‹ Statistique de GivorsChapitre 3 sur 6 · DES NAISSANCES · texte numérisé non relu

DES NAISSANCES

Dans le relevé que j’ai fait , j’ai classé les naissances à mesure.qu’elles se sont présentées dans les registres , en les rapportant chacune à l’année et au mois où elle a eu lieu. J’ai indiqué en même temps le nombre d’enfants de chaque sexe , et de ceux qui sont naturels. Ainsi j’ai fait un tableau pour chaque année. A chaque mois se trouvent indiqués, i° le nombre total des naissances ; 2° le nombre des garçons; 3° le nombre des filles; 4° enfin le nombre des enfants naturels. Au bas de chaque tableau j’ai fait l’addition de chaque colonne , afin de lui faire présenter pour chaque année la somme totale et des naissances , et des garçons, et des filles.

Comme ces vingt-huit tableaux se trouvent reproduits dans les suivants , et qu’ils ne m’ont servi que pour les composer , ils devenaient inutiles et je les ai supprimés. Il nous importe surtout d’avoir la somme totale des naissances pendant les vingt-huit ans dont nous avons pu faire le relevé j c’est ce que nous avons opéré dans le tableau (n° i) , où j’ai placé d’abord le chiffre des naissances de chaque année , puis successivement celui des garçons, des filles, des enfants légitimes et des enfants naturels. J’y ai joint celui des jumeaux.

Ce tableau a l’immense avantage de nous présenter la somme totale des naissances , des sexes , etc. Mais un avantage non moins grand , c’est qu’il nous met sous les yeux et dans un cadre resserré , le nombre des naissances et celui des sexes pour chaque année , de manière que d’un coup d’œil on peut faire la comparaison des rapports et des différences qu’a présentés chaque année dans le nombre des naissances et des sexes. Ainsi dans l’espace de vingthuit ans , il est né à Givors , quatre mille cinq cent quatre - vingt - deux enfants; ce qui ferait, terme moyen de chaque année , cent soixante-trois naissances et demie environ ; mais ce terme moyen ne peut pas être pris à la rigueur : il serait une inexactitude dans une ville dont la population va toujours en croissant. Aussi voit-on que dans les premières années , à peine en est-il quelques - unes dont le nombre des naissances soit allé à ce chiffre , tandis que dans les années dernières , elles l’ont toutes dépassé plus ou moins. Pour donner un terme moyen plus approximatif, j’ai pensé qu’il serait plus con-

venable de partager les vingt-huit ans en deux périodes égales de quatorze ans chacune. L’addition des quatorze premières années donne 2 167; celle des quatorze dernières donne 2425. H y a donc eu dans ces quatorze dernières années 268 naissances de plus que dans les quatorze premières. Le terme moyen des quatorze premières années est de 1 5o naissances et demie par an , tandis que le terme moyen des dernières est de lyS et tiers. Ce surcroît de 2 3 naissances de plus par an suppose nécessairement un accroissement dans la population; et si nous voulions pousser l’exactitude scrupuleuse plus loin , nous verrions que les cinq dernières années fournissent un terme moyen de 187 naissances , tandis que les premières années de la première série ne donneraient qu’un terme moyen de 14^; ce qui ferait une différence actuelle de 42 naissances de plus par année. Cette progression toujours croissante des naissances pourrait à son tour nous fournir une donnée sur l’accroissem it proportionnel de la population , en établissant , comme chose probable , que le nombre des naissances est toujours en rapport avec la population. Ainsi, le nombre d’habitants étant connu pour une époque quelconque , il serait facile de trouver le terme inconnu de toutes les autres époques. ]\lais ce nombre est-il connu? Il est impossible de le dire : aucune table n’a été dressée; aucun registre ne l’établit. Plusieurs fois on a voulu faire le recensement ; mais on sait tout ce qu’une pareille opération éprouve de difficultés auprès d’habitans qui sont intéressés à déguiser leur population réelle. Aussi les don-

