‹ Statistique de la SuisseChapitre 20 sur 46 · CANTON DE SCHWITZ · texte numérisé non relu

CANTON DE SCHWITZ

§ î. Situation, Grandeur , Population , Climat*

J)j2Pûifl que Pacte de médiation de Buona parle a réuni au canton de Sehwitz la petite république de Gersau, ce canton a une surface de 3i lieues carrées et 4 17 millièmes ; il se compose de vallées et de hautes monlagoes placées entre les lacs de Zurich , de Zugeî des Quatre Cantons et entre les cantons de Zurich, de Zug, de Lucerne, d'Undervald , dTTri, de Glaris, et de Saint-Gali. Il a donné son nom à toute la Suisse, et est l'un de ces 3 premiers cantons dont les habitans ont illustré leur patrie en posant les fondemens de la confédération helvétique. En 1743 > on comptoit 28; 000 ames dans le canton de Sehwitz , en y réunissant la république de Gersau : dès-lors sa population s'est sensiblement accrue: en 1790, elle s'élevoità près de 02,000 ames. Le pays étoît divisée en 26 communes, parmi lesquelles on distinguoit celles d'Einsîedlen et de Sehwitz qui avoient chacune environ 5ooa habiians : Art en comptoit 21 35. La populaiion canton est évaluée à 3o,ioo ames dans le tableau officiel que nous avons donné précédemment , ce qui donne 96g habilans par lieue carrée. Le climat des vallées de Sehwitz est fort inégal, mais en tout il est plutôt doux que sévère } surtout dans la vallée du chef-lieu.

§. 2. Nature du sol, Montagnes»

Les montagnes du canton sont si nombreuses qu'elles le remplissent en entier. Plusieurs d'entr'elles Boni remarquables, soit par leurs productions des - végétal et minéral, soit par les passages qui \ ont été pratiqués, soit par les belles vues dont

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elles font jouir ceux qui gravissent jusqu'à lèâf sommet; mais aucune n'appartient aux plus hautes sommités des Alpes , à celles dont le froid exclut tome espèce, de végétation. Une des montagnes les plus dignes d'être visitées est , sans contredit ? le mont Rigi[mons Ri giclas, ou, suivant d'autres riions R( ginsi ou Regina montium) ; il s'étend le long des frontières du canton de Lucerne at au-dessus du lac des Quatre Gantons, dans un circuit de près de 10 lieues: son élévation est de 6700 pieds au-dessus de la mer Méditerranée, et il a i5o chaiets autour desquels plus de 3ooo vaches paissent en été : à ses pieds f du côté du midi, on voit mûrir la figue, l'amande et la châtaigne -, sur ses pentes élevées le botaniste recueille d'abondantes collections de plantes alpines, et le géologue trouve à faire une foule d'observations intéressantes. On peut gravir le Rigi fies 4 côtés de Goldau, d'Art , de Veggis et de Kusnacht, niais ie premier côté offre la route la plus agréable et la plus facile. Après une marche de 3 heures on arrive dans une petite vallée où se trouve une chapelle consacrée à Notre- Dame- des- Neiges ; c'est là que demeurent quelques capueins qui font le service de la chapelle, et c'est là le but d'un grand nombre de promenades dans la belle saison. Plusieurs auberges commodes y ont été établies ; la pureté de l'air qu'on respire dans cet endroit , les cures de lait que l'on y fait et les vues magnifiques dont on jouit dans les environs, y attirent beaucoup de pensionnaires, surtout parmi les personnes attaquées de maux de nerfs ou de vapeurs. En 1719, on fut obligé de rebâtir et d'agrandir la chapelle, parce qu'elle ue suffisoit pas pour contenir l'allluence des pèlerins. Le 8 septembre ; jour de la naissance de la vierge , les villageois des environs s'y rendent en foule ; le 22 juillet et le îo août, jour de Ste. Madelaine' et de S. Laurent, ils célèbrent, à Noire-Dame des Neiges, des fêtes en l honneur des bergers, et ils s'y livrent à toutes sortes de jeux et d'exercices gyinnastiques.

