lui répondit.
« Arrêtons-nous ici. ... ! Mon cœur s'émeut et pleure.
» Ecoutons ! . . Aucun bruit !
» Tout repose. . ! tout dort ! 1
• Asiles où mon cœur vient chercher sa défense , » Ouvrez-vous! ouvrez-vous , portes de mon enfance ! » Seuil désert , trop longtemps oublié de mes pas , » Je reviens ouvre-toi ! Ne me connais-tu pas? »
Le seuil reste muet.
L'infortuné ! hélas ! il ne peut en croire ses sens. —
SDR L ACTEUR. xj
« Non, s'écrie-t-il , non, ce seuil n'est pas muet; non, » ce toit n'est pas désert. Vous tous qui m'aimiez , oh ! » venez; prenez mon bâton de voyage; essuyez mes » tempes humides ; secouez la poussière de mes vète- » ments; tout à l'heure je changerai de tunique, je laverai mes pieds meurtris, et nous mangerons le » veau gras....; venez, que je vous étreigne sur mon
» sein ! Ils ne viennent pas ; et cepen-
> dant...., silence.. !
» Le feuillage a frémi. . . ; vieux Laërte , es-tu là? » Es-tu là, bon vieillard ?
— « C'est donc bien vous, mon père, continue le
- poète , comme haletant sous le marteau de la fièvre
» (une hallucination étrange venait en effet de s'emparer
* de son esprit) , c'est donc bien vous ? Vous pensiez » peut-être que votre fils ne reviendrait plus ; qu'il était » mort sur une rive inhospitalière; que ses os, privés » de sépulture, blanchissaient au haut de quelque aride
* rocher Ah! séchez vos larmes : il vit, votre fils,
» il vit...; c'est lui, c'est votre fils qui embrasse vos
» genoux tremblants Eh quoi!... tu hésites...!
» c'est pourtant moi..., regarde! c'est ton fils... !
> Voilà le banc rustique où s'asseyait ma mère. . . » J'ai planté ce poirier ; qu'il a grandi déjà !
■ Je te dirai le nom de cette eau qui murmure ; » Je connais bien ces lieux. Veux-tu voir ma blessure ? • Elle est sensible encore ; tiens, voilà mon sein nu — » Es-tu content , mon pere , et me rcconnais-tu ?