‹ Statistique de GivorsChapitre 5 sur 6 · DES MARIAGES · texte numérisé non relu

DES MARIAGES

Le relevé des mariages est plus simple que celui des naissances et des décès. Il ne pouvait présenter aucune nuance de sexe , d’âge ou de légitimité. De façon que tout s’est réduit à prendre jour par jour, mois par mois et année , par année le nombre des riages. Cependant il n’eût pas été sans intérêt de connaître l’âge des époux, afin de le comparer, s’il eût été possible , avec le nombre des enfants que chaque mariage aurait produits ; mais la chose n’a

pas pu se faire , i ° parce que le plus souvent l’âge n’est pas indique sur les registres; 2° parce qu’il eiit été plus impossible encore de savoir le nombre d’enfants que chacun aurait donné. Je n’ai pas pu savoir davantage si le mariage a été contracté entre veufs. Ainsi il a fallu me borner à recueillir simplement le nombre des mariages , dont je supprime les tableaux comme inutiles, ainsi que je l’ai fait pour les naissances et les décès , et je passe de suite au tableau général , qui , en réunissant le nombre des mariages de chaque année, nous en donne la somme totale (voyez len°xil).

Ainsi en 28 ans il s’est contracté loSy mariages, ce qui ferait 3y pour chaque année , les unes dans les autres. Comme on le pense et comme on le voit , ce terme moyen ne se trouve pas dans le fait. Il y a des années où il s’est fait un plus-grand nombre de mariages, ét d’autres où il s’en est fait im moins grand nombre. Souvent à côté du chiffre très élevé d’une année se trouve le chiffre bien inférieur d’une autre année. Cependant il existe une différence remarquable entre les premières années du tableau et les dernières. Dans les premières années le nombre est inférieur. Les quatorze premières ont fourni 485 mariages, et les quatorze dernières 662; différence , 67 . Le terme moyen des premières années est de 34 et trois cinquièmes , et celui des dernières est de 39 et demi : différence notable et soutenue , et qui ne peut être expliquée que par l’accroissement de la population, qui , ainsi que nous le savons, a augmenté de près d’un tiers , de sorte que la progression des mariages ne serait pas même en rapport avec

celle de la population. Il faut encore faire aLlenlion que nous avons réuni quatorze années consécutives j ce qui fait la moitié de l’espace de temps dont nous avons recueilli les mariages , et qu’à la lin de ces i4 années la population n’était déjà plus la même qu’au commencement. Aussi en les partageant encore, les sept premières de la première période ont fourni 216 mariages , et les sept dernières, 26g; différence , 4^ , que les dernières années ont fourni de plus.

Cette progression se remarque également dans la seconde période, puisque les sept premières années ont fourni 260 mariages et les sept dernières 3o2 , différence 62. Je ferai observer que le nombre des mariages des sept dernières années de la première série a été supérieur au nombre des sept premières années de la seconde série. Il s’est fait ig mariages de plus ; ce qui paraît intervertir l’ordre pi’ogressif que nous voulions établir. Cette remarque viendrait encore fortifier l’opinion que nous avons souvent émise que ce n’est pas sur un nond3re trop limité d’années qu’on peut se fonder pour établir une statistique fidèle; cependant cette différence est occasionée par le chiffre 83 exprimant les mariages qui ont été conclu en i8i3. Les dernières années de l’époque de la plus grande population n’en ont jamais présenté plus de 5o. Ce nombre prodigieux de mariages en i8i3 n’a pas été dans les proportions ordinaires et naturelles; il a été le résultat d’une circonstance que je ferai bientôt connaître.

En parcourant des yeux le tableau, au milieu de la différence progressive et toujours croissante, on voit,

en supputant un cerlain nombre d’années à la fois , qu’il existe des différences nombreuses entre les différentes années prises isolément. Ainsi, en 1807 il n’y a eu que 1 8 mariages , tandis que les deux années précédentes il y en a eu 35 et 36 , et les deux suivantes 3y et 3g. En 1812 il y a eu 4o mariages, 83 en 1 81 3, et seulement 10 en 1 81 4- En général il y a une espèce de compensation dans ces différences ; il s’est fait peu de mariages une année , il s’en est fait davantage l’année suivante ou l’année précédente ; de façon qu’on pourrait à la rigueur conclure que toutes ces différences sont fortuites et qu’elles ne connaissent aucune influence directe. D’abord, on ne peut pas supposer comme pour les décès l’influence des saisons , de la température. Le mariage est un acte purement volontaire , cependant cette volonté peut recevoir une influence de la part des événements de certaines époques , et se décider en conséquence de ces événements. C’est ainsi que 1812, i8i3 et i8i4 nous ont présenté une somme de différence trop imposante pour ne la regarder que comme l’effet du hasard. En effet , qu’on se reporte à ces époques de douloureuse mémoire, et nous y trouverons la raison de cette différence. En i8i2 Napoléon avait à soutenir à la fois la guerre d’Espagne et la guerre de Russie; de nombreuses levées d’hommes étaient sans cesse demandées ; les mariés n’étant pas appelés , beaucoup de jeunes gens se marièrent pour échapper à ces levées. En i8i3, la déroute de Moscou nécessita de nouvelles armées ; la France entière sembla menacée d’être soldat. Cependant au milieu de ces rumeurs