En moins d'une heure , on va de Notre-Dame-des- Neiges au sommet du Rigi , d'où la vue est l'une

plus belles de la Suisse, et vraisemblablement toute l'Europe. Le moment le plus favorable pour < a jouir esl celui de la demi-heure qui précède le lever du soleil , avant que le» nuages et les vapeurs eu malin se soient élevées dans les airs; alors, lorsque le temps est serein, un tableau immense et i fimmçnt varié se déroule sous les yeux ; on aperçoit briller nettement i3 lacs, savoir: ceux des Quatre Cantons, deZug, d'Egeri,de Lowerlz, de Durler, de S ai nen , de Lunger, de Roth, de Sempach, de legger, de llailvvî , de Mauen et de Zurich. Au nord, la vue se promène jusque dans le cœur de Iô Souabc ; c'est un relief coloré sur lequel l'œil plane en silence, comme l'aigle qui se balance dans i s hautes régions de l'atmosphère : à un spectacle aussi magnifique et aussi sublime, à l'ouïe des clo- « licites des troupeaux que l'on entend au-dessous de soi dans les pâturages de la montagne , il est difficile de ne pas ressentir les plus douces émotions ri de ne pas se croire transporté dans un monde étranger. La vue , du coté du raidi et de l'est, n'est pas moins remarquable : les hautes sommités des Alpes , couvertes de neiges éternelles , se présentent >i;le comme d'énormes géants, dans les cantons d Undervald , d'Uri , de Gtaris et des Grisons : en face de soi. on a l'énorme Piîate , voisin de Rigi ; il s'annonce comme le chef de ce troupeau , ou plulô.1 de cette armée de rochers, de tours et de pyramides qui semblent prêts à attaquer le ciel; on i\ ; (|ue la désolation et la mort régnent dans celte k. ira. eu se étendue où le silence le plus profond n'est ; >ien 7 -mpu que par les cris éloignés du vautour *: se l'onl n'eudre de loin en loin. Au lever du soleil la fene s'anime , les Glaciers et les lacs paroissent s enflammer . et la vie remplace la mort sur ce beau théâtre de la nature alpine.

I ftossberg oui Rufiberg, qui n'est séparé du Rigi qu,e par la vallée de LowerU , mérite aussi l'atten- Uon des amateurs oie ta belle nature; les éboulemens terre et en rochers qui s'en sont échappés le 2 i$o6 après une pluie continuelle de 24

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heures, et qui ont couvert un espace de 2 lieues de longueur, sur too pieds d'épaisseur et une lieue de largeur, ont répandu la désolation sur une des parties les plus belles et les plus fertiles du canton; 484 individus et 325 pièces de bétail périrent dans ce terrible moment; 2 églises, 111 maisons et 20 étables ou granges furent enfouies sous des rochers qui forment maintenant une nouvelle montagne. A peine iq5 habitons, privés de leurs parens, de leurs amis, tle leur fortune et de leur patrie, purent-ils sauver leur malheureuse existence ; on évalua à 2 millions de livres de Suisse la perte causée par ce désastre, dont la moitié fut supportée par leshahitans d'Art: la pitié et la charité des Suisses se développèrent dans cette circonstance ; au bout d'un petit nombre de mois, elles avoient déjà réuni une somme de 120 mille livres de Suisse qui furent distribuées entre les victimes du désastre , à proportion des pertes qu'elles avoient essuyées*

Jl seroit trop long de décrire en détail toutes les montagnes du canton , nous citerons seulement FEtzeî qui s'élève à 1900 pieds au-dessus du lac de Zurich , et d'où l'on a une des plus belles vues du pays, et nous observerons que ces montagnes donnent naissance à 4 vallées principales, dont deux an midi, savoir , celle de Lowertz , d'Art et de Golclau et celle de la Mut ta ou Muotta , et 2 au nord, savoir, celles d'Einsiedlen et de Yeggi.

§ 3. Lacs, Rivières, Bains*

Le canton possède une partie des lacs de Zurich, de Zug et des Quatre Cantons; le lac de Lowertz lui ap par lient en entier. Ce joli lac a une lieue de longueur sur demi-lieue de largeur et 54 pieds de profondeur ; il gèle dans les hivers froids , de manière que les hahitans des villages voisins le traversent à pied sec; ses bords charmans ont été mille fois décrits, peints et gravés; les ruines dont l'éboulement du Rossberglesa couverts, ajoutent à la singularité du spectacle qu'ils présentent; ses eaux, du côté de Seven , s'élevèrent

.1 la b^Dle^r de Go ou 70 pieds au-dessus de Jenr nveau , et demeurèrent, pendani un quarl-d'beure , dans une agitation extraordinaire ; elles enlevèrent un bloc pesant environ cent quintaux et le transportèrent à quelques pas de distance ; elles lançèrexH un bateau à plus de 1000 pas sur les hauteurs voisines • elles couvrirent tellement de décombres et de fange le village de Lowerlz , qu'il en deru ura caché , à l'exception du clocher qui se faisoit m ore. voir seul au milieu de ce théâtre de désolation.

