‹ Statistique de la SuisseChapitre 18 sur 46 · C AN TON DE LUCERNE · texte numérisé non relu

C AN TON DE LUCERNE

{ i. Situation y Étendue, Climat, Population*

Tir ça fit on de Liicerne est borné au nord par le

canton d'Àrgovie, à l'orient par les cantons d'Argo vie , de Zug et de Schwitz , au midi par celui dUnd.ervald et par l'Oherland bernois, el à l'occident par le canton de Berne ; et en particulier par 1rs préfectures de Signa u , de Trachselvald \ de Vangen et d'Arvangen. Le canton de Lucerne est situé presque au centre de la Suisse; il l'emporte en fertilité sur la plupart des autres cantons : c'est a lui , lorsque l'on arrive de la France ou de l'Allemagne , que commence la Suisse intérieure proprement dite, qui présente tant de particularités dans ses mœurs , dans sa constitution et dans sa nature. Il est le troisième en rang dans la confédération suisse , et passe pour le premier des cantons catholiques : l'acte de médiation de i8o3 lui a fait éprouver quelques légères modifications , par des échanges avec le canton d'Argovie. Sa plus grande longueur, du nord au sud, el sa plus grande largeur, de l'orient à l'occident, sont également d'environ onze lieues, et sa surface est de 72 lieues Carrées et *i centièmes : on ne peut pas le compter parmi les cantons montagneux de la Suisse-, cependant il s'en rapproche autant que possible, et quoique aucune de ses montagnes ne se couvre de neiges éternelles, il u'esl presque pas de mois, même en été, où il ne tombe de la neige sur ses hautes sommités; fié là résulte, que le climat y est plutôt froid chaud, el que les habitans sont exposés à de grandes variations de température. Du reste, le Mnlontst situé sur un plan élevé ) le lac des quatre

STATISTIQUE DE LA SUISSE. 2o3 cantons est à i320 pieds au-dessus de la Méditerranée.

La population du canton de Lucerne, d'après le tableau officiel que nous avons donné ci devant, n'est que de 86,700 ames, ou de 1191 aines par lieue carrée; niais la plupart des auteurs portent cette population au moins à 100 mille ames: un dénombrement, fait en 1810, donna 101,904 ames. En l8i4, il naquit dans le canton 1860 garçons et i652 filles j en tout 35 17 enfans; la même année il mourut 2910 individus, et il se fit 558 mariages. La ville de Lucerne compte 6000 habita us, et de i3o à i5o naissances par année. La population de l'Entlibuch étoit en 1796 de 12,55? ames, et tendoit à s'augmenter chaque année ; les babitans de cette vallée s'engagent en grand nombre dans les services militaires étrangers.

§ 2. Nature du sol , Montagnes.

Le terrain du canton est naturellement fertile, et en général bien cultivé ; ses produits, par leur abondance , récompensent et encouragent l'agriculteur j il offre une grande variété de vues charmantes, de beaux arbres^ de collines verdoyantes et de ruisseaux. De toutes les montagnes du canton , la plus remarquable est le mont Pilate qui lui sert de limites du coté du canton d'Undervald, Ce mont colossal et majestueux, dont la base septentrionale se rapproche de la ville de Lucerne, est élevé de 6906 pieds audessus de la mer ; il lui manque encore près de i3oo pieds pour atteindre à la limite des neiges éternelles ; on le nomme en latin mons pileatus 3 à cause d'un petit nuage en forme de chapeau , qui couvre ordinairement sa cime lorsque le temps est beau : dans les anciens documens il est nommé mons frac tus , Fractmont et Frakmund , à cause des rocs déchirés qui s'élèvent à son sommet du côté du nord et de l'est. Le peuple attribue le nom de Pilate à une tradition absurde, suivant laquelle Ponce-Pilate seroit venu se noyer dans le petit lac

| SI LTI8TÏQUE DE LA SUISSE,

qui M trouve sur le haut de la montagne , par désespoir d'avoir laissé condamner à mort N. S. .1, sus-Christ Le Brundlen Alp est l'habitation la plus élevée qui se trouve sur le Pilate ; depuis celte habitation ou parvient en deux heures, par de petits rentiers sur les plus hautes sommités de la monlaune : non loin de là est un petit lac, ou plutôt un étang, qui a donné lieu, dans le moyen âge, i une foule de narrations superstitieuses, et qui inspire encore au peuple de Feffroi. On croit qu'il renferme le corps de Ponce-Pilate , et qu'il envoie des orages malfaisans sur Lucerne et sur le pays environnant, toutes les fois qu'on trouble le préfet romain dans son repos , en touchant aux eaux qui ]e cachent : c'est pourquoi il éloit autrefois défendu, sous des peines sévères, de monter sur le Pilate, et ceux quif avoient la témérité d'enfreindre cette défense, étoient punis de la prison. Ce n'est que depuis deux ou trois siècles que les voyageurs ont obtenu des permissions pour escalader la montagne, et encore accompagna-t-on long-temps ces permissions de restrictions fort gênantes.

Sur le côté occidental du mont Pilate, l'Eigenihal, riche et fertile montagne, mérite d'être remarqué; il se compose d'environ trente Alpes, sur lesquelles quelques centaines de vaches paissent en été : on y respire un air pur ; c'est pourquoi plusieurs malades de Lucerne vont s'y établir dans la belle saison. On a commencé à y bâtir des cabanes, qui sont habitées pendant tout le cours de l'année* Le reste du canton, et en particulier l'Entlibuch , renferment encore un grand nombre de montagnes.

