CHAPITRE XV
Londres est, de toutes les villes du globe, la plus vaste, la plus peuplée et la phis riche; elle est à la fois la métropole de l'Empire Britannique, le siège de son gouvernement, la résidence habituelle de ses souverains, le centre de son immense commerce , le plus fréquenté et le plus beau de ses ports , Tune de ses premières cités manufacturières y et sans aucun doute , celle de toutes les capitales du monde civilisé qui renferme le plus de producteurs et de consommateurs.
Elle est, par Ifascendant de son opinion, par sa presse périodique, parle nombre et le talent supérieur de ses représentants au Parlement, l'une des grandes puissances politiques du royaume; et les 3oo,ooo hommes que sa population peut mettre sous les armes, en feraient, au besoin, l'une des positions militaires les plus formidables de l'Europe.
Elle offre àradmiration du voyageur, de magnifiques monuments: la superbe basilique de Saint- Paul; — la vieille église gothique de Westminster, qui rappelle tant de souvenirs historiques; — des ponts y un tunnel , des canaux , des chemins de fer, merveilleuses créations de nos jours, qui surpassent celles de l'antiquité.
Mais, ce qui l'emporte sur tout , c'est l'aspect de la Tamise avec ses mille vaisseaux ; c'est le spectacle de la Chambre des communes , dans l'une de ces séances animées où s'agitent des questions qui, semblables au levier d'Archimède, doivent remuer le monde. Peut-être l'imagination pourrait -elle parvenir à se représenter Saint* Pierre de Rome , la b^ie de Naples , ou même l'Entrée de Paris par l'Arc de triomphe et la plaôe de la Concorde; mais elle ne saurait se pein* dre , sans les avoir vus , ce fleuve qui roule de l'or bien autrement que le Pactole , et ce sénat de bourgeois et de marchands, qui ôte et donne à son gré la couronne d'Angleterre, et qui a fait crouler le trône d'Aurengzeb , et l'Empire de Napoléon.
Mais aucun des biens des sociétés humaines n'est acquis sans de cruelles compensations. Cette splendide cité, qui est sans pareille pour la richesse, est aussi sans égale pour la corruption. C'est, au dire de l'Angleterre elle-même,
348 LOTIDRES.
la Babylonc des Livres saints, avec son faste et sa profonde dépravation.
Nous ne pouvons détailler ni ses beautés ni ses vices; il faudrait des volumes pour en esquisser la statistique , et nous n'avons que peu de pages à lui consacrer.
l" SITUATION.
Londres gît par le 5i**, 3o' 49* de latitude Nord; et par le a", îi6' a de longitude, à l'ouest du méridien de Paris. Cette ville est située dans la partie occidentale de l'Angleterre, à environ 18 lieues moyennes, ou 5o milles de la mer d'Allemagne, et à une distance à peu près semblable de la Manche. Ses parties septentrionale et occidentale appartiennent au comté de Mid* dlessex ^ et une grande partie de celle du sud , au Surrey.
La Tamise partage Londres en deux parties inégales. La plus vaste occupe la rive gauche, et comprend l'ancienne ville appelée , comme celle de Paris, la Cité; de nombreux et immenses quartiers sont construits autour d'elle, et s'étendent surtout à l'ouest. Au midi est le bourg de Southwark, dont la position est analogue à celle du faubourg Saint-Germain : il est également environné de plusieurs quartiers nouveaux.
LosDREs« 34g
a* CLIMAT-
TherniQinètre centigrade., HaîI ans d'obser-
v£tlions à SQnjierset-HousQ.
Température. Plus grande chaleur. . a8« 90 "^'*
'Moindre . . . , u . .— 8 33 , -..ù Moyenne annuelle. . , 10 %
Londra». Piiri«.
Tempér, moyen, du mois le pi. chaud. 190 5 ac®
— le plus froid . . + 3 2+23" annuelle . ; 10 2 10 6
Pression atmosphérique. Baromètre.
p. Cent. angl. UiHioi.
Maximum 3o 61 'j']%
Minimum 28 85 733
Moycrme 29 91 760
Mill.
Pluie. Londres. 19 p. 7 1. franc. 53o nomb.dej. pi. 1G4 Paris . .17 — 11 — 4^5 — f4o
3*jStjînpuç.
Londi^es s*étend datis toutes les> directions par une suite de quartiers y de faubourgs, de villages adjacents/dé maisons plus ou moins contiguës; en sorte qu'il est difficile de dire où la ville finit ou commence. Toutefois, on lui donnait^enu ^37> six milles de diamètre, on g,» 55 mètres. En i836, on lui attribuait une largeur de quatre milles,
LONI>R£S»
Guillaume 111. .
uu
Georges II . . .
un
io«
Gooi-gc» ÏH. . .
• ï>097,ooo
un
. i,3o4,ooo
un
Georges IV. . .
un
Guillaume lY. .
uu
Ces nombres comprennent toute la population en dedans d'un cercle de six lieues de rayon, ayant Saint-Paul pour centre. C'est Téquivalant du département de la Seine. Il faut en défalquer 3oo,ooo personnes environ , lorsqu'on sépare la ville de la banlieue.