Le canton de Schwilz n'a pas de grandes rivières, excepté la Linlh qui le borne au nord-est sur une longueur de 2 lieues; la Sihl, la IVIulla et l'Aa sont ensuite les 3 principales rivières ou plutôt les 3 principaux torrens qui l'arrosent. La première prend sa source au pied du Mièseren et se dirige au nord, du coté du canton de Zurich ; la seconde a son cours entier dans le canton et sort des montagnes frontières des cantons de Glaris et d'Uri: l'Aa traverse la vallée de Veggi et se jette dans le lac de Zurich; ces trois torrens inondent fréquemment les ierres voisines de leurs bords.

On trouve à Seven , au bord du lac de Lowerïz , des baius que les habilans du pavs fréquentent pendant la belle saison; il existe une source d'eau -.ouîree, près de l'auberge du mont fiakea, auueasujs du bourg de Schwitz,

§ 4* Produits du pays.

las habilans du canton de Schwitz sont un peuple berger,, ils excellent dans ie soin du bétail, et aussi leurs UêlesàcQfne passent-elles pour les plus belles de la Suisse, quoique les pâturages du Rossberg, du Pragel, du Uaken et des autres montagnes du canton ne soient pas les plus gras des environs. Plug de 30,609 tètes de gros bétail paissent en été sur les, Alj.es de Schwilz, et il s'en vend chaque année < "uron 7>0Qp ; le prix d'une vache est de 10 à 20 K>JMSj ( Mrs sont noirâtres ou brunes et ont les jambes r.juiia et la peau mince. Les plus gros bœufs que

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l'on ait vu en Suisse ont été élevés dons la valîée de la Sibl: celui que Ton tua pour îa fête de YEngetveihe , eu 1777, pesoit 3o quintaux; on peut voir son portrait, car ceux qui le possédoient ont eu soin de le faire peindre. La plupart des fromages fabriqués dans Se canton , traversent le Saint- Gothard; mais ils ne jouissent pas de îa même réputation que le bétail , et l'exportation n'en est pas aussi avantageuse. Les moulons, les chèvres el les chevaux ne sont pas en grand nombre dans le canton ; quant aux loups, aux chamois et à d'autres animaux sauvages, ils sont devenus Ires-rares , et sont la proie des habiles chasseurs du pays, aussitôt qu'ils se hasardent à se faire voir.

L'agriculture est négligée dans tout ie canton, et presque ignorée dans plusieurs vallées, où l'on ne eonnok ni îa charrue ni le fléau ; les habita 11s consomment peu de blé, et y suppléent par les divers produits de leurs troupeaux; quelques personnes croient que les nuages et les brouillards, qui couvrent souvent le pavs , l'empêchent de mûrir ; mais la principale cause de la rareté du blé est la négligence que l'on met à le cultiver ; négligence qui est due à ce que l'on tire un produit plus considérable des prairies et des bestiaux, et qu'ainsi on leur sacrifie toutes les autres occupations: cependant les fruits abondent dans le pays; on en mange une partie frais ou séchés ; et Ton fait du cidre avec le reste.

La tourbe est tellement commune dans le canton, qu'on pourroit en tirer un grand parti, si le prix du bois augmentoit, et si les moyens de transport de» venoient plus faciles.

§.5. Histoire , Mœurs des habit ans»

Les habitans des trois premiers cantons de la Suisse* connus aussi sous le nom des trois Vaîdsteltes , ne jouent aucun rôle dans l'histoire avant le 9. e siècle ; ils se mirent alors sous la protection de l'empire, el dès le i2.e siècle ils contractèrent ensemble des

