DES DÉCÈS
J’ai suivi pour les décès un ordre analogue à celui des naissances. En faisant mon relevé jour par jour sur les registres, j’ai établi des tableaux annuels où les décès sont classés par mois. Dans la
première colonne , est indiqué le nombre des décès de chaque mois; dans les deux suivantes, sont indiqués les sexes; et dans les suivantes , les âges, ou plutôt le nombre des morts arrivées à chaque âge de la vie. L’addition de chaque colonne nous a donné successivement pour chacune le nombre des décès en général, celui de chaque sexe, et celui de chaque âge.
Ces tableaux ne m’ayant servi qu’à composer les suivants, dans lesquels ils se trouvent répétés, je les ai supprimés comme inutiles. Comme il nous importe surtout de trouver d’abord la somme totale des décès, pendant les 28 années de nos recherches , et celle du sexe et de l’âge des personnes qui ont succombé, j’ai réuni la somme de chaque année par ordre de date, depuis i8o3 jusqu’à i83o, et j’en ai fait l’addition , comme on peut le voir dans le tableau n° V.
Dans l’espace de 28 ans , il y a donc eu à Givors Sooy décès. Ce qui ferait 107 décès et un tiers pour chaque amiée , en supposant un ordre stable dans la population; mais il est 'impossible d’établir ce terme moyen, même avec de simples apparences de probabilité : car en jetant les yeux sur le tableau , on voit que dans les premières années , un bien petit nombre atteignent le chiffre 100, tandis que dans les dernières, elles le dépassent toutes , et même de beaucoup. Aussi , en partageant la série de 28 ans en deux parties égales , nous trouvons une différence bien grande dans les proportions. Les j4 premières années n’ont fourni que 1 54 1 décès , et les i4 dernières en ont fourni 1666. De façon que
dans la première série il y a eu g5 décès trois quarts par an, et i ig dans la seconde. Celte proportion n’est pas suivie mathématiquement, puisque dans chaque série, il y a des années qui ont été Lien au dessous du terme moyen , et que d’autres l’ont dépassé de Beaucoup. Au milieu de ces variétés dans les différences, il en est une qui est constante; c’est la différence en plus des dernières années. Or, cette différence ne peut pas tenir à des circonstances purement accidentelles : elle dépend d’un accroissement de population. Un plus grand nombre d’habitans doit fournir'" un plus grand nombre de décès. Nous pourrions faire ici ce que nous avons fait pour les naissances, (diercher si ces deux accroissements sont dans une proportion bien exacte. Pour l’ésoudi’e celte question , j’aurais dû prendre pour terme de comparaison, les 6 premières elles 6 dernières années; mais dans les 6 premières , il y a eu 699 décès , ce qui donne 99 par année; tandis que les 8 années suivantes n’ont fourni que 742 décès, ou 92 trois quarts par années. Cette circonstance mérite d’abord un examen attentif. En effet , elle peut faire supposer ou une diminution progressive de popidation pendant cette première époque de nos l'echerches , ou bien une mortalité plus grande. La population n’a pas cessé d’aller en augmentant , seulement son accroissement a été moins rapide que plus tard. La mortalité a donc été plus grande? Le fait existe. Quelle en a pu être la cause? En répondant à cette question pour celte période , nous l’étendrons à toute l’époque que nous avons embrassée. Est-ce la disette ou la mauvaise qualité des aliments? On ne peut
guère soupçonner cette cause , parce que Givors , jouissant assez avantageusement des commodités de la vie , ne s’est jamais guère ressenti de son influence , et bien moins encore dans les six premières années que nous examinons , puisque de 1 8 1 1 à i8i 5 la mortalité a été peu considérable , malgré la cberté des grains. Ce n’est qu’en 1817 et en 1826, que de mauvaises l'écoltes semblent s’accorder avec le plus grand nombre de décès de ces années. Cependant, la gelée des vignes, le 17 mai i8o5, en nuisant à toute la récolte , a bien pu exercer une influence réelle sur la mortalité considérable de cette aimée-là , moins peut-être par la privation des aliments , que par son influence directe sur le corps humain j car une anomalie aussi extraordinaire dans l’ordre des saisons n’a pas pu s’opérer sans agir puissamment sur l’économie animale , et en fatiguer les organes délicats. Mais cette seule année n’aurait pas suffi pour produire la différence qui existe ; les années suivantes y ont également coopéré j de sorte que la mortalité a été réellement plus grande dans cet espace de temps. Outre l’influence des saisons, j’en trouve une cause plus positive peut-être dans certaines localités de cette époque. La rivière de Gier, dans une inondation extraordinaire , avait , dans plusieurs endroits avant son embouchure, creusé des fondrières énormes, où l’eau se trouva en stagnation, lorsque les chaleurs de l’été eurent mis à sec le lit de la rivière , et fait cesser toute circulation de l’eau. Il en résulta de vrais marécages , à l’insalubrité desquels les habitants ajoutèrent encore, en y faisant imprudemment rouir le chanvre. Aussi, pendant
ces années , les étés furent presque tous signalés par une épidémie de fièvres graves , auxquelles succombèrent beaucoup de personnes. Peu à peu de nouvelles crues de la rivière amenèrent des graviers, du sable et de la tei’re dans les fondrières , et les comblèrent en partie. Les propriétaires des terrains sur lesquels elles s’étaient formées favorisèrent ces dépôts de la l'ivière par des plantations de peupliers, de saules et de vernes. La police municipale exigea, de son côté , que le chanvre ne fût mis en rouissage que dans l’eau courante, et surtout dans le Piliône. De cette manière, l’insalubrité disparut, et la mortalité diminua, quoique la population eût augmenté. Ainsi , pour mieux nous rendre raison de la proportion entre la population et les décès , nous prendrons le terme moyen des huit années consécutives pendant lesquelles Givors fut délivré d’une cause de mortalité dont il est essentiel de tenir compte. Comme alors Givors comptait près de 5ooo habitans , nous dirons : Si 92 sont le résultat de 5ooo, de quelle population proviendront 119? et nous obtiendrons pour terme inconnu 6467 , nombre qui exprime , à peu de chose près , la population actuelle de Givors.