Cette population se divisait , par sexes , ainsi qu'il suit, en i8ai:
660,578 hommes;
768,007 femmes, ou 38 |'Our 33 hommes.
Il y avait k 00^000 femmes, eu sus du nombre des hommes: c'était un i4^
Le recensement classait cette masse de la manière suivante :
Familles ag^ricoles. . . 8,855 — . iaclustriellc^ . i99>903 Autres 116,834
I sur 36
Total. . . . 325,589
A 4 individus par famille, il y avait 800,000 industriels, et 40/j,ooo personnes sans professions utiles ou déterminées.
LOirDR]
Bs. 363
En 18369 on énumérait dans cette population:
60 banquiers.
2,100 boulangers.
1,680 agents de change.
1,800 bouchers.
i,56o négociants.
200 brasseurs.
3^4Bo agenU d'aftaires.
4j3oo cabare tiers.
3oo médecins.
3,900 tailleurs.
58o pharmaciens.
2,800 cord'jnniers.
iyi8o chirurgiens.
390 chapeliers.
i3i notaires.
aoo corroyeurs.
1,1 5o avocats.
[5ao archit. et const.
Mais les personnes attachées à chacune de ces professions décuplent le nombre des maîtres. Il y a i6,ôoQ cordonniers, sans compter les apprentis; i/^ybba tailleurs; 19.629 charpentiers et menuisiers: en tout 4ôo espèces de métiers.
Pour héberger la population , il y avait , en 1836:
107 hôtels^ 447 tavernes, 557 cafés ,
5,975 cabarets à bière , 8,669 — à genièvre, 1 5,839 maisons de débit.
6* Naissances et décès.
Les naissances et les décès dans les 98 paroisses , comprises dans les tableauic de mortalité , ont été ainsi qu'il suit, par des termes moyens qui remontent au-delà du milieu du dernier siècle»
354 iioiroKBs.
— ann. ann. —
An». — —
1801 — i8io« 10
i8ai — i8a5. 5
Ainsi , de 1 744 ^ 1 800 , en l'espace de ô6 ans, les décès ont surpassé, à Londres, le nombre des naissances, de a67,ooo, faisant, année moyenne, une perte de 4)Soo personnes ; tandis que , de 1801 à i83o,en 3o ans, les naissances ont surpassé les décès de 102,975, ou 3,6oo, année moyenne.
Voici les naissances et les décès des dernières années, divisées par sexes.
9,690 décès.
1,456 nais».
îi2,78o
a. Naissances.
Garçon». ■
rilea.
Toiau.
i3,6oi
Les 37,'2oo naissances de 18849 multipliées
par 3a, supposen^t 870,000 habitants. S^l en meurt annuellement sur ce nombre q 1,680, c'est environ un sur 4o. Paris, en i836 , eut 28,94^1 naissances, et 23,768 décès. En comptant une naissance pour 3q habitants , la population effective devait être de 926,000 personnes , nombre dont celui des décès formait un 39®.
Ces supputations ne peuvent être éloignées de la vérité; mais, au reste, on conçoit. très bien que, le mouvement perpétuel et immense qui s'opère dans les grandes métropoles , ne permet point de connaître avec précision les proportions de leurs naissances et de leurs décès.
h. Décès.
tlAiDiuet. Pemaie*. Tolaus*
1828. ..... 11,112 ïo,597 .^^i7^9
iS'ig ïa,oiS 11,509 ' 33,624
i83o ii,iiô 10,535 *ii,<)4^ '
i83ï r4,2Bo i4,3i6 û8^ (i)
iB34 io,8it io,Â6S ^U^7d "
1836. . » . . . 9rV)» 9>P^7 :.; ."'9,^29 (jfc)
i836 io,6o5 10,458 2i,o63
^ La mortalité, cotii{>ârée à la population , fut , aù^' épot^iiés suivantes , daiUs les proportions ci» après, diaprés âiéii autorités contemporaines.
(1) Irruption da choléra oriental.
(2) Nombres incomplets
DéCM.
i8ao« . « . . .
BabitMU.
6ur i4 King.
25 Heberdeea.
a4 Short.
25 1/4 Price.
35 Doc. pub.
38 id.
5o id.
Ce ne fut qu'en 1 770 que l'énorme proportion delà mortalité commença à diminuer. Jusqu'alors elle avait égalé celle de la Hollande, la plus grande de l'Europe. En 1790, les naissances excédèrent les décès pour la première fois ; et la population deLondres, qui ne s'était soutenue jusqu'alors que par les immigrations des provinces, put enfin réparer ses pertes; elle parvint même, dans les années suivantes, à eïi outrepasseur la quantité. Dans les dix années finissant en i8âo, l'excédant des naissances fut de 5 1 ,000 individus ; et U fut constaté que ,. dans. Tçspace d^ln demi-siècle ; la mortalité avait diminué de moitié.
On a avancé dans ce» derniers temps qu'il ne mourait annuellement ^ à Londres, qu'une personne sur 55; mais c'est évidemment une exagération.
LONDBES.