désolantes les assurances furent données que les personnes mariées à telle époque ne seraient point rappelées. Presque tout ce qu’il y avait de jeunes gens disponibles s’enrôla dans le mariage. De là ce chiffre énorme de 83. En 1814, la France envahie et malheureuse , se couvrit d’un crêpe lugubre qui ne permit guère de songer au mariage. D’ailleurs , presque toute la jeunesse en avait subi le joug l’année précédente , et il fallait donner aux plus jeunes le temps de grandir.

Influence des saisons.

Quoique je ne croie pas à l’influence des saisons sur les mariages , il n’est pas moins curieux de rechercher les temps de l’année où il s’en contracte un plus grand nombre. Cette recherche peut conduire à des résultats sur les usages et même sur la moralité de la nation. Je vais donc présenter dans le tableau n° XIII le relevé des mariages par mois.

Les mois de janvier et de février ont fourni une quantité de mariages bien plus considérable que les autres mois ; ce sont ensuite les mois d’avril , de mai et de novembre qui en présentent un peu plus que les autres sept, dont la différence est si peu sensible qu’en parcourant le nombre qu’en a fourni chaque année, on le voit varier alternativement de l’une à l’autre. Il n’y a que le mois de mars qui offre à peu près constamment un chiffre inférieur ; il ne doit son niveau avec les autres qu’à l’année i8i3 , où il s’en trouve 28 inscrits à la fois. De façon que nous pouvons affirmer que ce mois est de tous celui pen-

clanL lequel il se fait le moins de mariages. En effet, cette année est une exception , parce que , nous l’avons déjà dit , la crainte d’être appelés comme conscrits fit marier subitement une foule de jeunes gens dans ce mois ; car , une fois le décret promulgué, le mariage n’aurait plus servi d’exemption. Aussi nous voyons que, de suite après, le nombre des mariages a considérablement diminué. Janvier et février sont les mois du carnaval ; cette époque semble en France plus spécialement consacrée au mariage. A Givors, il s’y en est fait le tiers et même plus , si nous faisons abstraction de l’année i8i3. Le mois de mars correspond au Carême ; la religion fait respecter ce temps de prière et de jeûne. Nous verrons plus loin que le nombre que nous trouvons ici, ne devrait pas compter pour l’époque du mariage , parce que la plupart ne se consomment point alors. Le mois d’avril vient après le Carême ; la plupart des mariages qui auraient pu. se faire dans le temps ont été renvoyés à ce mois et au suivant. Le nombre des mariages diminue successivement en juin , juillet , août, septembre et octobre. En été, les travaux sont en grande activité et sur la rivière et dans les champs ; les habitants n’ont guère le temps de songer au mariage , ils renvoient à l’hiver, époque où la rivière, comme la terre, donne plus de repos. Aussi le mois de novembre présente-t-il tout-à-coup une somme de mariages assez considérable. Le mois de décembre en est peu abondamment pourvu , parce que ce mois correspond à l’Avent, temps de privation pendant lequel l’Église ne donne pas de bénédiction nuptiale, à moins de dispense des supérieurs ecclésiastiques.

Bénédictions nuptiales.

Cette influence des époques religieuses m’a inspiré le désir de faire le relevé des mariages sur les registres de l’Église, afin d’établir la comparaison avec ceux de l’état-civil. Je fais cette comparaison avec d’autant plus d’empressement que le plus souvent le mariage n’est réputé tel qu’ après la bénédiction de l’Église, et que ce n’est qu’ alors qu’il se consomme.

Nous plaçons de suite le tableau général des mariages de l’Église, classés par année (n° XIV).