Injluence des saisojis sur la mortalité.
Il ne nous suffit pas d’avoir essayé d’établir l’influence de quelques années ou de quelques localités sur le nombre des décès , il importe d’en mieux préciser la dépendance, sous le l'apport surtout des saisons. Pour atteindre ce but, il a fallu réunir les
décès de chaque mois , afin de les grouper plus facilement par saisons , et de voir quelles sont celles où la mortalité a été plus grande , et de là s’élever à la recherche des causes qui ont pu la déterminer. Le tableau n° VI nous fera connaître les époques où les décès ont été le plus nombreux.
Le terme moyen de la somme totale des décès serait a5o pour chaque mois. On voit que le plus grand nombre des mois se rapproche de ce chiffre; cinq mois seulement semblent s’en écarter le plus, trois en moins, et deux en plus. Les trois qui ont présenté le moins de décès, sont avril, juin et décembre ; les deux qui en ont présenté un plus grand nombre, sont août et septembre. La différence mél'ite en effet de fixer notre attention : car elle est de plus d’un tiers. Mais ce qu’il importerait le plus de connaître, ce serait la cause de cette différence. Cette mortalité, moins grande dans certains mois, plus grande dans quelques autres , tient-elle à une influence réelle des saisons? ou bien n’est-elle que fortuite, le résultat du hasard? S’il nous est permis d’émettre notre pensée, nous le ferons avec cette réserve qu’on doit apporter dans les choses qui sortent du domaine des faits et des calculs mathématiques : nous la présenterons comme le résultat de conjectures plus ou moins probables. Ainsi , nous dirons :
La rigueur de l’hiver se fait principalement senlir en janvier. L’homme, comme tout le reste de la nature vivante , en ressent l’influence destructive , et malgré ses précautions , il éprouve une moi'talité un peu plus grande. La saison, qui s’adoucit dans les
mois de février et de mars , exerce une influence moins nuisible et diminue le nombre des décès. Dans le mois d’avril , la nature entière semble renaître , tout prend une nouvelle vie , une nouvelle vigueur; la mort arrête ou suspend ses coups : c’est le mois de la production et de la vie , et non de la des truction. Le mois de mai agirait de même sans les malheureux, dont la vie, menacée depuis long- temps , avait , dans les premiers beaux jours , suspendu sa marche vers sa fin. Dans le mois de juin , les pertes de l’hiver sont finies; les maladies qu’avait occasionées cette saison, ont été guéries ou mortelles; les chaleurs n’ont pas eu le temps d’exercer leur influence meurtrière sur notre frêle économie ; la mort encore a suspendu ses ravages. En juillet, les chaleurs commencent à faire sentir leur influence pernicieuse, et la mortalité augmente. En août, cette influence prolongée est portée au plus hautdegré ; aussi la mortalité est- elle dans ce mois plus considérable que dans aucun autre. Quoique la mortalité diminue un peu en septembre , elle est encore sous cette influence destructive la plus grande des autres mois. Elle va en diminuant progressivement jusqu’au mois de décembre, parce que les fraîcheurs qui arrivent militent contre l’influence des chaleurs, et qu’elles ne sont pas encore assez grandes, pour exercer la leur d’une manière nuisible sur le corps. Aussi le mois de décembre ne présente qu’une mortalité minime, tandis que tout-à-coup le mois de janvier nous la montre portée à un degré très élevé. Il ne faut pas croire que ce que nous avons dit de la mortalité plus grande dans certains mois , ait été
rigoureusement observé toutes les années. Non sans doute, et si nous avions la prétention de vouloir faire entendre cela , un simple coup d’œil sur le tableau viendrait nous démentir, puisque dans le mois d’août, mois le plus fatal , il n’y a eu que trois décès en i8i4j et deux seulement en i8i6, tandis qu’il y en a eu tm bien plus grand nombre dans les autres mois. Ces différences sont excessivement multipliées et variées. Gela pouri’ait-il être autrement, lorsqu’on envisage combien les saisons sont elles-mêmes variées d’un instant à l’autre ? Aucune ne se ressemble. L’influence doit donc varier autant que la température et que les divers degrés d’humidité. Ainsi , comme nous l’avons déjà fait remarquer bien des fois , on se tromperait beaucoup , si l’on voulait baser ses lésultats sur un petit nombre d’années. Ce n’est que sur une grande masse qu’on peut agir convenablement et de manière à en tirer des corollaires sûrs et positifs. Voyez, en effet, ce qui nous arriverait, si nous avions eu seulement à notre disposition les huit années 1809,1810, 18x1, 1812, i8i5, 181 4> i8i5 et 1816. Nous en aurions conclu que la mortalité du mois d’août était la moins grande, puisque dans ces huit années, il n’y a eu dans ce mois que 48 décès, et que les autres mois en ont présenté successivement, en commençant par janvier, 72, 69, 66, 62, 5y, 62, 5r, 64, 66, yS, 70. J’insiste trop peut-être sur ce point; mais on ne saurait trop inspirer de la réserve au sujet des relevés statistiques qui ne reposent que sur un petit nombre d’années. D’ailleurs on ne saurait trop tenir compte de l’influence du climat de Givors , si l’on
veut surtout comparer ce travail aux résultats que d’autres auteurs ont obtenus dans d’autres pays. Qui ne sait en effet que l’été, qui est si meurtrier dans quelques contrées méridionales, est ordinairement la saison la plus salutaire dans le nord ? Par exemple, à Paris , le mois d’août est le mois où il y a le moins de décès. Les mêmes différences se font remarquer et pour les autres saisons , et pour les autres climats. L’exposition d’une peuplade , l’élévation de son sol, son voisinage des hautes montagnes ou des plaines fertiles ou stériles , et surtout l’influence des marais , méritent encore la plus grande attention : quand on veut évaluer comparativement le degré de salubrité d’un pays , il faut tenir compte de toutes ces circonstances de localité.