nées de la municipalité sont- elles insuffisantes , et nous partirons de la croyance où l’on était de 1800 à i8o3, que Givors contenait 4000 âmes. Quoique peu exacte , cette donnée est plus sûre que celle des recensemens , dans lesquels a toujours été soustrait le tiers au moins de la population. Cela posé, il nous est bien facile d’arriver au terme inconnu delà proposition, quenous établironsainsipour chaque époque : si i45 naissances sont provenues de 4000 habitans, i5o, i63 ou 187 de combien proviendront-elles? Franchissant toutes ces équations pour nous en tenir à la dernière , nous obtiendrons pour terme incoimu le nombre de 5i6i habitans. Cette population n’a pas toute l’exactitude possible, parce qu’elle repose sur la supputation d’un très petit nombre d’années, pour le terme moyen des naissances. Nous y ajouterions plus de confiance si les choses se passaient toujours de la même manière. En effet, disons-le de suite, Givors compte aujourd’hui p’us de 6000 âmes. Sa population a donc augmenté dé mille âmes de plus que la proportion des naissances ne semblerait l’indiquer; car, en calculant en sens inverse de ce que nous avons fait , et en disant : Si 4000 âmes ont donné naissances, combien 6000 devront-elles en donner, le résultat serait bien différent. Cette dernière population devrait donner, toutes proportions d’ailleurs les mêmes ,217 naissances et demie par an. Chaque naissance proviendrait, dans l’une et l’autre époque, de 27 personnes et demie, au lieu que dans le calcul fourni par les nombres réels , les dernières années de la plus grande population n’ont donné qu’une

naissance pour 52 personnes (i). Cette difFérence est à peu près constante dans tous les autres pays ; plus la population augmente , plus le nombre proportionnel des naissances diminue. C’est dans les grandes villes surtout que ce résultat est le plus marqué. Quelles peuvent en être les causes? Les voici. Dans les petits endroits, il y a plus de simplicité. A mesure que les garçons et les filles atteignent l’âge nubile, ils se marient, et ils font une plus grande quantité d’enfants , soit que les organes générateurs , plus vierges , aient plus d’activité prolifique , soit que les époux ne connaissent dans le mariage que le bonheur d’avoir une nombreuse famille. Aussi, n’est-ce que dans les campagnes riches qu’on trouve cette fécondité remarquable. Sous ce rapport , Givors naguère ne le cédait en rien à aucune ville ou aucun village : la plupart des familles comptaient de six à douze enfants. A mesure qu’une habitation s’accroît , le luxe s’y introduit, les mœurs y perdent de leur simplicité ; d’où résultent , d’une part , moins de mariages à proportion , et ensuite , des familles moins nombreuses. C’est ce qu’on observe à Givors , où l’on ne voit plus guère ces fourmilières d’enfants qu’on y comptait en grand nombre autrefois. Ces considérations nous expliquent la difFérence que nous avons trouvée dans le nombre proportionnel des naissances. Quoi qu’il en soit de

(i) Les relevés faits par ordre du gouvernement pendant trois années dans trente-deux départements ont fourni une naissance sur vingt-huitj mais nous aurons souvent occasion de faire ressortir l’inexactitude des calculs qui ne reposent que sur un petit nombre d’années.

nos conjectures sur la cause de cette différence , elle n’en existe pas moins: elle est un fait. Aussi, en la signalant , nous ne présentons nos observations que pour ce qu’elles sont.

Quoique j’aie constamment parlé de l’augmentation graduelle des naissances , il ne faut pas prendre ces paroles à la lettre; car plusieurs fois cet ordre a été interverti. Nous voyons, par exemple, qu’en 1820 il n’y a eu que i33 naissances, nombre inférieur à tous ceux que le tableau nous présente depuis i8o4- Nous voyons également que i83o n’a eu que 1 64 naissances , tandis que les buit années précédentes avaient toutes dépassé ce chiffre. La progression est donc envisagée d’une manière générale , et non d’une manière spéciale et individuelle.

Influence des saisons sur les naissances.

