L'ÉTOILE DE LA MER
LE VOYAGEUR
Connais-tu , gondolier, une cote adorée
Où l'amandier fleurit sous la neige au printemps ,
Où le saule pareil à la vierge éplorée,
Baigne aux flots bleus du lac ses longs rameaux flottants ?
LE GONDOLIER
Fille des coteaux verts où blanchit l'aubépine , Amante des parfums , ouvrière aux bras d'or ,
Abeille , connais-tu les fleurs de la colline Et la ruche odorante où tu mets ton trésor?
LE VOYAGEUR
Compagnon , la soirée est belle, L'oiseau chante dans les halliers ; Laisse dériver ta nacelle Le long de ces verts peupliers.
LE GONDOLIER
Mes bras sont courbés sur la rame; Chante, bel oiseau du bonheur !
Quelle rive chère à ton âme Vas-tu revoir, ô voyageur?
LE VOYAGEUR
Connais-tu cette rive où le lis des vallées D'un arôme d'amour parfume au loin les airs ;
DÉDICACE
Il en repose tant au sombre monastère
Dont l'étoile d'amour brille encor sur les flots !
Laissez-moi sur le marbre où le dernier repose , Consacrer à son ombre un chant d'apothéose ; Là je vous offrirai l'hymne de ma douleur ; Devant le mausolée incliné jusqu'à terre , J'entonnerai mon chant; car nous pleurons un p 0 Reine ! où vous pleurez l'époux de votre cœur !
Chambcry, 1« juin 1843