irai 1rs d'alliance, que l'on peut regarder comme la première base de la confédération helvétique. Au momepl où ils chassèrent leurs gouverneurs autrichien?, en i3o8, le canton de Schwitz éloit de moitié plus petit qu'aujourd'hui ; car ce ne fut qu'au i5." siècle qu'il acheta Art et Russnacht , que les Appenzcilois lui cédèrent le pays de la Marche, et qu'il enleva aux Zurichois le petit pays connu sous le nuin des Fermes [die Hôfe), situé sur le bord du lac de Zurich : l'acquisition de la vallée d'Einsiedlen est d'une date postérieure. Les habitans de ces petites provinces, excepté ceux d'Art , ont été sujets des hommes libres de Schwitz, jusqu'en 1798, année où l'entrée des troupes françaises en Suisse opéra une grande révolution : Schwitz s'opposa d'abord à l'introduction de la nouvelle constitution dictée par la république françoise, et brava avec héroïsme la puissance colossale de son ennemie ; il fut obligé de céder, après une lutte longue et sanglante. Mais, pendant l'automne de l'année 1802, il reprit les armés > et de\int le centre de l'insurrection qui éclata contre la constitution helvétique, et qui dura jusqu'au moment où l'acte de médiation du premier consul INapoléon vint fixer le sort de la Suisse : la chute de ce conquérant a rendu à Schwitz une partie de son ancien état, mais n'a pu rétablir tous ies privilèges dont il jouissoit au préjudice des habitaps de la plus grande partie du canton.

Le bien-être des ba bilans des vallées de Schwitz tut cruellement ébranlé pendant les guerres de la fin du iS.° siècle; une foule de gens aisés devinrent pauvres, et les pauvres devinrent mendians. Après l'insurrection du mois d'avril 1799, 'e bourg de Schwitz, dans le mois de mai seulement, eut à loger plus de 6000 hommes de troupes françoises et de IOOO chevaux; des réquisitions de toute espèce se t m ni dans le même temps, et les habitans ne purent pin, disposer ni deux-mémes ni de leurs propriétés.

raoonenl de l'invasion faite à Schwitz par les I rançois, dans IVié de 1799, et de la retraite des àmricbieoâ , h. plupart des habitans de la vallée du

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chef-lieu s'enfuirent dans les montagnes et clans les forets , ou même hors du canton : à la fin de Tannée, on comptoit dans le pays 200 pères de famille fugitifs, et Von trouvoit des villages entiers sans habita ns ; les soldats, établis dans les maisons abandonnées, pillèrent tout ce qu'ils purent emporter; le foin fut enlevé dans les granges , en sorte qu'il n'en resta plus assez pour nourrir les troupeaux à leur descente des Alpes ; un grand nombre de pièces de gros bétail furent ou emmenées par les troupes, ou tuées pour leur usage,

La misère en vint au point, au commencement de 1800, que plus du quart de la population étoit réduit à la mendicité ; dans la seule vallée de la Mu! ta, six ou sept cents hommes, c'est-à-dire les trois quarts des habitans, se firent inscrire sur le tableau des pauvres ; en outre plusieurs centaines d'enfans, ne pouvant plus être nourris par leurs parensj abandonnèrent leurs villages, et furent recueillis par la pitié, soit dans le pays, soit au-dehors, La population souffrit de toutes ces causes; ^36 hommes avoient été tués dans des insurrections particulières } ou bien en combattant contre les François.

Au reste, le canton s'est remis assez promptewent dans son ancien état ; c'est là l'avantage qu'ont les peuples pasteurs sur ceux qui sont livrés à l'agriculture ou au commerce; ils fle possèdent que leurs chaumières, leurs troupeaux et leurs fourrages, et ne connoissent point d'autres richesses; ils souffrent plutôt que d'autres de la guerre, mais leurs plaies sont aussi plutôt guéries.

L'amour de la patrie et de la liberté est poussé k l'excès dans le canton de Schwitz; les habitans «ont orgueilleux de leur constitution, de leurs lois et île tout ce qui tient à leurs pays ; ils sont généralement grands , forts , d'une belle figure , et supérieurs, sous tous les rapports, aux habitans du canton d'Un leurs voisins ; ils sont gais, vifs, courageux , forts (Famé aussi bien que de corps; au milieu des époques les plus malheureuses de la révo-

2JjO Si VUSTiOlE DE LA SUISSE.

luiinn , on a vus conserver leur gahé, et rie ser huer quf momentanément à la douleur ou à Fabattç nient. Au rrst r ? ce tableau convient surtout à Ici partit' mi rilionale du canton, à celle qui, pendant cioq siècles, a exercé les droits de la souveraineté; les bail! la os de la vallée d'Einsiedlen , et ceux qui se rappryoclieqt des bords du lac de Zurich , sont moins nfs, moins gais, plus froids et plus réservés : eu vovoit au î refais dans le voisinage du couvent d'Einsiedlen un grand nombre de roendiaus qui n'a voient rien de la noblesse des manières et des Beqûmens de leurs compatriote s.