Certaines époques de l’année, telles que les saisons , ont-elles eu quelque influence sur le nombre des naissances ? Cette recherche ne peut être faite qu’en unissant les naissances de chaque mois les unes aux autres, pour faire une somme totale des naissances arrivées dans chaque mois , et par conséquent dans chaque saison. C’est ce que j’ai établi dans le tableau n° Il , en faisant un relevé des naissances de chaque mois indiquées dans les premiers tableaux, et en les classant convenablement.

Comme on le voit, ce ne serait point en prenant le nombre isolé des naissances de chaque mois , qu’on obtiendrait un résultat positif, parce qu’il y a de grandes variations. Ce n’est qu’en réunissant tous

les mois ensemble par l’addition, que nous avons pu trouver un résultat plus certain. Un simple coup d’œil nous démontre que ce sont les mois de janvier, février, mars , avril , mai , octobre , novembre et décembre dans lesquels les naissances ont été le plus nombreuses ; ce qui correspond aux saisons de l’hiver et de l’automne. Comme les naissances ne sont que la conséquence des conceptions, et qu’elles ne sont arrivées à ces époques que parce que la conception avait eu lieu neuf mois plus tôt , nous pouvons donc raisonnablement conclure que c’est pendant l’hiver et pendant le printemps que s’opère le plus grand nombre des conceptions , et que l’été et l’automne sont les saisons les moins favorables à cette grande fonction de reproduction pour la conservation de l’espèce. On conçoit facilement comment le printemps , en réveillant et en rajeunissant en quelque sorte la nature , opère le même phénomène d’excitation sur le genre humain. Mais l’hiver, pendant lequel la nature entière semble morte , comment l’homme seul conserve-t-il le privilège de remplir la plus noble des fonctions avec une énergie supérieure? Les organes ne sont peut-être pas plus excités que dans les autres saisons , ils ne sont peut-être pas plus aptes à exécuter cette fonction j mais si l’on envisage la conduite de l’homme social pendant l’hiver, surtout dans les petites villes , on en trouvera peut-être la raison , i° dans la durée plus longue des nuits , qui favorise singulièrement les rendez-vous du soir, et surtout qui produit, en prolongeant le séjour au lit, cette excitation génératrice du matin qui a été signalée par tous les

observateurs. Lorsque l’horame laborieux et actif songe , en s’éveillant, à courir à ses occupations, et que le grand jour du matin lui montre moins de fatigue à travailler dans les champs , l’amour a bien de la peine à le retenir, il part et va profiter de la fraîcheur; tandis qu’en hiver, quatre à cinq heures de plus au lit donnent le temps de songer à une autre occupation, 2° Dans le plus grand nombre de mariages qui se font en cette saison , comme nous le ferons remarquer plus loin.

Les saisons de l’été et de l’automne ont été les moins favorables à la fécondation. En été , on le sent aisément, les grandes chaleurs engourdissent la vie , ramollissent les tissus et inspirent moins d’empressement pour les amours. L’automne est moins chaud , il est vrai , mais la vie de reproduction est encore affaiblie ; elle semble se conformer, dans notre espèce, à l’ordre général de la nature. Tout ce qui a vie languit dans ce moment j les fruits se récoltent, la végétation et la génération se suspendent. D’ailleurs, dans les campagnes, c’est le moment des plus g'rands travaux : d’un côté , il faut récolter, de ‘ l’autre , il faut ensemencer ; ces deux sortes d’occupations ne laissent aucun moment au cultivateur.

Les moispes plus féconds auraient donné , terme moyen , i 3 enfants et demi par mois , tandis que les mois les moins féconds n’en auraient fourni que I I et demi. J’ai établi les faits ; mais , j’en conviens, la recherche des causes est une spéculation théorique qui offre toutes les chances de pi'obabilité possildes, et que je suis loin de donner pour la cer-

litude même, pour un fait. Cependant, le résultat obtenu à Givors est , à peu de chose près , d’accord avec celui que le docteur Villermé a trouvé par ses recherches sur les naissances dans toute la France. En effet, le seul mois de juillet s’en écarte : d’après ce savant , il est le moins chargé de naissances , et dans notre tableau , c’est le mois de juin.

