‹ Statistique de la Grande-Bretagne et de l'IrlandeChapitre 91 sur 103 · PRISONS · texte numérisé non relu

PRISONS

Les prisons forment^ dans l'histoire des sociétés humaines ^ un épisode qui excite l'horreur et la pitié. C'est là que l'homme est soumis à toutes les tortures du corps et de l'esprit, et que, privé de mouvement, d'air, de soleil, de compassion et d'espoir, il vit pour souffrir, haïr et blasphémer.

Ces cloaques révèlent, par leur seul aspect ^ le degré de civilisation des sociétés, et le caractère de l'autorité qui les gouverne,

 Rome , jadis , chaque patricien avait dans sa propre maison une £rgastule , prison souterraine où ses esclaves, chargés de chaînes et marqués au front, étaient renfermés chaque soir à leur retour du travail.

Dans les temps féodaux, chaque manoir avait sa prison recelée au milieu des fondations de ses tours , et où l'on descendait , comme dans un puisart,le serf, le prisonnier de guerre, le voyageur surpris qu'on voulait rançonner.

Dans les monastères , ces cachots prenaient leur nom, des mots latins qui sont prononcés sur les morts, lorsqu'on achève de fermer leur sépul-

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ture ( I ); et en effet , ceux qu'on ensevelissait dans ces prisons n'en sortaient pas plus que les morts ne sortent de leur tombeau.

A Venise, les inquisiteurs d'État incarcéraient leurs prisonniers dans les puits ou sous les combles du palais Saint-Marc; et nulle organisation d'homme n'était assez puissante pour résister, dans les souterrains , à lair marécageux et putride qu'on y respirait, ou pour vivre sous les plombs échauffés par le soleil d'Italie.

Chez les peuples soumis au despotisme militaire, les prisons ne sont autres que les casemates des forteresses et les donjons des citadelles.

Enfin, dans la plupart des pays de l'Europe, même ceux dont les institutions sont les plus perfectionnées, on se sert encore aujourd'hui, en guise de prisons, de vieux couvents en ruine, d'anciens châteaux fortifiés , d'édifices dont la situation, la construction , l'étendue ne répondent aucunementaux besoins de leur destination.

Dans ces enceintes , ce qui manque surtout aux détenus, c'est l'air et l'espace. L'air, sans lequel ils languissent, perdent toute activité, toute force pour le travail, tout courage pour supporter leur malheur et pour entreprendre une meilleure vie. L'espace, sans lequel ils ne peuvent se mou-

(i) Vade \n pace. '

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voir, s'exercer, travailler, être isolés ou tout an moins être séparés par âge, par sexe et selon leur conduite. Le défaut d'air libre et de mouvement est, pour tout captif, un si grand fléau, que, par cette seule circonstance, l'intensité des peines se trouve changée à l'insii du législateur, et que le galérien est bien moins à plaindre que le réclusionnaire.

Dans leur état actuel , la plupart des prisons de l'Europe, et notamment celles de l'Angleterre et de la France , loin de remplir leur destination , sont des écoles de vices et de perversité ; elles ne conduisent nullement au triple but que la société doit se proposer : Donner au détenu le repentir de ses méfaits, produire son amélioration morale, et lui procurer le moyen de gagner sa vie, en lui enseignant un métier et en lui inculquant des habitudes de travail.

Long-temps l'Angleterre s'est flattée d'avoir trouvé la solution de ce problème dans l'institution de ses colonies de déportation ; mais l'expérience a prouvé sans réplique qu'on s'était trompé, et qu'on n'a réussi seulement qu'à fonder, par l'assemblage de cette multitude de criminels, )a société la plus effroyablement corrompue qui ait encore existé sur le globe.

Macarthur a donné, d'après les documents officiels 9 le nombre des condamnations de la

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cour cjriininelle de la Nou velle^Galles; il en résulte les proportions suivantes , §ntre le nombre des crimes et celui des habitants :

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