JOURNAUX
I^ lecture et l'instruction qu''elle produit , ont pour promoteurs dans les Iles Britanniques , les devoirs religieux et l'intérêt du pays. Il n'est point de familles où la Bible ne soit lue; il n'en est point , quelque pauvre qu'elle soit , qui ne se procure des journaux , et qui ne s'occupe plus ou moins des affaires publiques. Ces habitudes nationales fournissent à tout le monde , le moyen et l'occasion de lectures journalières ; elles en font pour chacun un devoir, un plaisir , une nécessité 9 un besoin. Aussi ^ toute la population sait-elle lire , et exerce-t-elle perpétuellement cette faculté.
Les journaux qui en favorisent le développement^n'ont pas, comme on pourrait le croire, une origine ancienne; ils ne remontent pas, en Angleterre, à plus de t2oo ans.Cependaut un passage de Tacite donne lieu de croire qu'ils étaient en usage chez les Romains (i); et long-temps avant les premières gazettes imprimées qui parurent à Venise,
( 1 Diurna populî romaui pcr pro?iacia8, per ezercilus, curatiaslegunlar : quain ut non noatltar quid Thratea fecerît. •»
34o INSTRUCTION POBLIQUB.
en i636, il y en avait de manuscrites répandues en Italie, et^ dont une collection curieuse existe dans la bibliothèque Magliabechiana, à Florence.
Les premiers journaux qui parurent en Angleterre, furent appelés Diurns ^ comme ceux des Romains ; ils rendaient compte des opérations du Ix)ng Parlement , et furent publiés périodiquement en 1641. La restauration les interdit ; et il fallut, en 1G81, un vote de la Chambre des communes, pour rétablir la publication de ses débats. Le public Intelligencer commença en 1661 , et la Gazette en iG65.
Depuis ce temps, le nombre des journaux publiés dans le Royaume-Uni et particulièrement à Londres, s'est augmenté progressivement avec la plus grande et la plus constante rapidité.
Le développement de la presse périodique a été ainsi qu'il suit^ à Londres, depuis un demisiècle :
loarn. qiiolIdiriM. 3 fois la «on. 1 foi*. Rrbdomsdairt». Totaui.
Outre ces journaux, il y en avait de quinzaine, mensuels, trimestriels, qui élevaient le total par années comme ci-après:
INSTRCJCTlOIf PUBLIQUE. 34 1
JournauB. Journaux.
1790 Sa 1821 74
Le nombre d'exemplaires de ces journaux est, comme on l'imagine bien, souvent fort inégal. En 189.1, ceux dont le tirage était le plus considérable, étaient:
ExempteirM.
Le Times. . . a,684>8oo Le CouiTici* . i,594>^oo
En i836, Londres avait la journaux quotidiens , dont huit du matin et huit du soir.
Les jodni. réformistes tiraient . a6,ooo feuilles pur jour. Les conservateurs 19.000
Total. . . . 4^7000
I^e droit de timbre a été réduit de 8 sous à 22 sous; et de plus , on a abaissé la taxe sur le papier.
Le montant total du droit prélevé sur les journaux publiés dans le Royaume-Uni, a diminué ainsi qu'il suit, pendant les trois dernières années:
Friiiet.
i835. i3,86i,ooo
i83G 5,o5i3,ooo
1^ tableau suivant résume les progrès des journaux dans lé Ro}aume-Uni.
INSTRUCTlOff PUBLIQUE.
Anglaltrre. Eeo«w. Irlande. Rojjumr-Uni.
i8:Ji. . .
i-ji
Ainsi 9 en 107 ans, depuis lya/j, le nombre des journaux des Iles Britanniques a décuplé ; en un demi-siècle , depuis 178Q9 il a plus que quadruplé; en 36 ans, depuis I7g5, il a presque doublé.