Il serait curieux sans doute de rechercher de quelle manière chaque saison agit sur l’économie, pour en causer plus ou moins facilement la maladie et la mort. Le fait est prouvé; mais le comment nous reste à établir. Ce serait là un beau sujet tout à la fois de médecine , d’hygiène et de philosophie. Songeons que c’est une statistique, et non un cours de sciences que nous avons entrepris. Ainsi, nous nous bornerons à quelques réflexions. En hiver, le froid agit, par son irnpi'ession nuisible sur le système nerveux qu’il engourdit , et par la réaction de ce système sur toute l’économie; 2° par la suppression ou la diminution de la transpiration , qui opère ainsi une sorte de refoulement des liquides de l’extérieur à l’intérieur et une concentration interne qui dispose aux fluxions. A u printemps , le retour du soleil dans notre hémisphère, produit sur notre corps une
excitation générale , une sorte de fermentation sanguine , qui dispose beaucoup aux maladies inflammatoires , aux phlegmasies franches. En été, les grandes chaleurs déterminent une direction excentrique des fluides. La vie semble se porter davantage à la périphérie ; les organes intérieurs languissent. Voilà pourquoi la digestion QSt plus difficile et souvent intervertie , d’où résultent les affections gastriques, intestinales et bilieuses ou hépatiques. L’influence des marécages se fait aussi sentir alors , et vient ajouter aux chances de santé , de maladie et de mort. Cependant cette dernière cause est plus spéciale en septembre et en octobre , époque où les détritus végétaux , en se putréfiant dans les eaux stagnantes , nccasionent les effluves délétèi'es qui s’en dégagent. L’hiver revient, et commence à resserrer les pores. Nous aurons plus loin foccasion de revenir sur l’influence des saisons.
Mortalité des deux sexes.
La seconde et la troisième colonne du tableau général des décès (n° v), contiennent séparément le nombre annuel des personnes de chaque sexe, qui sont décédées. La première de ces deux colonnes est remplie par les décès du sexe masculin , et la seconde, par les décès du sexe féminin. Au bas de chacune, on voit la somme entière ou le nombre total des décès de chaque sexe. Ainsi, il est mort 1622 personnes du sexe masculin, et i485 du sexe féminin. Il n’y a donc que 3 7 décès de différence; c’est-à-dire, qu’il est mort 40 personnes du sexe
féminin, tandis qu’il en mourait du sexe masculin. Cette différence, quoique peu considérable, existe, et nous la constatons, parce que nous y reviendrons. Si nous avions voulu prendre chaque année isolément, nous aurions obtenu presque autant de termes de différence qu’il y a d’années. Nous trouverions même souvent le chiffre de la colonne du sexe féminin bien supérieur à celui qui correspond à la même année , dans la colonne du sexe masculin. Cette différence va quelquefois jusqu’au quart ou au tiers, comme dans les années 1817, 1820, 1821 : nouvelle preuve que, pour avoir des résultats statistiques un peu positifs , il faut agir sur un grand nombre d’années; car si nous eussions relevé seulement les années 1816, 1817, 1818, 1819, 1820, 1821, 1822, 1825 et 1824, ce qui comprend une série de neuf ans, nous aurions eu un total de 462' décès du sexe masculin et 626 décès du sexe féminin; par conséquent , il est mort dans ces neuf années 63 filles de plus que des garçons , ou presque huit filles pour sept garçons; puis dans un groupe de quelques années, nous tx'ouverions des différences immenses en sens inverse , c’est-à-dire , que le nombre des décès du sexe masculin l’emporterait de beaucoup sur le nombre des décès du sexe féminin. Ainsi , concluons toujours que nous avons une somme d’années assez imposante pour être sui’s d’avoir obtenu le terme moyen général le plus approximatif possible.
Essayons maintenant de trouver si les mois ou les saisons ont eu quelque influence sur la plus grande mortalité d’un sexe. Pour cela, réunissons tous les
décès de chaque sexe , arrivés successivement dans chaque mois, nous établirons ensuite la comparaison. Les deux tableaux VU et VI II nous conduiront à notre but.
Quoique cette recherche ne paraisse pas devoir conduire à des résultats bien importants, parce qu’il est naturel que les circonstances météorologiques de chaque mois agissent aussi bien sur un sexe que sur l’autre, et parce que la nature les a doués l’un et l’autre d’une force vitale de résistance capable de les prémunir également contre leur influence destructive } cependant la mort a frappé un plus grand nombre de personnes du sexe féminin, dans les mois d’avril, août, septembre, novembre et décembre. Peut-on en trouver la cause dans l’influence plus grande qu’aurait exercée sur ce sexe débile l’action météorologique indiquée plus haut? La chose est possible , mais non démontrée , puisque le mois de janvier a vu succomber un plus grand nombre de garçons, et que les mois dans lesquels la mortalité du sexe féminin a été plus grande , n’ont pas présenté cette supériorité bien régulièrement distribuée. En effet, dans plusieurs années, il est mort pendant ces mois un plus grand nombre de garçons. Ce plus grand nombre de décès du sexe féminin ne peut donc être qu’un effet dti hasard, qu’une circonstance purement fortuite. Au reste, pour arriver à des données positives sur ce point, il faudrait savoir à quelle maladie a succombé chaque personne. Alors on comparerait les décès produits par les seules affections dues à la constitution atmosphérique , et l’on verrait sur quel sexe elles ont
eu plus de prise. Ce n’est que de cette manière qu’on pourrait obtenir des conclusions satisfaisantes. Au surplus , la différence est bien peu de chose , si l’on envisage le grand nombre d’années entre lesquelles elle doit être répartie. Elle ne donne pas même un décès de plus par année , dans le mois où elle a été la plus grande , dans le mois d’août ; puisque dans ces mois, il y a eu i85 décès du sexe féminin et 164 du sexe masculin; différence 19, qui sont le produit de 28 années.