Les babitans de Schwitz conserveront l'originalité de leur caractère tant qu'ils ne se livreront point au luxe et tant qu'il ne s'établira pas de trësrgrandes différences mire les fortunes des babitans; les propriétaires les plus aisés; ainsi que leurs femmes et leurs enfans, poiient encore l'ancien habillement national , comme les babitans les plus pauvres : leurs habitations sont souplement meublées, et ils ne se distinguent guère que par plus de propreté.

§ G. CcKslilution politique , Revenus de V État.

Ll canton de Schwitz professe sans partage la religion catholique ; ses institutions politiques forment une démocratie pure, et l'autorité souveraine réside dans l'universalité des citojens ; chaque habitant devient soldat, et est obligé au service de la milice dès qu'il a atteint l'âge de seize ans.

Le canton est divisé en six districts , savoir, ceux ue Schwitz, de la Mark ou la Marche, d'Einsiedlen, de Kussnaeht, de Vorderhof (ferme antérieure) et d'il inlerVrof (ferme postérieure); dans chacun d'eux il v a un conseil de district et un tribunal de premier^ instance; les tribunaux supérieurs siègent à Scliu ilz.

l/asaemqlée générale du canton, ou assemblée pu,vçraine, se compose de tous les eitovens âgés de seize ans ou plus; elle s'assemble tous les deux ans fi S 1ns iu , le premier dimanche de mai : die nomme

STATISTIQUE DE LA STJÏSSE. s5l

à voix haute et par levée des mains, le Ianclamniann , le slatthalier, le banneret, le trésorier et l'inspecteur de l'arsenal ; ainsi que les députés à la Diète ; elle délibère sur les alliances , les conventions , les déclarations de guerre et les traités de paix. ; elle sanctionne les lois générales.

Dans chaque district, l'assemblée particulière se réunit une lois par année pour nommer ses principaux magistrats, et faire toutes les ordonnances qui sont de sa compétence.

Le conseil triple est composé de 270 membres ordinaires et des premiers magistrats ; il s'assemble ordinairement deux fois par an, donne des instructions aux députés de la Diète, et entend leurs rapports.

Le conseil du pays, composé de 90 conseillers, dont 60 sont du district de Scbwitz, outre le land animant] , le stattbaîter , le trésorier , le capitaine , le banneret et l'inspecteur de l'arsenal, a l'initiative des projets de lois, et exerce la haute police; l'organisation des milices et le jugement des causes criminelles lui appartiennent. Dans les cas capitaux, le conseil double , composé de tous les membres du conseil du pays et d'un nombre égal d'assesseurs > juge souverainement.

Chaque district a un conseil qui soigne la police et dirige l'administration : le conseil de Scbwitz s'assemble une fois la semaine, et dirige les affaires générales du canton; dans les cas importans, il convoque le conseil du pays.

Le tribunal du canton est composé de membres de tous les districts, clans la même proportion que Je conseil du pays ; il juge en dernier ressort les procès civils et les procès pour injures , dont on appelle des tribunaux de district : mais l'appel n'est permis que dans les causes dont la valeur surpasse 200 florins

Le tribunal des neuf juge les causes qui touchent riionneur et la réputation, et celles qui concernent le» héritages, les enclos et limites, les ponts et les chemins.

jjj S'FATLsTTO! E DE T,A SUISSË,

Le tribunal des sept juge les autres procès civils fjui concernent la propriété.

Qi iqufe commune a un conseil $ église ou conseil communal, auquel apparlient l'administration des affaires de l'église el de la communauté , ai «si que la tutelle des miueurs et le soin des pauvres; les membres de ce couse1*!» sont nommés par l'assemblée générale de la commune, qui (fécide elle-même sur fa affaires les plus importantes.

On >oit d'après ce qui précède, que la bourgeoisie de la partie souveraine de Sehwitz a perdu une partie de ses privilèges, en les partageant avec ses anciens sujets ; cependant elle en conserve encore de considérables , et en temps ordinaire elle dirige les affaires générales : le gouvernement central réside à Schwitz, et ce bourg, par un effet naturel de sa position , a conservé son ancienne prépondérance dans le canton.