Le mont Pilate possède plusieurs objets propres attirer l'attention des voyageurs, entr'autres dans le lieu appelé Hergottsvald , une belle église et la tellule vin lu imite ; plus bas, on admire le beau pau lie Sohauensée , les vues charmantes de la fille de Lucerne . de son beau lac et des riches Ci Iturés de Sounenbtrg En allant au Brundlen Alp, ou trouve un sap&u de 8 pieds de diamètre, et à

i5 pieds au-dessus du sol, on voit sortir de son tronc neuf branches horizontales de 3 pieds d'épaisseur et de b" de longueur ; de l'extrémité de chacune de ces branches s'élève un grand sapin , de sorte que cet arbre offre un aspect tout-à-fait extraordinaire. On trouve sur le Brundlen Alp l'un des échos les plus curieux de la Suisse ; niais il faut une bonne poitrine et une voix très -forte pour en obtenir un certain effet; les bergers du pays sont accoutumés à le faire résonner; ils se placent vis-à-vis de lui, et se tournent lentement en demi-cercle d'un côté à l'autre, trouvant ainsi le moyen de produire une musique harmonieuse , dont les accens mille fois répétés retentissent dans toutes les parties de ces rochers, et font un effet ravissant, surtout pendant le calme et l'obscurité solennelle d'une belle soirée. Du haut du Brundlen Alp on aperçoit, au milieu d'un rocher noirâtre, l'entrée d'une eaverne, dans laquelle est une statue que les habilans du pays appellent Saint- Dominique ; mais il est impossible d'en approcher, et l'on ne sait point encore si elle est un ouvrage de l'art ou de la nature ; vue à une certaine distance , elle paroît haute de 3o pieds environ ; elle est d'une pierre blanche , et ressemble à un homme dont les jambes sont croisées, et dont les bras sont appuyés sur une table : on diroit, à sa posture, que cet homme a le projet de garder l'entrée de la caverne. Les divers pâturages qui recouvrent les flancs du Pilate , nourrissent 4ooo bêtes à corne pendant l'été.

La partie la plus chaude du canton est celle qui est située au pied du mont Rigi, sur les bords du lac de Lucerne ; le Rigi la garantit (tes vents du nord , et l'on y voit croître des fruits de pays chauds, tels que des châtaignes, des amandes et des figues. Au mots de juillet 1796, le beau village de \7eggis, qui est bâti dans cet endroit, fut en partie inondé et entraîné dans le lac par un torrent d'une nature singulière, qui descendit inopinément du Rigi Ce torrent se coinposoit d'une boue rouge et épaisse; il avoit plusieurs toises de hauteur, et cinq ou six

STATISTIQUE PTC LA StJISSlL

(<mUs toises de largeur ; il s'avançoit si lentement que les habitans eurent le temps de sauver tous leurs biens meubles, et qu'il employa quinze jours -, arriver jusqu'au lac: mais il n'en ensevelit et n'en dévasta pas moins un grand nombre de maisons et de campagnes fertiles.

§ 5. Rivières et Lacs , Eaux minérales.

Parmi les rivières du canton de Lucerne îl faut

remarquer :

1. ° La Reuss, qui, après être sortie du Saint-Gothard , et avoir traversé Altorf et le lac des quatre cantons, partage Lucerne en deux parties, reçoit à demi-lieue de cette ville, les eaux de l'Emmen , sort du canton vers Honau, pour entrer dans les cantons de Zug et d'Argovîe, côtoyer celui de Zurich, se réunir près de Maschwanden avec le Lorez , et se jeter enfin dans l'Aar.

2. ° \JEinmen , qu'on appelle aussi F'ald-Emmen iEmmetta minor) pour la distinguer de l'Emmen bernoise qui donne son nom à l'Emmenthal; elle a son cours entier dans le canton de Lucerne, dont elle parcourt une grande partie , elle charie de l'or, dont on a souvent frappé des ducats à Lucerne; elle reçoit un grand nombre de petites rivières et de ruisseaux avant de se jeter dans la Reuss près de Lucerne.

3. ° UEntlen , qui se jette dans l'Emmen, et qui donne son nom à l'Entlibuch ; elle se fait remarquer per plusieurs chutes et cascades.

4. ° et 5.° Les deux IVigger, qui parcourent la partie occidentale du canton près de Ayillisau, reçoivent ensuite les eaux de la Lutheren , et abandonnent le canton près de. Mehlstecken pour se jeter dans l'Aar auprès d'Arbourg,

6.° La Vina ou Vinony qui coule an nord du canton <!u côté de l'Àrgovié par INeudorf et Munster.

ï* La Sut , qui sort du lac de Sempach à Oher- I in li passe auprès de la petite ville de bursée, et dauft 1 Aar au-dessous d'Arau.

8.° V Eschemhach , la Rumlig, et d'autres petites rivières , qui ne méritent guère d'autres qualifications que celle de ruisseaux : le bas et. le haut Kriemsbach méritent cependant de fixer l'attention. Ce dernier ruisseau est aussi appelé Rengbach ; autrefois, dans les temps de grosses pluies, il rompoit assez fréquemment ses digues naturelles, et se réunissoit au bas Rriemshach , qui inondoit alors les environs de Kriems jusqu'à Lucerne , et faisoit éprouver de grands dommages à la partie de Lucerne, connue sous le nom de -petite ville. Le Rengbach descend du mont Pilate et coule vers le nord : on a construit à grands frais une digue pour le contenir, sur une longueur de plus de i5oo pas, et on l'a forcé à se jeter en tout temps dans l'Emnien ; on admire surtout, dans ce travail le Rengloch , ouverture fort large , qui s'enfonce à 234 pieds de profondeur, entre les deux montagnes de Sonnenberg et de Biatlerberg ; il a fallu beaucoup de temps et de grandes dépenses pour mettre cette ouverture dans l'état où elle est de nos jours.

