‹ Station poétique à l'abbaye de HauteCombeChapitre 41 sur 43 · SIR LES RUINES D'HADTECOMBE · texte numérisé non relu

SIR LES RUINES D'HADTECOMBE

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AtCUITÊQUB DE CHAMBÉlY.

LE VOYAGEUR

Viens l'asseoir avec moi sur la roche prochaine, Près du rivage en fleurs qu'ombrage le vieux chêne, 0 mon père! la nuit a fatigué mes yeux; L'aurore au voile d'or se lève dans les cieux ;

L'alouette en chantant plane sur la colline ,

Le rossignol prélude à sa chanson divine ,

Et le martin pêcheur sur le flot lisse et pur

Déploie en se jouant ses deux ailes d'azur.

Avançons, l'air est calme et le lac est tranquille,

Pas un souffle n'émeut sa surface immobile ,

Comme au sortir du lit un époux radieux ,

Un glorieux soleil triomphe dans les cieux,

Vois au loin , le pêcheur a déployé ses voiles ,

Le souffle du matin frissonne dans ses toiles ,

Il livre sa nacelle au flot obéissant,

Et d'ici l'on dirait un cygne ébouissant !

Oh ! dès mes jeunes ans j'ai connu ce rivage ,

Mon cœur s'était épris de sa beauté sauvage ;

J'aimais, comme un enfant, à jouer sur les flots,

A plonger, à glisser à travers les roseaux,

A gagner de vitesse une barque lancée ,

A dompter de mon bras la vague courroucée,

Ou courbé sur la rame aux heures de fraîcheur,

A suivre lentement le bateau du pêcheur;

Et précoce rêveur sur ce lac solitaire,

A regarder le ciel , les ondes et la terre ,

SUR LES RUINES d'hALTECOMRE.

Puis le cœur oppressé d'un poids mystérieux , A pleurer sans savoir ce que pleuraient mes yeux ! Je le sais maintenant, mais alors, ô mon père, Mon front n'avait porté le joug d'aucune loi, Ni l'homme ni les cieux ne criaient contre moi; Enfant, je n'avais pas en mon heureux domaine, Mordu dans l'âpre fruit de la science humaine ; Je n'avais pas tenté dans mon rêve de feu De déchirer le voile entre mon âme et Dieu !

Je venais voir alors sur ces sombres collines Les restes des vieux jours , des débris , des ruines ; Sur un sol noir battu par les flots, désolé, Le vieux cloître gisait, sombre et démantelé. Sur le cadavre nu de l'antique masure , Le lierre avait jeté son manteau de verdure , Comme pour dérober sous ses rameaux flottants Les coups injurieux des hommes et du temps; Le vent du soir pleurait dans la gothique ogive, La ronce s'amassait aux sentiers de la rive , Les hiboux y criaient d'une lugubre voix , Dernier hymne de deuil à la cendre des rois.

Sur les lambeaux brisés , épars dans la poussière ,

L'oubli du haut des murs tombait dans chaque pierre,

Et sous le double poids de ce lourd vêtement ,

Enfonçait le passé plus bas dans le néant.

Mais à chaque débris du mur expiatoire

Tombait un pan rompu de la tour de la gloire;

A chaque éboulement du monument pieux ,

Un astre au rayon d'or descendait de tes yeux ,

Une larme de feu tombait de tes paupières,

() terre des vaillants, A mère de nos pères!

Comment avait péri l'antique monument, Qui l'avait renversé dans le flot écumant?

Ah! périsse la main qui put dans ses outrages Frapper ce vieux témoin de la gloire et des âges , Et qui fit proférer aux hommes stupéfaits Le cri d'horreur « les morts ne dorment plus en paix » Quand au front d'un vivant, comme un dard de colère, Elle frappe en sifflant qu'elle est du frère au frère. Ah! si haut que sa fondre ait pu luire et tonner, L'insulte vient de l'homme, on peut lui pardonner; Mais quand elle descend jusqu'aux régions saintes,

SUR LES RUINES d'hâUTECOMBE. 243

Jusqu'à troubler la paix des poussières éteintes ,

A violer la mort de ses griffes de fer,

Malheur au sacrilège , elle vient de l'enfer !

Ce que n'avait pas fait le chacal ni la hiène ,

Ce grand crime inconnu de la cité païenne ,

Des hommes l'ont osé.... sur ce bord désolé.

Tu l'as vu , vieux soleil , et n'as pas reculé !

Et le bras qui fouilla dans la tombe des braves

Ne fut pas dévoré par la flamme et les laves!

Non ; dans le fond des cieux le tonnerre s'est tu ,

Et le monde a douté de l'antique vertu.

Sur ces murs que le temps emportait de son aile ,

Le soleil s'est couché dans sa gloire éternelle ,

Tant de fois et si beau sur les flots éclatants ,

Qu'on disait : Le Seigneur, hélas! dort bien longtemps!

Et sentant expirer ma voix et mon haleine ,

Je m'appuyais tremblant sur le tronc du vieux chêne,

Et d'une voix éteinte avec un lourd sanglot ,

— Mon père, dites-moi qu'il est un Dieu là-haut!

MALÉDICTIONS SUR L'UNIVERS

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