Injluence des années de stérilité.

Les années plus ou moins fertiles auraient-elles eu quelque influence? On peut le présumer; mais il est impossible de rien affirmer , car les années i8o4 et 1820, qui présentent le moins grand nombre de naissances , n’ont été signalées par aucune circonstance de disette , tandis qu’en 1812 et 1817, années où la cherté des grains a été remarquable, le nombre des naissances a presque atteint le terme moyen .

Injluence des guerres, etc.

Trouverons-nous dans les événements politiques , et surtout dans la guerre , quelque influence digne d’être notée? En aucune façon, puisqu’on i8i3 et 1 8 1 4> époque de douloureuse mémoire , le nombre des naissances a été supérieur à ce qu’il avait été jusque là. Il est vrai qu’en i8i5 le nombre n’a pas été très élevé; mais en 1820 , temps de paix s’il en fut jamais , il a été bien inférieur. On ne peut donc rien conclure, absolument rien. Cependant, nous ne dirons pas non plus avec quelques auteurs , que

la guerre et les désastres de la famine et des épidémies meurtrières rendent plus active la fécondation, en donnant à entendre par là que la nature , toujours attentive à la conservation des espèces , s’empresse de réparer les pertes que ces circonstances destructives ont fait éprouver à l’espèce humaine. Givors , il est vrai , est un trop petit point, pour rien faire conclure de général.

Rapports des naissances des sexes.

Dans les tableaux annuels des naissances , nous avons noté mois par mois le nombre des enfants de chaque sexe. Dans le tableau général, nous les avons notés par années , et dans ce dernier tableau (n° l), nous avons eu par l’addition la somme des enfants de chaque sexe. Ainsi, nous trouvons que les 28 années soumises à nos recherches ont fourni 2892 naissances d’enfants mâles, et 2190 du sexe féminin. Pendant ce laps de temps , il est donc né plus de garçons que de filles; la différence est 202. Elle est au moins d’un ii®, proportion énorme, si l’on a égard surtout à celle qui est généralement adoptée d’un 21® ou 22® de garçons de plus; ou en termes plus précis, il y a eu 2 3 garçons, quand il y avait 21 filles. D’où viendrait une différence aussi prodigieuse? serait-elle particulière à Givors? Ces questions ne peuvent pas être résolues pour le moment, parce que nous avons peu de statistiques complètes et exactes. Nous signalons le fait; peutêtre contribuera-t-il à rectifier une erreur. Combien de fois on s’est transmis une croyance comme un

héritage , et cette croyance était une erreur que son antiquité ne permettait pas de recevoir autrement que comme une vérité démontrée et sanctionnée par les siècles.

. . ; Pro magno teste vetustas

Creditur, acceptam parce movere fidem.

L’évidence a souvent même de la peine à détromper.. Au reste, il peut se faire que certaines localités soient réellement plus fécondes en garçons qu’en filles. Ce serait un sujet de recherches à faire, que de savoir quelles sont ces localités. Eh ! qui sait si ce n’est point là une de ces prévoyances incompréhensibles de la nature , qui a cherché à pro- ,portionner les ressources aux besoins! Givors, par sa position et ses moyens d’existence , expose beaucoup plus la vie des hommes que celle des femmes. En serait-il de même dans les cités et chez les peuplades qui offriraient les mêmes conditions de destruction ? T andis que dans les grandes villes , les travaux étant plus imiformes et plus partagés , ne sont pas la source de plus d’accidents pour les hommes que pour les femmes. De pareilles recherches seraient immenses ; mais elles ne sont pas impossibles; et déjà on a commencé à s’occuper de la statistique l’elative aux diverses professions.