Mortalité proportionnelle des enfants et des âges suwajits.
La quatrième colonne du tableau général (nov) contient le nombre des décès des enfants âgés d’un an et au dessous. Dans toute la longueur de celte colonne , le chiffre est supérieur au chiffre de toutes les suivantes, excepté en i8o5. Il est donc mort un plus grand nombre de petits enfants que de personnes de tout autre âge plus avancé , quoique l’espace de la durée de la vie ne soit que d’un an pour les premiers , et de cinq à dix pour les autres. Aussi nous trouvons que, dans les 28 ans , il est mort 791 enfants d’un an et au dessous , proportion énorme , puisqu’elle est plus du quart des décès. Si nous y joignons la somme de la cinquième colonne , qui comprend les enfants âgés d’un à trois ans , nous trouvons pour les trois premières années de la vie , 1218 décès, ou un peu plus des deux cinquièmes des décès. Passé cet le nombre des décès di-
minue tout-à-coup prodigieusement, puisque dans
la colonne suivante , qui renferme les décès des cijfants de 3 à 7 ans , ce qui embrasse 4 années de la vie , il n’y a eu pour ce nombre double d’années, que 199 décès, qui ne sont pas même la sixième partie des décès précédents. Dans la septième colonne , se trouvent les décès des enfants âgés de 7 à 1 5 ans ; elle comprend 8 ans , le double de temps de la précédente , et cependant son chiffre ne s’élève qu’à i35, ou les deux tiers de cette dernière. Nous voyons le nombre des décès diminuer encore dans la huitième colonne, puisqu’il n’y a que 90 décès; mais il faut observer que cette colonne ne comprend qu’un espace de cinq années , ou les jeunes gens morts de i5 à 20 ans; ce qui fait 5 ans de moins , et ce qui, toute proportion gardée, rend le nombre des décès même un peu supérieur; car, en diminuant le chiffre i35 de trois huitièmes qu’il représente de plus , il restera de 88 à 89. Ainsi, la mortalité a été , entre 1 5 et 20 ans , à peu près la même qu’entre 7 et i5. Les décès de 20 à 3o ans occupent la neuvième colonne; il y en a eu 169. Ils paraissent plus nombreux, parce qu’ils sont le résultat de
10 ans, ou le double de temps de ceux de la huitième colonne. Ainsi, la mortalité reste à peu près stationnaire. Il y a 21 décès de plus, il est vrai; mais en tenant compte de la diminution de la population , par les 90 décès des cinq années précé- .dentes de la vie, on verra que la différence n’est peut-être qu’illusoire. Dans les 10 années suivantes,
11 y a eu 1 56 décès , trois seulement de plus , ce qui commence à rompre l’état stationnaire des décès; car, en tenant compte des 1 5g décès des dix années
antérieures , la diminution aurait dû être plus grande. La mortalité augmente tout-à-coup dans la colonne onzième , chez les personnes de 40 à 5o ans , puisqu’il est mort 189 personnes de cet âge, et qu’il n’en était mort que i56 de 3o à 40 ans. De 5o à 60 ans, la mortalité est portée rapidement à un plus haut degré encore , puisque dans cet espace de la vie, il est mort 246 personnes. De 60 à 70 ans, âge qui compose la colonne suivante, il y a eu 246 décès, progression réelle d’accroissement, puisqu’il n’y en a qu’un de moins , et que le nombre aurait dû être bien inférieur.
Enfin, de 70 à 80 ans, il y a eu 255 décès, nombre prodigieux, si l’on a égard à ce que les années précédentes avaient englouti de population , en supposant qu’aucune naissance ne fût venue réparer les pertes de la mortalité. J’ai réuni dans la dernière colonne, les décès de toutes les personnes âgées de plus de 80 ans. Il y en a eu 1 1 5. Ce nombre est petit, sans doute; cependant, il ne laisse pas d’être encore un peu consolant; car, il est la vingt-sixième partie de la somme totale des décès. De sorte qu’à Givors, sur 26 personnes , il y en a une qui a atteint au moins sa quatre-vingt-unième année. Un grand nombre l’a dépassée de beaucoup, ainsi que nous le verrons plus loin.
