‹ Statistique de la Grande-Bretagne et de l'IrlandeChapitre 21 sur 103 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

AORICCLTCRll.

Nos recherches statistiques sur cet important ânjet embrasseront, dans les sections suivantes:

1*" L'agriculture ancienne des lies Britanniques;

2^" Leur cadastre agricole ;

3** Leurs productions naturelles ;

4*" Leur bétail , leurs troupeaux et leurs chevaux;

5** Leurs pâturages ;

& Les produits de leur bétail et de leurs troupeaux^

7* Enfin les consommations principales de la population du Royaume-Uni.

SECTION I

AGRICULTURE ANOENNE.

il est peu de pays en Europe qui possèdent autant de notions que l'Angleterre sur l'ancien

AGRICULTURE. l53

état de leui* agriculture. On peut remonter sur ce sujet important jusqu'à la conquête de l'ile par les Romains. César nous apprend que^ au milieu du premier siècle de notre ère, les Bre*> tons obtenaient de leurs champs de blé de& moissons qui excédaient leurs besoins > puisqu'ils conservaient des grains dans les cavernes de leurs rochers (i); mais les tribus de l'intérieur du pays et celles qui en habitaient la partie septentrionale n'avaient aucun usage de l'agriculture; elles se confiaient sur leurs troupeaux du soin de les nourrir et de leur fournir des vêtements 9 qui consistaient principalement en peaux de bœu&. On connaissait à peine les moutons dans les régions du Nord^

Trois cents ans plus tard , la culture des céréales permettait encore d'exporter de l'Angleterre des quantités de grains considérables. Au témoignage de Zozime (a) , en 355 , Julien fit prendre > dans les greniers de llle, des blés dont furent chargés 800 petits navires; cette flottille remonta le Rhin pour ravitailler les gar^ nisons romaines établies le long de ce fleuve.

L'agriculture déclina sous la domination anglo-saxonne et sous les rois normands , qui introduisirent le régime féodal en Angleterre.

(1) César, lib. II. Diod. Sic, p. 347. Strab. (a) Zoûme , III , p. 345.

l54 AGRlCULTOnE.

D'après les recherches d'Edouard Uowe ^ il y «ut 1 3 1 grandes disettes , de 1 069 à 1 355 , dans un espace de s86 ans. Ainsi , dans ces temps malheureux, chaque troisième année 9 ou même plus souvent , il y avait une famine.

Il paraît , par un passage de Fléta , que sous Edouard II, en 104I9 l'acre de terre ne donnait que six boisseaux de blé. C'était un peu phis de 5 hectolitres par hectare, ou le quart seulement du produit actuel, qui, par un terme moyen , s'élève maintenant a ao hectolitres.

Sir John Culkim a montré, par diverses citations d'anciens auteurs, que le plein rapport de l'acre n'excédait pas alors 9 à 10 boisseaux, ou 7 à 8 hectolitres par hectare.

Sous Edouard I*', il y avait 4& acres , en prairies pour i4oo en terres arables^ ce qni suppose qu'il n'y avait ni bétail, ni troupeaux, ni, par conséquent, aucun engrais. L'acre de terre, qui valait, en pré, la à 18 pences, n'était estimé que la moitié ou le tiers, quand il avait les cé« réaies pour destination.

On trouve dans les lois saxonnes , données à la fin du X* siècle^ par Éthelred, le priiasMgné pour compensatioa de la mort de chaque homme et de chaque espèce d'animaux utiles (i).

(1) VITilkln. Leges Su., p. ia6.

AGBICDLTDRE.