Les deux colonnes relatives aux sexes prouvent combien il importe de ne jamais tirer de conséquence que sur un grand nombre donné , sur une masse imposante. En effet, si l’on eût pris , je suppose , les années 1809, 1810 et i8ii, on aurait eu

234 garçons et 25g filles , par conséquent, cinq filles de plus. Si nous eussions relevé seulement les trois dernières années 1828, 1829 et i83o, nous aurions eu un plus grand nombre proportionnel de filles, puisque ces trois années ont donné 270 garçons et 288 filles; ce qui aurait fait i8 filles de plus. D’un autre côté , nous aurions trouvé quelquefois des espaces de dix ans qui auraient fourni une proportion de garçons plus du double de celle que nous a donnée la réunion de 28 ans. Combien il faut se défier de ces relevés pris sur de petites masses, et surtout pendant un petit nombre d’années ! Je n’ai pas toujours trouvé sur les registres, les garçons et les filles alternés dans la proportion qu’ils ont présentée en masse. Souvent il y avait un plus grand nombre de garçons sans interruption , d’autres fois , c’était un plus grand nombre de filles. J’ai compté une fois quatorze naissances de suite du même sexe.

J’ai essayé, dans les deux tableaux n°® III et IV, de chercher l’influence que pourraient avoir eue les saisons sur la production des garçons ou des filles. C’est en ajoutant , pour le premier, le nombre de garçons nés dans chaque mois , et pour le second , celui des filles , que j’ai pu les confectionner.

En rapprochant les résultats de ces deux tableaux, nous trouvons des variations, qui font éloigner plus ou moins chaque mois de la proportion generale que nous avons trouvée dans le nombre respectif des garçons et des filles. Ainsi les mois de janvier, février, mai, et surtout ceux de juillet, ont vu naître un nombre proportionnel de garçons

supérieur à celui des autres mois. Cependant, dans aucun mois , excepté dans ceux d’avril réunis , le nombre des filles n’a été supérieur à celui des garçons j et encore, dans les mois d’avril, n’y a-t-il qu’une fille de plus. Faut-il conclure de là que les naissances , dans les mois de janvier, février, mai et juillet , sont plus favorables au sexe masculin , et celles des autres mois , et surtout d’avril , plus propices au sexe féminin ; et que selon qu’on désirera procréer un sexe à volonté , il faudra choisir le neuvième mois correspondant , pour avoir des chances plus certaines ? Non sans doute : car, si nous parcourons le tableau, nous verrons que la supériorité en nombre de l’un des deux sexes , n’est pas constante chaque année; ce qui devrait être. Or cela n’est pas , puisque les mois de janvier de 1821, 1822, 1828, 1824, 1827 et 1829 ont donné le jour à un plus grand nombre de filles que de garçons, et que dans les autres mois, on trouve une foule d’anomalies semblables dans le nombre des sexes, tantôt en plus, tantôt en moins. De façon qu’il est de toute impossibilité de tirer aucune conséquence rigoureuse , et que celui qui s’y fierait jouerait tout simplement à pair ou impair. Ainsi , les différences qui se font remarquer dans les proportions numérales des sexes, sont purement fortuites, et ne peuvent être attribuées à aucune influence des saisons. Le mois d’avril, qui contient le plus grand nombi'e de filles , est à côté du mois de mai, qui a vu naître un excédant de garçons. Pourrait-on supposer que l’influence des chaleurs du mois d’août favorise la génération des filles , en

apportant plus de mollesse dans la fibre, et par conséquent, moins d’activité vitale dans les germes. . . Pourquoi alors dans ce mois, les filles n’ont-elles pas été toutes les années en plus grand nombre que les garçons, surtout dans les années 1812 et 1823, où il y a eu trois fois autant de garçons que de filles ? Tout ce que nous pourrions dire là-dessus , ne serait que le résultat de combinaisons gratuites et conjecturales. Je le répète , ces différences sont fortuites , elles ne sont qu’un jeu du hasard. Qu’on y réfléchisse bien, la nature devait tenir ce mystère couvert d’un voile impénétrable , et le soumettre , dans sa régularité réelle , aux apparences des chances les plus douteuses possibles. Si elle eût, je suppose, affecté un mois plus spécialement aux naissances des enfants mâles , l’observation l’aurait bientôt fait trouver, et l’on aurait vu les trois quarts au moins des garçons naître dans ce mois. Leur nombre l’eût emporté outre mesure sur celui des filles , l’équilibre aurait été détruit, et l’ordre social renversé. L’espèce humaine se serait anéantie par où l’on aurait cru la mieux conserver, en multipliant le sexe le moins apte à la reproduction . La sage nature a tout prévu , et grâce à sa prévoyance , le monde ne finira pas encore.