Mais l'effet de ces nombreuses publications sera bien mieux apprécié par le tableau suivant, où nous allons exprimer la quantité d'exemplaires des journaux de l'Angleterre exclusivement pendant une série d'années.
ExempLiire*-
Exemplaire*.
Royaume-Uni.
Savoir:
mSTBUGTION PUBLIQUE. 343
Angiolrrri!. EroM*. IriaA^*-
— — — BicmpL
i83i. . . . do,i6i,8ao 3,127,400 1,910,760
1834. . . . 27,487,980 2,960,340 1,786,9-io
Il y a :
ËD Angleterre , deai joaraaax par personne de tont Age.
En Éco»se , nn et plus.
En Irlande, un pour 4 liabitants.
Dans tout le Kojaume-Uni , un et demi par personne.
C'est un fait digne de remarque, que le nombre des journaux et leur tirage s'accroissent dans les Iles Britanniques, toutes les fois qu'il éclate en France une révolution. Un intérêt vif et gé-. néral s'attache aux événements qui ont lieu dans notre pays, et montre que nos destinées trouvent au-delà de la Manche et du canal St.-Oeorges^des. sympathies populaires.
En comprenant dans les mêmes chiffres toutes les espèces de journaux et de revues, on comptait, en i836, qu'il y en avait:
Eli Angleterre. . . 276 dont 100 à Londres.
— Ecosse 86 loàGlascow.
— Irlande .... 82 21 à Dublin.
Total. . . 443 i3i dans les 3 capit.
Le tableau suivant indique le nombre des journaux publiés pendant ces dernières années
dans les principaux pays de l'Europe , et leur rapport à la population.
Nombre de joarasHi. fcrur rapport i h population — — llabitanU
Danemarck
Pays-Bas ......
Suisse 54
Allemagne 3o5
Prusse 3oo
Suède et ^orvc(;e 82
Eco^^sc 41
France 490
Angleterre 179
Iles Britanniques ..... 274
Irlande • • 54
Portugal 17
Poîof;no. i83o i3
Grèce
Autriche
Italie
£«pajne avant i833.
Russie
pour
a4/>oo 4o,ooa 40,000 40,000
5o,o(ïO
aoo,oo )
3oo,r>oo
3oo,ooo
i,5oo,0(>o
Il faut reconnaître que ce tableau ne donne de son objet qu'une idée ft^rt imparfaite , j)arce qu'il rassemble des unités qui , quoique de même espèce, diffèrent essetitiellement , et que, par exemple, il compte également pour un le Times de Londres, dont le tirage surpasse deux millions, et tel journal de petite ville , qui fait écouler difficilement deux à trois cents exemplaires. C.e n'est pas le nombre des journaux établis dans
un pays . qui y rend la presse périodique utile , et en fait Yine puissance intellectuelle et politique. C'est bien plutôt l'extension dû tirage qui fait égaler, comme en Ecosse, le nombre des exemplaires au nombre des habitants, ou qui, comme en Angleterre, l'élève au double. C'est, avec cette vaste publicité , le choix habile des matières traitées ou recueillies dans les journaux, et surtout le soin d'être les interprètes de l'opinion publique dans toutes les situations graves qui peuvent agir sur les destinées du pays. La presse périodique de l'Angleterre réunit admirablement toutes ces qualités; elle est abondante^ variée , instructive , et remplie de patriotisme. Sans doute, comme toutes les autres'œuvres des hommes, elle n'est pas sans reproche; mais il serait injuste de ne pas reconnaître qu'elle a servi de modèle à la presse du continent, et que, pour un journal qui a vendu son indépendance, il y en a une foule d'autres qui , comme le Morning'Chronicle et la Revue d'Édiubourg, ont été, pendant cinquante ans, les défenseurs des libertés publiques , et les médiateurs dans ces rivalités aveugles et sanglantes, qui ont mis en péril l'existence des nations auxquelles est confié tout l'avenir et l'espoir de l'Europe.