Les lacs du canton les plus remarquables sont : i.° Le lac des quatre cantons, appelé aussi lac de jAicerne , dont nous avons déjà parlé ; sa longueur, de Lucerne à Fluelen , dans le canton d'Uri, est de neuf lieues; sa plus grande largeur, de Russnacht à Alpnach, de quatre à cinq lieues : les plus grandes rivières qui s'y jettent sont la Beuss et la Mutta ; il est profondément encaissé entre les montagnes d'Uri, d'Undervald, de Schwitz et le mont Piîaie On appelle plus particulièrement lac de Lucerne la partie du lac la plus rapprochée de la ville de ce nom ; Alpnach, Stanz et le canton d'Uri donnent leurs noms aux parties du lac qui les avoisinent ; la profondeur des eaux varie de 5o à i5o toises ; la forme du lac est si particulière qu'il offre une grande variété d'aspects et de coups- d'œil , et l'on peut dire, en quelque sorte, qu'il se divine en plusieurs lacs dilférens les uns des autres; une particularité, qui le dislingue, c'est qu'il v règne toujours des vents qui viennent des montagnes ; et qui

varient (îc direction dans les diverses parties du lac; souvent, par exemple, la bise soufle dans le lac de Lucerne, tandis que le vent du midi règne dans le lac d l ri , et qu'on est exposé, dans les bassins intermédiaires, à d'autres vents tout différens, ou à un calme total. Les bords du lac, dans le canton de Lucerne, excepté près de la noire sommité de Burgenstock , sont l)ien cultivés et fertiles; on y remarque les ruines du château de Hapsbourg, que les Lucernois détruisirent en i352, et qu'il faut bien distinguer du célèbre château du même nom, qui existe encore en partie près de Brugg , dans le canton d'Argovie ; le petit pays de Veggis au bas du Rigi se fait remarquer, ainsi qu'on l'a déjà observé, par sa chaleur et par son agrément. Ce lac est fort poissonneux ; il est parcouru par les habitans des quatre cantons riverains, et sert à transporter les marchandises qui vont en Italie, par le Saint-Gotbard , depuis la France, l'Allemagne ou la Suisse septentrionale, et réciproquement ; quelques auteurs ont exagéré les dangers de sa navigation : il est vrai que dans quelques parties il est bordé par des rochers à pic qui rendent un débarquement difficile; mais les bateliers connoissent presque partout des places où l'on peut aborder en sûreté, et il est rare d'entendre parler d'accidens arrivés sur ce lac, même pendant les orages les plus violens. Le lac de Lucerne est célèbre dans l'histoire de la Suisse; ses bords ont été le théâtre des principales scènes de la fondation des républiqueshelvétiquesdans le i4esiècle.

12. v Le lac de Scjmpac/i (Sanpacensis lacus) \ c'est un fort joli lac de deux lieues de longueur sur une petite lieue de largeur: ses eaux sont claires et nourrissent dVxcellens poissons, et entr'autres des Balles ou Aalbocks ( Salmo lavaratua ) , dont les habitant) font un commerce assez considérable. Le lac de Sempach est de 4o toises plus élevé que le lac des quatre cantons, et est encadre par un amphithéâtre de ebarinantes collines, la petite ville de Senipacli est située sur sou bord nord-est, e. celle l \ài sur une colline à l'ouest : la Sur, qui sort

de ce lac, fournît des écrivisses d'une giOsseur remarquable.

3.° et 4.°. Les lacs de Mauen et $ E gohiAler ^ tous les deux forts petits; le premier, silué à une forte lieue à l'ouest de celui de Sempach, renferme Pile et le château auxquels il a donné son nom, et se vide dans le lac d'Egolzviler ; qui lui même se décharge dans la Wigger.

5. ° Le lac de Roth , à une petite demi-lieue de Lucerne, du côté d'Ebikon, et près de l'abbave de Rothhausen ; son circuit est peu considérable ; mais ses eaux sont profondes, et renferment beaucoup d'écrevisses et de poissons.

6. ° et 7.0 Les petits lacs de Durten et de Soppen , qui sont situés à six lieues à l'ouest de Lucerne , entre Volhausen, Menznau et Geiss.

8.° Le lac de Baldeher , à 5 lieues au nord de Lucerne, qui n'a que trois quarts de lieue de longueur et un quart de lieue de largeur.

Il existe deux sources périodiques dans le canton , l'une à Egolzwl et la seconde près de Langnau sur le Guggerberg : les gens du pays s'affligent lorsqu'ils les voient couler; car ils sont persuadés qu'alors leurs terres sont menacées d'infertilité.

Le canton a plusieurs eaux minérales et des bains de santé : les plus fréquentés de ces bains sont ceux de Knutvil, à une lieue de Sursée , placés dans un agréable vallon arrosé par la Sur, et entourés de bâtimens beaux et commodes , les bains d'Ybenmoos, sur la frontière des anciens bailliages libres , près d'Hohenrein, ceux d'Augsthoîz qui en sont voi.ins et qui ont été mis en usage vers la fin du i8.e siècle, ceux de Farnbubl dans FEntlibuch . et quelques autres encore, sont aussi plus ou moins visités par les malades.