Enfants naturels.

Le nombre des enfants naturels s’est élevé, en 28 ans, à lOi; ce qui ferait environ trois et demi par an. 11 y en aurait eu environ un sur ^5 naissances. Cette proportion est tout à l’avantage de la mora-

Jité de Givors. Je ne connais aucune statistique qui donne un résultat aussi favorable. Toutes prouvent que partout ailleurs le nombre des enfants illégitimes est plus considérable. En Allemagne, il est en général d’un sur cinq, six, sept et huit légitimes.

Je ferai remarquer que sur les loi enfants naturels , il n’y en a que 67 de pères inconnus, les 44 autres ont été reconnus par les pères , dont plusieurs vivent , comme on dit , maritalement avec leurs prétendues femmes. Cette nuance d’enfants naturels mérite de fixer l’attention , parce qu’un père qui reconnaît l’enfant qu’il a eu d’une personne , annonce une sorte de moralité. De telle façon que nous pourrions presque ne regarder comme enfants naturels ou vrais bâtards que les 67 nés de pères inconnus. Ceux-là seuls sont le fruit de la débauche, au moins paternelle. Alors il y aurait eu seulement un enfant naturel sur 80 naissances.

En parcourant la colonne du tableau n” l relative aux enfants naturels , il est impossible d’en tirer aucune conséquence , ni même aucune probabilité , en faveur d’un accroissement annuel, en rapport avec l’augmentation de la population, et par conséquent , avec l’accroissement de l’immoralité et de la prétendue dépravation morale. Tous les siècles ont crié à l’immoralité croissante et à la pureté des mœurs de l’antiquité. Un jour viendra aussi que notre siècle sera cité pour un modèle de mœurs. Et dans le fait , je crois bien plus à la perfection morale qu’à la dépravation. Je suis convaincu que l’instruction , en nous transportant dans un monde plus intellectuel, nous dépouille de cette sensualité gros-

sière qui ne connaît ni frein ni pudeur, et que les romantiques citadins nous peignent si voisine de la belle nature. Si mes occupations me le permettent, je m’occuperai de la statistique d’une commune voisine de Givors , qui est sous tous les rapports une habitation presque patriarchale. Les mœurs y sont aujourd’hui ce qu’elles étaient il y a deux cents ans. Il n’y a là ni commerce, ni établissement étranger; tout y est agriculture ; personne ne vient y apporter des mœurs ni des habitudes nouvelles. Le fds , élevé chez son père à cultiver son champ , le cultive comme lui , et transmet son savoir avec sa terre à ses descendants , sans leur apprendre rien de plus , ni rien de moins. Eh bien! dans cette paroisse remarquable , dont la population est tout au plus le tiers de celle de Givors , il y a au moins autant et plus d’enfants naturels. Croit-on que les mœurs y perdraient , si un peu plus d’instruction venait l’éclairer et la policer? Mais revenons à Givors. Quoi qu’il en soit de nos conjectiires , nous voyons que dans les dernières années , les enfants naturels n’ont pas été en plus grand nombre; ce qui suppose une diminution dans leur nombre; relativement au nombre plus considérable des naissances. Peut-être objectera-t-on que le voisinage de Lyon et de son hospice des filles en couches dérobe une plus grande quantité de filles enceintes , et par conséquent , diminue d’autant le nombre des naissances d'enfants naturels. La chose est possible. Cependant, sans la nier, je ferai observer que cet asyle leur était ouvert , il y a trente ans , aussi bien qu’aujourd’hui , et que les relations de Givors avec Lyon

sont toujours à peu près les mêmes. Je dirai aussi que dans les petites villes-, tout le monde se connaît, tout le monde sait ce qui s’est passé, et qu’une grossesse illégitime y est devinée avant qu’elle ait paru. Dès lors , une fille n’aurait rien à gagner par son absence ; au contraire , son retour serait bien plus mortifiant pour elle. Aussi je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de ces victimes de l’amour, qui cherchent à se soustraire à la publicité , par ce moyen. Au reste, cela serait, nous n’y pourrions rien j et la naissance n’ayant pas eu lieu à Givors , nous ne devons pas l’y compter.