Dans les 28 dernières années l’Église a donc administré 926 fois le sacrement de mariage. La municipalité en a enregistré loSy ; 112 mariages se sont donc passés des cérémonies religieuses. En comparant le tableau des mariages de l’état-civil avec celui des mariages de l’Eglise, nous trouvons, à fort peu d’exceptions près , qu’il y a eu chaque année un plus ou moins grand nombre de mariages de moins à l’Église qu’à l’état-civil. Je dis : à fort peu d’exceptions près, parce qu’en effet trois années s’écartent de cet ordre. En 1814, il y a eu i2 bénédictions nuptiales , tandis qu’il n’y a eu réellement que I O mariages ; ce qui tient sans doute à ce que l’année précédente 1 8i3 fut l’année des mariages des jeunes conscrits , et à ce que plusieurs , à cause de leur jeunesse, renvoyèrent à l’année suivante la consommation de leur mariage.

En 1823, il y a eu g5 bénédictions nuptiales, tandis que l’état-ci vil n’a enregistré que 49 mariages. Cette différence paraîtrait surprenante, et pourrait

faire soupçonner que l’Église aurait violé les lois en conférant le sacrement à des personnes qui n’auraient pas été mariées à la municipalité. Un mot suffira pour expliquer tout. Il y eut k Givors une mission en 1823, et bien des personnes, mariées à l’état-civil depuis bien des années , furent amenées à se faire donner la bénédiction nuptiale. Plus de vingt de ces mariages avaient même été contractés avant la liberté des cultes , par conséquent sans participation de l’Église, et antérieurement tà l’époque où nous avons commencé nos recherches. Ainsi , ce serait une déduction à famé sur la somme totale des mariages de l’Église , et l’on peut bien assurer que sur les io5y mariages contractés légalement, 900 à peine l’ont été canoniquement. En 1824 il y a eu un mariage de plus à l’Église qu’à l’état-civil. A-t-il tenu à l’influence du jubilé sur quelque vieux marié ? ou bien quelques mariages contractés civilement vers la fui de 1823 se sont-ils consommés seulement en 1824? Ce ne peut être que l’une de ces deux raisons , puisque dans les années consécutives les mariages de l’Eglise reprennent leur minorité proportionnelle.

Le tableau des bénédictions nuptiales classées par mois (11° XV) nous fera mieux apprécier encore l’influence de l’Église.

Nous retrouvons dans ce tableau à peu près les mêmes différences que nous avons signalées dans le tableau provenant des registres civils. Je ferai observer que dans les mois de janvier il y a eu i54 mariages à l’Église , et seulement i3o à l’état-civil. Cette différence en plus à l’avantage des premiers

vient de ce que beaucoup de personnes se marient à la municipalité dans le mois de décembre, époque de l’Avenl pendant laquelle l’Église ne confère pas le sacrement , et qu’elles ne reçoivent ensuite la bénédiction nuptiale qu’après celte époque , aussi le mois de décembre n’a- t-il célébré que 12 mariages; deux n’ont obtenu les cérémonies religieuses pendant l’Aventmême, qu’avec les dispenses des supérieurs; les 10 autres se sont consommés dans les premiers jours de décembre, parce que le premier dimanche de l’Avent n’est quelquefois que le 2 ou le 3 de ce mois. Dans le mois de mars l’Église n’a célébré que 1 7 mariages; sur ce nombre 2 seulement ont été bénis pendant le Carême avec les dispenses ; les i5 autres l’ont été dans les premiers jours du mois , lorsque le Carême n’a pas commencé en février, comme cela se voit quelquefois. Cependant les trois qui sont notés en 1823 ont été conférés le 3i mars, parce que cette année-là le Carême ayant commencé de bien bonne heui'e (le 12 février), Pâques se trouva le 3o mars. Le chiffre i36 que nous trouvons à la colonne d’avril n’est dû qu’aux 62 bénédictions nuptiales fruit de la mission de i823; car si l’on supprimait au moins 55 pour ne laisser dans ce mois que les 7 qui doivent être le nombre proportionnel qu’il y aurait eu, le chiffre se trouverait réduit à 81 , nombre plus en rapport avec le produit qu’ont donné tous les autres mois.

Nos recherches sur les époques où s’est contraclé, le plus grand nombre de mariages sont conformes à celles que M. Mourgue a faites à Montpellier.

Il eût sans doute été intéressant de faire des rc-

cherches sur l’état des époux avant leur mariage , savoir s’ils étaient célibataires ou veufs j il eût plus importé encore de signaler leur âge , autant pour établir l’épocpie de la vie à laquelle se contracte le plus grand nombre de mariages, que pour chercher les différences d’âge entre les deux sexes. Ces recherches, je les ai entreprises; mais les registres manquaient de détails suffisants pour les poursuivre de manière à satisfaire.

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