En nous résumant, nous voyons que la plus grande mortalité a été dans le premier âge de la vie. Et cela pouvait-il être autrement? Né faible, et exposé à toutes les causes de maladies qui l’assiègent, l’enfant ne peut opposer qu’une faible résistance, et bien souvent il succombe dans cette lutte perpé-
tuelle qu’il a à soutenir. A mesure que ses organes se fortifient, la destruction a moins de prise sur lui; aussi, la mortalité diminue-t-elle jusqu’à l’âge de 3o ans. Cette époque passée, nous la voyons augmenter de nouveau. Cependant, ce n’est qu'après 5o ans, âge du retour, comme on dit , époque critique où les forces diminuent réellement, que cette augmentation est rapide. L’espèce humaine semble alors avoir rempli sa carrière. Le but de la nature a été atteint : la reproduction est consommée ; l’appareil génital cesse ses fonctions dans un sexe , et il ne les exerce presque plus que par réminiscence dans l’autre. Dès ce moment, l’homme s’achemine chaque jour au terme de sa vie. Chaque jour, il devient plus faible, moins agile, moins actif; ses sens s’émoussent, et cessent en partie leurs fonctions. Le plus souvent, c’est une destruction partielle pour l’individu qui fournit une longue carrière. Alors évidemment le corps résiste avec moins d’énergie aux causes de destruction et de maladie , au milieu desquelles il est condamné à vivre. Le terme ordinaire et naturel de la vie semble fixé entre 70 et 80 ans , puisqvTe c’est à cet âge qu’a succombé le bien plus grand nombre des vieillards. Je dis des vieillards , parce que nous avons vu que c’est dans la première enfance , que la mort a moissonné le plus abondamment ;■ ce qui viendrait démentir notre assertion , si nous voulions la rendre trop générale.
Influence des saisoTis sur la mortalité de l’enfance.
Comme la mortalité a été beaucoup plus considérable chez les enfants nouveau-nés, et pendant la première année de la vie qu’à tout autre âge , j’ai pensé qu’il ne serait pas sans intérêt de rechercber jusqu’à quel point les saisons auraient eu quelque influence sur cette époque de la vie. Elles en ont exercé une , sans doute : la pratique médicale le démontre tous les jours au médecin observateur. Pour nous en convaincre , nous allons , dans le tableau n° IX , examiner quels sont les mois pendant lesquels les enfants sont morts en plus grand nombre.
Ce tableau nous montre l’été comme la saison la plus falale aux enfants. En effet, dans les trois mois de juillet, août et septembre, il y a eu 3oi décès, qui font presque les deux cinquièmes de la totalité des enfants décédés j et de ces trois mois , août est celui qui a vu ou causé le plus de morts j il y en a un sixième pour lui seul. Les mois où il y a eu le moins de décès , sont les mois de février, avril , octobre , novembre et décembre. En général , la mortalité a été moins grande dans les saisons tempérées , et c’est pendant les chaleurs dé l’été , qu’elle a exercé ses plus grands ravages. Cette différence est trop grande et trop soutenue, pour ne pas l’attribuer à une influence quelconque de la saison. Il semble d’abord que cette léthalité de l’été soit un contresens au raisonnement que nous faisions plus haut sur la faiblesse de l’enfance. En effet, l’enfanta bc-
soin de chaleur; le froid est son ennemi le plus mortel. Comment se fait -il donc que ce soit pendant les chaleurs que la mort le frappe sans merci , beaucoup plus que dans les autres saisons, et surtout qu’en hiver ? Ce raisonnement spécieux est en outre conforme aux résultats qu’ont obtenus , dans ces derniers temps, plusieurs médecins distingués, et entre autres , le savant et modeste docteur Villermé, qui ont prouvé l’influence pernicieuse de l’hiver ou du froid sur la vie de la première enfance. Lors même que cette question embarrassante ne pourrait pas se résoudre , elle n’en serait pas moins un fait pour Givors , et je ne pense pas que ce soit à Givors seulement qu’on observe cette disposition de mortalité. Cependant, essayons d’en chercher la cause. En hiver, la mortalité n’a pas été sensiblement plus grande que dans les autres saisons; sept décès de plus que dans le printemps , différence bien faible auprès de ce qu’elle a été trouvée dans d’autres localités. Nous l’avons dit , le froid est dans cette saison une cause puissante de maladie et de mort , on peut dire qu’il décime la population. A Givors il n’est pas moins vif qu ailleurs , mais les moyens de s’en garantir y sont très communs : les maisons y sont en général bâties en chaux , par conséquent elles donnent un accès moins facile au froid ; elles ont toutes des greniers qui rendent moins froides les chambres à coucher que l’on habite; les rez-dechaussée ne sont que des selliers , des magasins ou des ateliers ; on loge aux premiers étages et surtout on y couche. On évite ainsi l’influence de l’humidité qui peut régner dans les bas. Disons encore
que les verreries fournissent aLondamment les vitres qui , tout en laissant pénétrer la clarté , s’opposent à l’introduction du froid bien mieux que les châssis huilés de la plupart des pajs. Outre ces moyens déjà favorables à la santé , Givors possède des ressources bien plus précieuses encore pour corriger l’influence du froid , c’est l’abondance de toute sorte de combustibles. Des bois considérables de chênes, de pins et de châtaigniers entourent cette cité et ses environs. Le voisinage de Rive-de-Gier permet d’amener par le canal ou par le chemin de fer d’immenses provisions de charbon et à un prix modéré. De plus , pour la classe ouvrière , et surtout pour les ouvriers de la verrerie , le chauffage ne coûte rien , ils ont leur tour à recueillir ce qu’on appelle le grésilloUy charbon brûlé, espèce de cok plus déphlogistiquée encore par sa combustion dans les fourneaux de verrerie. Le chauffage y est donc commun ; il y détruit ou du moins combat les effets du froid. Chacun a un bon feu chez soi ; tandis que j’ai vu dans des villages , même aux environs de Paris , ce que j’avais pris pour une fiction poétique de Thompson; j’ai vu, dis-je , des familles nom- , breuses faire à peine un peu de feu pour cuire les aliments , et se réunir ensuite dans les étables pour se réchauffer par le nombre et par la chaleur des bestiaux. On juge combien dans ces pays on doit éprouver d’effets nuisibles du froid , lorsque plus ou moins avant dans la nuit , on quitte ces espèces de tanières étouffées pour aller se coucher dans une chambre glacée. Le travail a introduit l’aisance à Givors , et l’on ne s’y refuse aucun des vêtements propres à garantir du froid et de rbumidité.