§ 4. Produits du pays ; Agriculture > Industrie.

Les habitans du canton de Lucerne font de l'éducation du bétail une de leurs principales occupations*, ils ont de superbes bêtes à corne , et élèvent aussi des moutons, des chèvres et des cochons. Dans

l'Entlibudi, "ii ce genre d'industrie est surtout cultivé., on tchètc des moulons au printemps, on les conduit sur des pâturages montagneux, qui seroient trop élevés pouf des vaches, et on les abandonne a » -nx-mèmes pendant la plus grande partie de la belle saison. Le mont Pilate nourrit de la même manière des troupeaux de moulons considérables, qui s'engraissent au point d'augmenter beaucoup de prix à la fin de l'été; leur laine sert à l'habillement des babil ans du pays. En 1796, on compta sur les montagnes et dans les forêts élevées de l'Entlibuch 6674 vaches, outre un grand nombre de bœufs et de taureaux, 860 chevaux et 11 (56 moutons ou chèvres. On peut, d'après cet exemple, se faire une idée de tout le bétail du canton : le gibier T est abondant. Du reste, le canton de Eucerne est plus particulièrement un pays à blé; il est du très-

f>etit nombre des cantons de la Suisse qui non-scuement ont du blé pour leur usage, mais qui peuvent en exporter ; Lucerne en fournit aux cantons voisins d'Uri. de Schwitz et d'Undervald ; aussi chaque semaine son marché à blé est-il très - fréquenté ; d'après un compte public de Tannée 180g, l'entrée des fromens, des seigles et des orges fut, dans le cours des douze mois, de 355o2 quarts ou quarterons, dont 5922 demeurèrent dans la ville pour sa consommation , et le reste fut exporté dans les trois cantons d'Uri , de Schwitz et surtout d'Undervald: le quart ou quarteron, dont quatre font le malier, contient 1752 pouces cubes de France.

Les > ignés sont peu abondantes dans le canton, et le vin est de qualité inférieure; mais les Lucernoia (ont du vin de fruit, qui devient quelquefois pour eux un objet d'exportation. La botanique du pays n'a pas été suffisamment étudiée, et l'on en peul dire autant de sa minéralogie : la plupart des naturalistes qui visitent le canton n'y font que de Courts séjours, et se hâtent de le quitter pour se rendre dans les hautes Alpes où ils espèrent faire découvertes el des observations d'un plus grand intérêt On trouve dans le canton la plupart des

STATISTIQÛE DE ïiA SUISSE. 211

métaux connus; mais il n'en existe pas de mines régulièrement exploitées : on y trouve aussi de la tourbe et du charbon de pierre ; mais on n'en fait pas un grand usage, à cause du bas prix du bois.

Les Lucernois des deux sexes se font remarquer par la beauté de leurs traits et par leur taiile élégante; leurs mœurs sont encore simples, malgré les changemens que les dernières révolutions y ont apportés : les produits qu'ils exportent sont principalement des fromages, des bestiaux et des grains; mais ils ne sont pas riches, parce que leurs importations l'emportent sur leurs exportations : on estimoit, en 1785, que le sel et le vin seuls, achetés dans l'étranger, absorboient annuellement une somme de 4oo mille florins du pays. Le commerce languit, et pendant long-temps on n'a eu dans le canton d'autres manufacures que les filatures de l'Entlibuch. Depuis quelques années, il s'est introduit des changemens avantageux sous ce rapport, particulièrement dans la ville de Lucerne.

§ 5. Histoire.

On ne sait pas à quel temps la ville de Lucerne peut faire remonter sa fondation ; quelques sa vans pensent qu'elle doit son nom à un fanât , en latin lucerna , qui fut construit dans cet emplacement pour guider les bateliers qui voyageoient la nuit sur le lac voisin. Yers la tin du 7.e siècle, un seigneur du pays, nommé Vickart, bâtit le couvent de Saint- Leodegar ou Saint- Léger , sur la colline alors presque solitaire , auprès de laquelle Lucerne s'éleva dans la suite : il en fut lui-même le premier abbé, et lui assigna des possessions sur le mont Albis. L'an 768, Pépin -le- Bref donna ce couvent, ainsi que Lucerne, qui avoit déjà alors le titre de ville, aux abbés de Murbach, de la haute Alsace; ceux-ci les vendirent sur la fin du i3? siècle à la maison de Hapsbourg : mais en 1 332 , Lucerne, ne pouvant plus supporter les rigueurs de la domination autrichienne, contracta une alliance avec les trois