Jumeaux.

Disons un mot des jumeaux. 11 y en a eu 88; ce qui ferait un jumeau sur un peu plus de 62 enfants; ou plutôt, ces 88 jumeaux étant le produit de 44 accouchements , cela réduit le nombre des accouchements à 4538, au lieu de 4582, nombre total des naissances. Alors nous trouvons un accouchement de jumeaux sur un peu plus de io3 accouchements , proportion qui s’éloigne de celles qui avaient été adoptées jusqu’ici , un de jumeaux sur 60 à 80 accouchements.

Rien ne prouve mieux que les accouchements sont indépendants de toute espèce de cause , que l’examen du tableau général et des tableaux particuliers des naissances. En effet, tous les mois présentent indistinctement quelquefois un ou deux accouchements de jumeaux, et souvent ces accouchements ont manqué , même dans les dernières années.

Cependant, en faisant l’addition de la première moitié des années que nous avons supputées , comparativement avec celles de la seconde moitié, on trouve une progression générale d’acci'oissement en nombre. Dans celle-ci, il y a eu 6o jumeaux ou 3o accouchements , tandis que dans la première , il n’y a que 28 jumeaux ou x/\ accouchements. Au reste , il n’y a rien de bien exact ni de bien solidement établi, puisqu’à côté d’une année où sont nés dix jumeaux, il s’en trouve une où ils ont manqué. Ce n’est donc que sur la masse qu’on doit établir l’appréciation du nombre proportionnel des jumeaux , et non sur le relevé d’une année ou de quelques années seulement. Cette dernière méthode donnerait des résultats très différents et meme contradictoires.

Sur les 44 accouchements de jumeaux, il y en a eu 12 de garçons, i3 de filles et 19 des deux sexes. Ainsi, ils ont fourni deux filles de plusj mais cette quantité ne peut pas être mise en ligne de compte : ce n’est qu’un accouchement de plus , et, comme nous l’avons vu, ces accouchements sont trop étrangers à toute espèce d’influence , pour mériter d’en faire mention. Au reste, c’est un bonheur qu’il n’y ait qu’un petit nombre de jumeaux. Les apparences d’accroissement plus rapide de population ne sont qu’illusoires. L’espèce humaine finirait bientôt, si ces accouchements se multipliaient : car, je dois le dire, quelques recherches entreprises sur la durée de leur existence m’ont prouvé que les sept huitièmes de ces enfants ont succombé dans les quinze premiers jours. Il n’en est donc

resté qu’un huitième. Or, ce huitième représente un quart du nombre des accouchements , puisque huit enfants jumeaux proviennent de quatre accouchements. Heureusement la. mortalité est loin d’être aussi désastreuse dans les premiers jours de la vie , ainsi que nous le verrons plus loin.

Ce qui mérite encore de fixer notre attention , c’est le plus grand nombre d’accouchements de jumeaux, qui ont produit à la fois un enfant de chaque sexe. Il y a eu en effet 19 de ces accouchements, sur 44 • ds en sont à peu près les trois septièmes. J’insiste sur ce point, parce qu’on a vu des auteurs aller jusqu’à rejeter par système la possibilité de ces sortes de grossesses des deux sexes. Pour nous , qui n’adoptons aucun système , nous consignons le fait, sans nous inquiéter qu’il puisse ou non contrarier.les idées de tel ou tel auteur.

Je n’ai trouvé sur les registres aucune indication qu’il y eût eu de triples naissances; ce qui ne peut pas étonner , puisqu’il n’y en a qu’une semblable sur 65oo accouchements, et que nous n’en avons eu que 4538.

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