11 n’est donc pas étonnant que l’hiver y soit moins fatal à la première enfance , puisqu’on a tant de moyens de la prémunir contre la cause de léthalité de cette époque.
Dans les chaleurs de l’été , il n’en est pas de même : tout le monde en éprouve les effets ; c’est une condition obligée qu’il faut subir. Nous avons déjà fait connaître la manière dont les chaleurs agissent sur l’économie pour déranger les fonctions digestives et occasioner la diarrhée et la dysenterie , maladies si funestes aux enfants , à cette époque surtout où la cause occasionelle ne cesse pas d’agir et entretient ou augmente le mal. On sait combien la dentition est à redouter pendant les grandes chaleurs presque toujours cette éruption produit une excitation qui se prolonge sur l’estomac et sur les intestins et qui se manifeste par des vomissements ou par la diarrhée. Loi’sque les deux causes de la même maladie sont réunies, l’effet doit être plus intense et plus grave j et l’expérience n’a que trop justifié les craintes des familles. Je le dis avec conviction , la diarrhée et la dysenterie font succomber un plus grand nombre d’enfants qu’aucune autre maladie : elles sont le véritable fléau de l’espèce humaine à son berceau.
Cette influence qu’exercent les saisons sur la mortalité de l’enfance est plus grande qu’elle ne le paraît. Beaucoup d’enfants sont morts en naissant. Je le dis hardiment, il en est mort ainsi au moins un huitième , cependant ils ont compté pour les décès , ils ont fait nombre dans chaque mois. Si l’on supprimait ce huitième ainsi réparti, le nombre pro-
portionnel des décès de l’été serait encore plus considérable , parce qu’en été il ne naît pas un plus grand nombre d’enfants qu’en hiver, au contraire, il ne peut par conséquent pas périr un' plus grand nombre d’enfants en naissant. Or, ceux qui meurent ainsi n’ont pas subi l’influence de la saison.
En réunissant les décès des enfants morts jusqu’à l’âge de trois ans , nous en trouvons 1218, nombre énorme, puisqu’il représente plus des deux cinquièmes de la totalité des décès. Lorsqu’on envisage cette prodigieuse mortalité dans le premier âge de la vie , on est effrayé d’une cause de dépopulation aussi rapide. Mais qu’on se rassure , la nature a pris soin d’y suppléer en proportionnant le nombre des naissances au nombre des décès ; sa fécondité inépuisable semble , dans sa prévoyance , avoir calculé toutes les chances de destruction; elle ne produit un plus grand nombre d’enfants que pour assouvir en quelque sorte la faulx dévorante de la mort. En considérant cette fécondité exubérante, on s’effraierait meme bientôt , parce que l’espèce humaine , rapidement trop jesserrée sur la surface de notre terre, serait obligée de se dévorer elle-même pour y trouver sa subsistance. Tout a été calculé, tout est balancé par cette Puissance suprême qui règle les destinées et gouverne l’miivers. Mais ce n’est pas seulement dans l’espèce humaine que se remarque celte fécondité superflue, elle s’offre partout à l’œil de l’observateur. Combien d’animaux naissent pour un qui grandit ! combien de semences sont perdues et combien peu sont appelées à reproduire! combien de jeunes plantes et de jeunes arbres sont
arrachés ou étouffés à leur naissance ou avant d’ar* river à leur maturité ! et cependant les espèces ne se perdent pas , elles se multiplient toujours. Ce n’est que l’exubérance qui est détruite , et qui sans cela ne laisserait bientôt plus sur le globe un seul point où un être vivant pût se remuer. Vous voilà, me dira-t-on , justement arrivé au point de conclure avec le docteur Pangloss ^pie tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Plaisanterie à part, cette philosophie a bien son côté favorable.
Longévité .
Il ne nous suffit pas de savoir que ii5 individus ont vécu jusqu’à 8i ans et au delà, il m’a paru important et utile de rechercher combien il y a eu de vieillards qui ont atteint ixn âge déterminé. J’ai pensé que l’intérêt serait plus grand en établissant ime comparaison entre les vieillards de sexe différent, afin de savoir lequel en a fourni un plus grand nombre, par conséquent lequel est le plus susceptible d’arriver à la vieillesse la plus avancée. Car si la femme renferme dans la délicatesse et dans la faiblesse de son organisation une disposition plus grande aux maladies, si des fonctions importantes et dangereuses à la fois compromettent sa santé et sa vie , cela est bien racheté chez l’homme par les dangers sans cesse renaissants auxquels l’exposent son genre de vie extérieur et les guerres désaslreu- ^ses. Il y a compensation : l’équilibre est rétabli. Pour obtenir ce résultat j’ai fait le relevé des vieil-
lards de chaque sexe, je les ai classés par rang d’âge; j’ai fait commencer la vieillesse à 6i ans et je ne lui ai assigné aucun terme, c’est la nature qui l’a placé. Le tableau n° X nous présente d’abord le nombre des vieillards qui sont morts dans l’une des années comprises dans cette indication de vieillesse , et dans les deux colonnes suivantes le nombre des décès de chaque sexe.