Homme OU efclave 56 3

Cheval. . 35 n

Jument ou poulain 3 5

Ane ou mulet i4 ■

Bœuf. 7 i/»

Vache. . 5 6

Porc 3 lo (/a

Brebis 1 a

ChèTre » 5 i/a

Ainsi, deux boraines ne valaient que trois chevauxj huit boeufs équivalaient à un esclave ; mais il hllsât a5 porcs, pour le payer avec cette sorte d'anllUiâux , qui étaient singulièrement multipliés. Le Domesday-Book nous apprend que, à la foire de Lewes, sans doute à une époque postérieure, les esclaves avaient doublé de prix, puisqu'ils valaient quatre pences en argent , tandis qu'un boeuf ne valait qu'un penny. Nous i^elevons dans cet ouvrage précieux les cbiffres suivants, qui peignent l'état dans lequel était, vers io66, le pays formant aujourd'hui une partie du riche comté de Kent.

Mauoirs des EarU ou seigneurs Saxons- . . 67 Sowlings ou acres de terre ensemencés. . ii,aou

Acres en prairies 64-]

Homme* lihrea a,4a4

Vilains ou cerft 6,837

Bordars, ou habitants des limites 3,5ia

Bourgeoii '<99>

De ces 1 ^,"^6^ habitants, un sixième seulement

l56 AGRICULTURE.

était libre , car le plus grand nombre des bourgeois n'étaient que des esclaves privilégiés. Les autres cultivaient la terre pour leurs seigneurs ; on les vendait , dans les marchés y péleméle avec le bétail, et leurs femmes, leurs enfants suivaient leur sort.

Quant à la propriété du sol ^ la même autorité nous enseigne que, sur43o Indes, qui divisaient le comté de Kent , 194 ou près de la moitié appartenaient au roi; le reste était réparti entre ses vassaux immédiats, soit laïques, soit ecclésiastiques, au nombre de onze. Ainsi, 12 propriétaires se partageaient un territoire de plus de Qoo lieues* C'était 10 lieues carrées pour les terres des seigneurs, et une étendue décuple pour les domaines du roi.

Au commencement du xvi* siècle, une opinion commune parmi les grands propriétaires était celle que le sol de l'Angleterre était moins propre à produire du blé qu^à nourrir des troupeaux. Il fallut, sous Henri VIII , fixer par une loi le maximum du nombre des moutons appartenant au même maître, et qui ne durent pas excéder 2^000 ; car des seigneurs en avaient le décuple ; et les terres à blé ayant été mises en pâturage, le peuple éprouvait des disettes multipliées. Au rapport de Stowe et de Hollingshed , ort ne comptait, sous le règne d'Elisabeth , qu'un

AGRICULTURE. iS'J

quart des terres qui fussent en culture. Suivant le dernier de ces historiens, Facre ne donnait que 16 boisseaux de froncent, ou 10 hectolitres et demi par hectare.

S.OUS Henri VII, vers i485, tous les environs de Londres étaient en bruyères ou couverts de bois. Cependant, dès le règne d'Édouard-le- Confesseur, Tabbé de Saint- Alban avait fait abattre la foret de Chiltern , qui s'étendait de cette ville jusqu'à Londres, afin, dit Matthieu Paris , que les voyageurs fussent moins exposés aux attaques des voleurs et des loups. Cette tâche, sans doute, ne put être accomplie; car, quelques années après , le manoir d'Oldenham fut donné à l'abbé de Westminster, à la condition expresse de nettoyer la route de Saint-Alban à la capitale, et d'en détruire les bois, qui donnaient asile aux brigands et aux animaux féroces.

Gérard Maline, qui supposait que 29,668,000 acres formaient la surface de l'Angleterre, éva-^ luait, en i63o , qu'il y en avait 5,568,ooo entiè* reraent stériles. C'était presque le cinquième (1). Gregory King estimait, en 1 690, que les bruyères, les landes et les terrains abandonnés s'étendaient sur plus d'un quart du pays. Cette énorme proportion est réduite considérablement; et la cul-

()) Lfx mfircatoria.

lâS AGRICULTURE.

ture a décuplé ses produits , par l'extension de ses domaines et par des récoltes améliorées.

SECTION m.

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