premiçM cantons, et réclama son indépendance , qu'elle acquit, après de longues guerres, au prix du s^'i^ de &e$ citoyens. Dans les commencemens de sa Douyclle existence, elle fut menacée par une conspiration dangereuse , connue sous le nom de 1/ rdnaeht : les principales familles de la ville, qui éloient demeurées fidèles à la maison d'Autriche , formèrent le projet de se défaire de tous les chefs du peuple, et fixèrent une nuit pour l'exécution de ce complot ; mais un enfant qui, sans être aperçu, avoit assisté à la dernière conférence des conjurés, fit connoîlre leurs résolutions, et le complot échoua. La célèbre victoire de Sempach , à laquelle les Lucernois contribuèrent essentiellement, en i386, assura leur liberté : en moins de 3o ans ils s'approprièrent le territoire qui forme encore leur canton, et en 1 479 ils se rachetèrent de tous les droits qu'exerçoient sur eux les chanoines de Saint-Léger, Dès-lors le gouvernement tomba peu-à-peu entre les mains d'un petit nombre de familles nobles ou patriciennes, et les habitans des campagnes du canton devinrent sujets de la ville. Cette oligarchie, contre laquelle les citoyens se révoltèrent en 1764, a subsisté jusqu'à la fin du i8.e siècle ; mais dès le 3l janvier 1798, avant qu'aucun autre gouvernement suisse eût fait une pareille démarche, les conseils de Lucerne provoquèrent d'eux-mêmes l'établissement d'une constitution basée sur l'égalité des droits politiques. Bientôt après Lucerne accepta la nouvelle constitution donnée à la Suisse par la république françoise : le 3o avril, elle fut surprise par les milices des petits cantons; ce qui fit qu'un corps de troupes françaises y entra le lendemain. Elle Fui imposée à de fortes contributions et à toutes tes charges de la guerre : au mois de septembre, elle devint, pour huit mois, le siège du gouvernement unitaire helvétique, ce qui lui coûta des sommes considérables. Pins tard, elle reçut deux fois le quartier général des troupes Irançoises, et fut l'un des points ocntraui de la guerre civile qui éclata dans la en i8o:>; ce qui la força à de nouveaux sa-

orifices de toute espèce. Enfin , en i8i3, elle a recouvré son ancien état, sans aucune agitation^ et par le seul effet des succès des puissances alliées contre Buonaparte.

§ 6. Constitution politique et ecclésiastique.

Le canton se divise en cinq préfectures, dont la première est celle de Lucerne , la 2.e FEntlibuch , la 3.e celle de Villisau, la 4.e celle de Sursée, et la 5.e celle de Hochdorf. Chacune de ces préfectures est partagée en divers arroncîissemens judiciaires, dont le nombre total est de 18.

Le pouvoir souverain réside dans 36 conseillers quotidiens et dans 64 grands conseillers, dont les places sont à vie, et qui sont présidés par un avoyer; leur corps entier s'appelle avoyer et conseil des Cent de la ville et république de Lucerne* Ce conseil se compose de 5o membres choisis parmi la bourgeoisie de la ville de Lucerne , et de 5o autres membres choisis parmi les citoyens delà campagne, et entre autres trois dans la ville de Sursée, trois dans celle cïe Sempach, trois dans celle de Villisau, et un dans le bourg de Munster. Le conseil des Cent s'assemble régulièrement trois fois par am ; il peut être convoqué extraordinairement par le conseil quotw dien, aussi souvent que les affaires l'exigent.

Le conseil quotidien, composé de 36 membres., est la première autorité exécutive , administrative et judiciaire; il juge en dernier ressort le contentieux de L'administration; il nomme dans son sein un tribunal d'appel, composé de 12 membres, et présidé par le second avoyer. Ce tribunal juge en dernier ressort tous les procès, excepté ceux relatifs aux crimes qui emportent la peine capitale ; dans ce dernier cas, c'est le conseil quotidien réuni au complet , qui prononce le jugement de l'accusé. Chaque année deux membres du tribunal d'appel, désignés par le sort, sortent de charge; mais la première fois ils sont de suite rééligibles : après un second tour de sortie, ils ne peuvent être réélus qu'après un intervalle d'uue année.

Deux avoyers , nomméspar le conseil des Cent, entre les membres du conseil quotidien , président flUétnaiiîement l'état pendant une année ; les 2 plus BD( iens membres du conseil quotidien portent le titre de // tui ridns du gouvernement ; ils président les Ci ns< ils eu l'absence des 2 avoyers.

I n membre du conseil quotidien , portant le titre de conseiller-juge , el renouvelé chaque année, fait les fonctions de garde des sceaux et veille sur le maintien des règlemens de l'état; si l'avoyer en charge refusoit de soumettre au conseil un objet qui lui est adressé , le conseiller-juge devroit en référer au conseil et faire examiner et décider par lui cet objet.

Chacun des arrondissemens judiciaires et chaque ville municipale, nomment parmi leurs citoyens un membre direct du conseil des Cent-, la bourgeoisie de la ville de Lucerne en nomme 105 les 4o autres membres à choisir dans le sein de la bourgeoisie de Lucerne , et les 29 membres à prendre dans le reste dn canton, sont nommés par le conseil des Cent.

Les membres du conseil quotidien sont choisis par ce conseil lui-même, dans le sein du conseil des Cent; mais ce choix, est soumis à la confirmation du conseil des Cent ; il faut nécessairement que 10 des membres du conseil quotidien soient pris hors de la 1) turgeoisie de la ville de Lucerne. Toutes les élections se font au scrutin secret et à la majorité absolue des voix.