Il est donc mort 6i5 vieillards. C’est plus du cinquième de la somme totale des décès , proportion consolante , puisque nous avons vu plus haut l’enfance fournir seule deux cinquièmes. De façon que sur les trois cinquièmes qui restaient pour les différents âges au dessus de trois ans , deux cinquièmes seulement ont été fournis par les âges intermédiaires entre 3 et 6i ans, ce qui comprend un espace de 58 ans. Après la première enfance il y a donc eu un peu plus du tiers des personnes vivantes qui ont atteint la vieillesse. Depuis l’âge de 6i ans jusqu’à 8o , la mortalité a été presque uniforme. Souvent un âge contient un grand nombre de décès , le suivant en contient beaucoup moins , et le suivant en a un plus grand nombre. De façon qu’il serait impossible d’établir sur ces différences fortuites le degré de mortalité de chacun de ces âges. En effet, en les groupant en deux séries de dix années chacune , nous voyons que la première période, qui comprend l’âge de 6i à 71 ans , n’a fourni que 244 décès, tandis que la seconde, qui comprend les dix années suivantes en a fourni 255. Ce sont non seulement onze décès de plus ; mais il^ faut tenir compte des 244 décès précédents qui ont
diminué d’autant le noinljre des vieillards , et qui en conséquence auraient dû rendre le nombre proportionnel des décès moins considérable. Après 8o ans la mortalité diminue , cependant ce n’est qu’après 86 ans qu’elle diminue rapidement. La somme des décès de 8i ans à go est de lOi , sur lequel nombre les cinq premières années en ont fourni 7g , et les quatre dernières seulement 22 , ce qui donne un peu plus de dix décès par année pour la première série , et seulement cinq et demi par année pour la seconde. Si aux loi décès qui ont eu lieu de 81 à go ans , nous ajoutons les quinze qui sont postérieurs , nous trouvons que 1 1 6 vieillai’ds sont arrivés à la vieillesse la plus avancée j et si nous plaçons la décrépitude à go ans, 21 ont atteint cet âge extrême de la vie. La diminution va toujours croissant, car de gi à g2 ans il y a eu huit décès, et de g3 à gy inclusivement, il n’y en a eu que sept. Cependant , jusqu’à cette période la plus avancée , chaque âge a fourni un plus ou moins grand nombre de décès. Il n’y a pas eu de centenaire; mais plusieurs s’en sont approchés , puisqu’il y a eu deux décès deg5 ans , un de g6 et un de gy.
Sur le nombre total des décès des vieillards il y a eu 2gg hommes et 3 16 femmes; 17 femmes de plus. Quoique cette dilférence soit peu considérable, elle mérite d’être notée, puisque nous avons vu plus haut que dans le nombre général des décès il y avait plus d’hommes que de femmes , de sorte que la différence en nombre des décès avant la vieillesse ne porte plus sur le nombre total et également distribué. La répartition n’est plus égale et proportion-
nelle. Celte circonstance nous fera conclure que dans l’enfance et dans 1 âge de maturité il est mort un nombre proportionnel d’individus du sexe masculin bien supérieur à celui que nous avions primitivement trouvé, puisqu’ au lieu de 3 7 décès d’hommes de plus , il y en aura 54 , et qa’en faisant la déduction des vieillards que nous ne comptons plus, celte différence ne portera que sur 2392 décès au lieu de 3007. Enfin , pour résultat définitif, on verra que dans celte longue et première période de la vie il est mort 1 8 individus du sexe féminin sur 1 9 du sexe masculin; au lieu que dans la proportion générale c’était 40 sur 41 • Dans la vieillesse au contraire , il y a eu 38 décès du sexe féminin sur 87 du sexe masculin. Les femmes sont donc parvenues en plus grand nombre à un âge plus avancé : et si nous examinons celte différence dans le dernier stade de la vieillesse , à 90 ans et au delà , nous la trouvons bien plus grande , puisqu’il est mort 1 4 femmes et seulement 7 hommes , proportion de 2 contre i , ou le double. On pourrait donc conclure que les femmes sont plus susceptibles de parvenir à un âge plus avancé , une fois qu’elles ont franchi les époques de la vie les plus orageuses pour elles. On ne peut pas trop établir quelles arrivent à un âge plus avancé , car si l’une a atteint ses 97 ans et l’autre ses 96, deux hommes sont arrivés à 96 ans. Ces résultats ne sont pas particuliers à Givors ; ils sont les mêmes dans tous les pays où l’on s’est occupé de la statistique de mortalité et de recherches sur la longévité. On peut consulter là-dessus le tableau de la mortalité en France par M. Duvillard.
Il importe de faire remarquer que l’âge de 70 ans et celui de 80 présentent un nombre de décès exorbitant. Ils sont enregistrés ainsi , j’ai dû les recueillir telsj mais je ne crois pas que cette proportion soit exacte. En effet , beaucoup de vieillards cachent leur âge ou ne le savent même pas , et lorsqu’ils meurent on ne peut que le donner approximativement. Serait-il probable que bien plus du quart des vieillards eussent fini leur carrière juste à ces deux âges ? il y aurait une fatalité qui leur serait attachée et qui n’est pas présumable. Il est à penser que dans l’à-peu-près donné de l’âge, on a réuni à 70 et à 80 ans beaucoup d’individus qui n’en avaient que 69 ou 79, et d’autres qui en avaient 71 ou 81. Gela est d’autant plus probable qu’on voit un nombre bien moins considérable de décès notés dans ces quatre âges. Ce sont les femmes qui sont inscrites en bien plus grand nombre sous cet âge : il y en a 22 de plus que d’hommes, et cependant la différence totale n’a été que de i 7. Je n’ose pas approfondir la cause de celte singularité , je craindrais de la trouver dans cette coquetterie qui porte le beau sexe à ne jamais bien faire connaître son âge. S’il en était ainsi nous pourrions penser qu’une partie des femmes qui forment l’excédant auraient dépassé de plus ou moins d’années les 80 ans , ce qui ajouterait au degré de longévité déjà plus grand de ce sexe.