Pour avoir le droit d'élire , il faut être bourgeois du pays , avoir 20 ans accomplis , payer l'impôt d'une propriété de 4oo francs au moins, n'être ni interdit , di condamné à une peine infamante , ni faillie Pour être éligible au conseil des Cent , il faut en outre avoir 25 ans accomplis, payer l'impôt d'une propriété (1 bu moins iooo francs , ou avoir rendu des services Ci a l'état. Pour être éligible au conseil quo-

tuhen , il faut en outre avoir au moins 3o ans accompli*. I n père ne peut siéger avec son (ils, ni deux ti » ensemble dans le conseil quotidien. Un membre d'1 conseil quotidien ne peut vivre hors du pays en lertice étranger, Le canton professe la religion ca-

STATISTIQUE Dît LA. SUISSE. 21 5

tholique : sous ce rapport , il relève de l'évêché de Constance ; ruais depuis la séparation, il est sous la surveillance du prévôt de Munster , en sa qualité de vicaire général apostolique. Le clergé du canton est partagé en 4 chapitres ruraux. Le chapitre de Lucerne se compose actuellement d'un prévôt mitré , de 1 1 chanoines, d'un curé, d'un organiste, d'un scolarque , de 10 chapelains, de 2 vicaires et d'un proviseur. Il y a plusieurs monastères dans le canton, entr'autres l'abbaye de Saint-Urbain, dans Bonnvald, sur les frontières du canton de Berne; elle est habitée par des moines de Tordre de Citeaux ; 2 abbayes de femmes du même ordre à Rothhausen et à Eschenbach ; 2 cloîtres de franciscains, l'un à Lucerne et l'autre à Vertenstein ; 5 cloîtres de capucins , l'un sur le Vesemlin , à Lucerne, l'autre à Sursée et le dernier à Schûpfheim, dans l'Entlibuch ; enfin, un cloître d'ursulines et de sœurs réformées , à Lucerne.

L'ordre de Malte possède une commanderie à Iiobenrein et à Reiden. Le nonce du pape, en Suisse, réside pour l'ordinaire à Lucerne.

§ 7. Etablis s emens publics et particuliers ^ Revenus de l'Etat.

Les principaux établissemens d'éducation du canton consistent en un lycée pour la théologie et la philosophie , et en un gymnase pour les beaux arts et pour la langue françoise. Lucerne possède encore une école de dessin où les amateurs et les jeunes artistes peuvent faire des études gratuites : depuis les dernières révolutions , on a établi des écoles primaires dans toutes les communes rurales. L'instruction publique est sous la direction d'une commission tirée du conseil quotidien, et sous la surveillance immédiate de 10 inspecteurs des écoles.

Ce fut dans le couvent de Berominol! , près de Lucerne, que le chanoine Elie de Laufen établit, en 1470, la première imprimerie qui ait existé en Suisse : Ulrich Gering, du bourg de Munster, qui dé^endoit de ce couvent, y apprit à imprimer, et

2 l 6 STATISTIQUE DE LA. SUISSE.

0e rendit à Paris, où il exerça son lalent de i472 jusqu'en i*>lO; long temps il fit un mystère de son art : les livres sortis de ses presses sont les premiers qui aient éié imprimés en France.

Lucerne n'a point encore de sociétés pour l'avancement des sciences et des arts; ses établissemens relatifs à la médecine et aux pauvres sont dans leur enfance, mais elle possède de nombreuses et belles bibliothèques; celle delà ville, que l'on peut appeler aussi la bibliothèque suisse, a été formée par l'ancien trésorier de Balthazar, et contient une collection à peu près complète des ouvrages qui ont été imprimés sur la Suisse, ainsi qu'une grande quantité de manuscrits, de tableaux et de portraits sur le même sujet; la bibliothèque des franciscains possède quelques manuscrits précieux ; celle des jésuites ou de la maison de Saint-Xavier sert aux professeurs ecclésiastiques; celle des capucins sur le "Vesemlin, est riche en ouvrages ecclésiastiques anciens; celle de l'abbaye de Saint-Urbain est jointe à un cabinet de médailles et d'objets d'histoire naturelle : on doit encore citer la bibliothèque de la société de lecture, qui renferme un bon choix des meilleurs ouvrages de littérature, soit anciens,, soit modernes, écrits en allemand, en françois et en italien.

F /état ne possède qu'un petit nombre de domaines, et la plus grande partie de ses revenus consiste dans le produit des impositions, soit directes soit indirectes, surtout de l'impôt foncier , de celui des patentes des négocians, du timbre, et des droits sur les dons et successions , sur les boissons , sur le transit des marchandises, sur le sel, sur la poudre cl sur la poste aux lettres.

§ 8. Monnoies > poids et mesures.

Tjf.s monnoies de Lucerne se divisent delà même manière que celles de Berne, savoir le louis d'or en 160 bau, et le gros écu en 4o ; mais les affaires de commerce qui se font avec l'Alsace se règlent

eu mounoies françoises. Le goulde ou florin est, comme celui de Strasbourg, de 4o sols tournois; le schilling d'un sol tournois, et l'angsler de 2 deniers. Les monuoies effectives en or sont des pièces de 1 , 2, 3, 4, 5 et même io ducats , et depuis la révolution, des louis d'or de 12 florins ou 160 batz ; îes monnoies en argent sont d'anciens écus de 3o Ljîz, des gouîdes ou florins qui valent i4 batz et qui sont devenus très-rares ; les nouveaux écus sont de 4o batz, les demi-écus de 20 batz, les quarts d'écus de 10 batz , les huitièmes de 5 batz , les seizièmes de 2^ batz ou 10 schillings, et les trentedeuzièmes de 5 schillings.

Les balz valant trois schillings , les demi-batz , les schillings, les rappen dont trois font un schilling et 9 un batz, et les angsters dont G font un schilling, sont les monnoies effectives en billon : l'angster vaut 2 béliers.

Le pied de Lncerne est au pied de roi de France comme 126 à i44, et Faune comme 278, ce qui lui donne précisément 2 pieds du Pihin : on compte i5 aunes de Lucerne pour 8 aunes de France, et 8 pieds de Lucerne pour 7 pieds de roi.

Quant aux mesures carrées, le grand arpent a 45,ooo pieds de Lucerne carrés, et le petit 3i,35o *. ce dernier ne s'emploie presque plus.

La mesure pour le bois est une toise de 3 aunes de longueur, autant de hauteur et la moitié de largeur : elle renferme 108 pieds du R.hin cubes.

La toise pour le foin a 3 aunes en tout sens, ou 216 pieds du Rhin cubes.

Le quart ou quarteron de Lucerne pour le blé tient 1702 pouces cubes François : il en faut 4 pour un malter ; le bêcher est la seizième partie du quart : Vintmi ou simmi en est la dixième partie.

La mesure pour le vin est de 87 pouces cubes de France et 12 centièmes : 62 et 5 trente-deuzîèmes de ces mesures équivalent à cent mesures de Zurich.

La mesure pour le lait est d'un quart en sus plus grande que la mesure du vin.

Le poids usité pour les marchandises est , comme

STATISTIQUE DE LA SUISSE, à Zurich et à Zarzach , la livre de 18 onces : 100 livres de Lucerne font 108 livres de France, poids du marc ou de 16 onces.

§ g, Cartes géographiques, Plans, Ouvrages à consulter.

< K a des cartes du pays du i7-e siècle, mais elles sont imparfaites : les meilleures des cartes récentes sont celle de G. Valser et celle de Keller, qui a été réduite d'après la grande carte delà Suisse deMeyer el qui a été jointe à l'almanach helvétique de l'année i8o4. On a des cartes détaillées de certaines parties du pays, et particulièrement de l'Enllibuch et du lac des Quatre Cantons; nous citerons entre autres la carte de l'Enllibuch par Schnyder de Vartensée , gravée par Clausner à Zug, en 2 feuilles, i "80, et la carte du lac de Lucerne jointe à l'ouvrage de Businger; mais l'ouvrage le plus remarquable en ce genre, ouvrage qui a été long-temps unique dans son espèce , est le modèle d'une partie de la Suisse, exécuté par le général PfifTer de Viher, d'après des mesures géométriques exactes. Ce modèle représente en entier les montagnes d'Undervald et d'Engelherg, et en partie celles de Claris, de Schwitz , (i l ri, de l'Oberland et de l'Enllibuch, et il offre presqu'en totalité la topographie du canton de Lu- C< rne : on y reconnoît non-seulement les montagnes, les lacs, le^ rivières, les ruisseaux, les villes, les villages et les forêts, mais encore jusqu'aux cabanes, aux ponts , aux chemins, et aux croix que la piété J a élevées : le propriétaire peut reconnoître ses possessions el admirer l'exactitude avec laquelle elles ont éi<; indiquées. On a gravé des cartes géographiques d'après ce modèle.

Les principaux ouvrages à consulter sur la slalistique du canton de Lucerne, outre ceux qui traitent de toute la Suisse et qui ont été indiqués précédemment , sont les suivans :

Alroanach helvétique pour Tannée i8o4.

\ adianus(Joach.), Voyage sur le montPilateeni5i8.

Gesnerus {Conrad), Descriptio montis Pilati. Tiguri,

Cappeller ( Maur. Ant. ) ; Pilati montis historia.

Bàsileœ, iJ$J* Schnyder de Vartensée, Histoire de PEntlibuch. Stalder Fragmente } etc., ou Fragmens sur l'Lntlibucli.

De Balthasar (J. Ant. Fel.), Die fdnf polilischen , etc. , ou les 5 siècles politiques de la république de Lucerne. Lucerne, 1808, 8.° B usinier (/.)., Die stadt Luzern , etc. , ou la ville de Lucerne et ses environs, considérés sous les rapports topographique, statistique et historique. Lucerne, 1811.

Itinéraire du mont Righi et du lac des Quatre Cantons, précédé de la description de la ville de Lucerne et de ses environs, traduit de l'allemand du chanoine Businger. Lucerne, 18 15.

§ 10. Description particulière du canton.

Les divers districts ou arrondissemens judiciaires du canton de Lucerne , qui ont chacun leur tribunal de première instance, sont ceux de Hapsbourg, de Kriems, de Lucerne et de Veggis, dans la préfecture de Lucerne; ceux de Hochdorf, de Hitzkilch et de Rothenbourg dans la préfecture de Hochdorf; ceux de Munster, de Russveil , de Sempach et de Sursée, dans la préfecture de Sursée ; ceux de Altishofen, de Reiden , de Villisau et de Zell , dans la préfecture de Villisau, et ceux d'Entlibuch , d'P^scholzmatt et de Schupfen, dans la préfecture de i'Entlibuch.

La ville de Lucerne , située à la place où la Reuss sort du lac de Lucerne, est en général bien bâtie et renferme des édifices remarquables, et en !r'a titrés l'ancienne maison de ville, le grand hôpital, la cathédrale et l'église des jésuites, qui a été construite dans le |f%* siècle; les trois ponts couverts, destinés pour les piétons , et ornés d'anciennes peintures , méritent d'être visités : celui du Hof, qui a i38o pied»

gtieur, passe pour le plus grand et l'un s' s plus longs ponts de la Suisse. Lucerne avoit en l8lO une population fie (> 1 1 1 ames, et 617 maisons : elle esl environnée de charmantes promenades et 1 points de vue, surtout du côté de Kriems 1 1 du mont Pilâle.