Malgré les rapports que nous avons dit exister dans les résultats qui ont été obtenus sur la longévité dans les différents pays , il y a quelques différences qui sont dues à des circonstances fortuites de localité. A Londres, par exemple, sur mille, un seul
ladividii arrive à 90 ans j à Paris , en 1816, sur 19124 décès, il ne s’en est trouvé que 61 d’individus qui avaient atteint et passé l’âge de 90 ans : ce qui ferait trois par raille , tandis que Givors en aurait eu sept.
Terme moyen de la vie.
Poiu- compléter ce que nous avons à dire sur les décès, il ne nous reste plus qu’à chercher quel a été le terme moyeu de la vie à Givors pendant les 28 ans de nos recherches. Ce travail , plus long et plus ennuyeux que difficile , nous l’avons fait. J’ai recueilli le nombre des individus qui sont décédés à chaque âge de la vie , j’en ai formé un tableau j multipliant ensuite chaque âge par le nombre des individus qui l’avaient atteint, j'ai obtenu le nombre des années qu’on avait vécu à chacun de ces âges. L’addition de toutes ces sommes a donné le nombre total des années qu’ont vécu les Sooy personnes décédées. Enfin, en divisant ce nombre total par le chiffre Sooy , le quotient a fourni le terme moyen de la vie de Givors pendant 28 ans. J’ai réuni dans le tableau n° XI le résultat de toutes ces opérations: la première colonne indique l’âge j la seconde , le nombre des individus qui sont parvenus à cet âge; et la troisième , le nombre des années qu’ils ont vécu. Au bas de chaque colonne se trouve l’addition.
Ce tableau a la plus grande analogie avec celui qui fut fait en 1 786 pour établir la loi de mortalité en Suède et en Finlande.
Ainsi les 3ooy individus décédés en 28 ans ont
vécu 83629 années , dont la division donne pour quotient ou terme moyen 27, 81. Le terme moyen de la vie à Givors a donc été de 27 ans 81 centièmes ; il est à peu près le même que celui qui a été généralement observé en France, il n’y a que 9 centièmes de différence, puisqu’il est de 28 ans selon quelques auteurs; d’autres cependant ne l’élèvent qu’à 20 ou 21 ans. 11 ne faut pas le comparer avec celui des grandes villes : on serait effrayé de la différence , puisqu’à Berlin ce terme moyen est abaissé à 2 ans , et à Vienne en Autriche à 2 ans et demi; c’est en Suisse qu’il paraît le plus élevé, puisqu’il est à 4i ans.
Les décès des enfants âgés d’un an et au dessous et jusqu’à trois ans, donnent des proportions différentes de celles des autres âges , puisque pour les premiers il n’y a que 869 années pour 791 décès , ce qui ne fait pas la moitié , et que pour les seconds le nombre d’années 849 n’est pas même le double du nombre de décès 427. Voici la raison de cette différence : A ces deux âges de la vie les registres ont indiqué non seulement le nombre d’années qu’ont vécu les enfants , mais le nombre de mois et même le nombre de jours. C’est donc par mois et par jour que j’ai dû compter leurs années , afin d’être plus exact.
Nous retrouvons sur le tableau , en détail pour chaque âge , ce que nous avions trouvé pour un groupe plus considérable d’années. Ainsi, quant aux différences qui sont un peu remarquables dans certains âges soit en plus soit en moins , il ne faut les attribuer qu’au hasard: elles sont fortuites. Ce se-
rait une absurdité bien grande que de croire par exemple qu’il y aurait un privilège attaché aux âges de 3i , 39 et 64 ans , parce que le chiffre des décès de ces âges est moins élevé que les autres. Le préjugé ne serait pas moins grand d’attacher une idée de fatalité aux époques de /^o, 5o et 60 ans, parce que le nombre des décès paraît avoir été plus considérable dans ces années. Non seulement c’est un effet du hasard, mais je reproduirai ici la réflexion que m’a déjà suggérée le grand nombre des décès arrivés à 70 et à 80 ans; c’est que bien souvent l’âge des personnes décédées n’est pas bien connu, et l’on inscrit plus volontiers un de ces âges qui semblent une période plus complète. Aussi je n’en doute nullement, parmi les décédés à 4o, 5o et 60 ans , il s’en trouve beaucoup qui avaient vécu un ou deux ans de moins , et beaucoup aussi qui en avaient vécu un ou deux de plus; ce qui rétablit l’équilibre. Au reste , j’ai relevé les registres et il eût été impossible de les réformer.
Suicides.
Je n’ai pas cru devoir parler des suicides , parce que leur petit nombre n’a pu avoir qu’une bien faible influence sur le nombre total des décès. En effet , six suicides seulement ont eu lieu. Des six, trois ont été produits par submersion dans le Rhône , de sorte que, leur cadavre étant entraîné plus loin, leur décès ne compte pas sur les registres de Givors. Les trois autres ont été produits, l’un par unearmeàfeu, les deux autres par strangulation. En les comptant
tous six pour Givors , il y en a donc eu i pour 5o i décès ou I pour 1002 , si nous ne comptons que les 5 qui ont été portés sur les registres.
Le plus jeune avait 40 ans , et le plus âgé en avait 71. Je note le fait : quoiqu’on ne puisse rien conclure sur vm nombre aussi peu considérable , il peut concourir à ajouter aux éclaircissements sur l’âge qui dispose le plus au suicide.
Une seule femme s’est donné la mort. Ainsi il y en aurait une sur six ou un sixième. Les femmes tiendraient donc plus à la vie , ou plutôt elles sauraient donc mieux en supporter les misères et prendre plus sagement leur parti dans les événements pénililes qui viennent les aceabler; ou bien enfin cela ne tiendrait-il qu’à la différence immense qu’il y a entre les deux organisations , entre les deux caractères de l’homme et de la femme ?