Parmi li s principaux villages et bourgs du canton, on remarque Rolhénhourg , ftussveil , Schupfen ou Scliupfbeim, Hochdorf, Munster, Hitzkilch, et les petites villes de Villisau , de Sursée et de Sempocb; a demi-lieue de cette dernière, on aperçoit, dans une charmante position, la chapelle qui a été élevée pour rappeler le souvenir de la victoire que les Suisses remportèrent le 9 juillet i386 sur Léopold-le- Jeune, due d'Autriche; les exploits des vainqueurs sont peints dans L'intérieur , et leur? noms y sont conservés : 4 croix, en pierre entourent la chapelle et marquent le circuit de ce champ de bataille célèbre, où i3oo hommes en défirent 4ooo; un ossuaire, qui renferme les os des tués, est placé tout auprès : il est environné de beaux arbres, qui excitent, par leur ombrage, de douce; émotions , auxquelles l'a me est naturellement disposée dans cette terre sacrée pour les Suisses. Le village ou petit bourg de Munster, sur la Vina, mérite une attention particulière, à cause des services qu'il a rendus aux lettres dans le moyen âge, et surtout parce qu'il a eu l'avantage de posséder , dès l'année 1^70, la première imprimerie qui ait existé en Suisse : son couvent, fondé vers le milieu du o,.e siècle, par le comte Bero, Bouche des anciens comtes de Lentzbourg , est habité }>ar un prévôt et par 20 chanoines, et a des propriétés considérables.

Depuis Mallers, a 3 lieues de Lucerne, deux chemins conduisent dans la belle vallée de l'Entlibuch: l'un, plus long, destiné aux voitures, suit les bords de la \ ald Emmen; l'autre, plus court et plus inté- » int , n'est praticable que pour les piétons, et traverse le Bramegg : il est fatigant, parce que, pendant 2 beures, on n'a que des sentiers de montagne I parcourir; mais on est amplement dédona-

mage Je cette fatigue par la vue magnifique dont on jouit île tous les cotés : à gauche, on aperçoit le majestueux monl Pilate ; avec toutes les sommités qui l'entourent; à droite, le cours rapide et dévastateur del'Emmen ; derrière soi , les campagnes fertiles des environs de Lucerne, et les bords rians de la Reuss jusqu'aux montagnes du canton de Zurich ; on voit surtout, dans le lointain, PAlbis et la jolie petite ville de Zng , qui s'élève sur les bords de son lac, uni comme tin miroir. Bientôt on arrive dans la haute vallée de l'Enllibuch , qui a 7 lieues de longueur et 4 de largeur; les premiers objets qui se présentent à la vue sont le village même d'Entlibuch avec son beau temple , et la réunion de l Entlen et de l'Emmen ; la vallée offre de nouvelles beautés à mesure qu^on la remonte : Schupfen, surtout, se distingue par plusieurs points de vue curieux; au-delà de ce grand village, on peut suivre deux routes différentes : l'une conduit à Escholzmatt du côté de l'Emmenthal, et l'autre à Fluhîi, ainsi que vers les sources sauvages delà Valci -Enraie m

L'Enllibuch nourrit, pendant la belle saison, environ 900 têtes de gros bétail , plus de 800 chevaux , et plus de 11000 moutons ou chèvres: Je lait de 44oo de ses vaches sert à faire des fromages, et chaque vache donne 2 quintaux de fromage gras pendant l'été : chaque chèvre en donne 4o livres ; on vend presque tout le fromage fait avec du lait de vache aux habitans de l'Emmenthal qui le vendent eux-mêmes avec le fromage de leur vallée ; qui jouit d'une grande réputation en France, en Allemagne et en Hollande ; le fromage de chèvre se consomme dans le pavs : on le mange ordinairement avec des pommes de terre rôties. Les cochons sont encore un grand objet de commerce dansFEnllibucb ; on en compte un pour deux vaches : ils se nourrissent de petit lait. Sur quelques Alpes, on fait aussi du sucre de lait.

La filature du coton, du chanvre et du lin, occupe un grand nombre d'ouvriers, surtout dans les familles pauvres qui s'y adonnent en entier : il v a

des familles qui gagnent à ce travail jusqu'à 2 ou 3 (( nu g de Lucerne par an. C'est à Escholz-

matl el 1 Marpach ou Marbach qu'on fait le pius beau Dl de lin, et souvent la filature d'une seule livre s'y paie de 4o à 5o baiz.

1 e caractère des habitans de l'Entlibuch est plus intéressant encore el plus remarquable que leur pajs: nu honneur exalté , un amour passionné pour la liberté, un vif attacbement pour leurs montagnes et leurs compatriotes, de la gaîté et de la vivacité jointes à la légèreté de la jeunesse, une véritable politesse avec tout le monde, et surtout avec les étrangers, un esprit sarcasma tique mais non blessant : tels sont les principaux traits du caractère national; aucuns Suisses, excepté les Appenzellois, n'ont autant de vivacité, d'esprit et de grâces, et autant de goût pour les exercices gyranastiques.

L'Entlibucb se divise en 3 districts, qui formoient autrefois 3 bailliages; le bailliage supérieur ou d'Escholzmatt comprenoit les paroissesd'Escholzmattet de Marbach , avec une surface de 22 millions 5oo mille toises carrées, mesure de France, et 385o habitans; le bailliage mojen ou dfe Schupfen comprenoit les paroisses de Schupfen et de Flubli, avec 17 millions de toises carrées , et 3700 habitans; enfin le bailliage inférieur ou d'Entlibuch proprement dit coinprenoit les paroisses d'Entlibuch, de Hasli, de Romoos et de Doppîisehvand , avec 3o millions de luises carrées, et 5ooo habitans.

Page 1