Les revenus de 1 état sont petits ; ils se bornent à quelques droits de douane établis sur les marchandises qui traversent le canton , à un droit d'ohmgeld ou d'octroi sur les denrées , à des amendes et à quelques bénéfices sur la vente du sel ; il a été établi récemment dans le district de Scbwîtz un impôt sur le café, le sucre elle tabac; les dépenses publiques sont proportionnées aux revenus; dans les cas de dépenses extraordinaires , la landsgemeimle, ou l'assemblée générale du canton , pourvoit aux besoins de l'état par de nouvelles taxes.

§. 7. Industrie et Commerce.

TA xvotitation du bétail procure ebaque année au canton im bénéfice de près de 800 mille livres de Suisse ; celle des fromages, du beurre et des peaux e t moins considérable : on exporte du bois par les lacs de Zurich et de Lucerne. Le canton n'a d'artisans que ceux dont il ne peut absolument pas se passer; il ne possède d'autres fabriques que celles qui existent à Geisau. On trome à Linsiedleu une petite imprimerie pour des livres de prières, et une

autre a Schviiz pour les acles dû gouvernement. Le transit par terre des marchandises étrangères est peu considérable , à cause du mauvais état (les routes; mais les habitans des bords du lac de Zurich et ceux de Brunneii gagnent quelque chose sur le transport des marchandises qu ils font dans leurs barques: enfin, parmi les revenus du canton, il faut compter le gain qu'il fait chaque année, et surtout la vallée d'LCinsiedlen , sur la foule des pèlerins qui viennent visiter l'image de la sainte Vierge, et qui accourent, dans ce but pieux, de diverses parties de la Suisse, de la Souabe et de l'Alsace; mais le nombre de ces pèlerins, qui étoit prodigieux autrefois, a sensiblement diminué, et surtout on ne voit plus parmi eux des princes, des princesses, et d'autres riches adorateurs de la Vierge , dont les aumônes et la dépense sursoient amplement pour faire prospérer le bourg d'Einsiedlen. Maintenant les lia bilans de la vallée sont obligés de chercher dans le travail d'autres ressouces que celles qu'ils dévoient a la renommée des miracles opérés par leur sainte image.

On n'a point établi de balance exacte entre les importations et les exportations du canton.

§ 8. Etat de V Eglise et de V éducation , Hommes célèbres.

La religion dominante est la religion catholique; le clergé relève du vicaire général apostolique de Munster , qui a un commissaire dans le canton , pour y exercer ses droits ; on compte un ecclésiastique sur t2G ames , et 25 églises paroissiales dans le pays; chacune de ces églises a son conseil ecclésiastique ou sa fabrique qui administre ses revenus, et qui se compose de tous les conseillers de la commune. Il existe dans le canton une foule de chapelles, et en outre six couvens, savoir, l'abbaye d'Einsiedlen, de l'ordre de Bénédictins, dont l'abbé a le titre de prince, l'abbaye de femmes de la vallée de Multa, de l'ordre de àaint-François , l'abbaye de femmes

. j STATISTIQUE DE T.A SUISSE,

de SùhttiWj de Tordra de Saint-Dominique, le couvent (Us DaptN :ins de Schwitz , le couvent de Je rames existant a Au j près dlEinsicdlen , de l'ordre de Saint- Reuuit r Bl 1 hospice des capucins placé sur le Rigi.

Le principal de ces couvens est celui d'£irisîè*dïëri , établi dans la vallée du même nom, à 29^8 pieds aude&us de h mer; il doit sa première fondation à IWeinrad, comte de Hohenzollern , et religieux de l'abbaye de Reichenau, qui vivoit dans le 9 e siècle, et qui* bâtit une cellule au milieu des forêts dont cette vallée étoil alors en entier recouverte : il y vécut 3o ans en hermite, et fut assassiné au bout de ce temps. Dans le siècle suivant, un autre comte, nommé Eberard , fonda un couvent dans celle même place, et obtint de l'empereur la propriété des vastes déserts qui l'entOuroient : l'abbé de ce couvent reçut de l'empereur Rodolphe de Hapsbourg le titre de prince, en 1274. Cent cinquante ans plus tard, l'Autriche céda au canton de Schwitz tous ses droits sur le couvent et le pays d'Einsiedlen , qui , dès lors jusqu'en 1798, sont demeurés sujets de ce canton* Les moines du couvent, excités par les prédications de Zwingle, qui fut curé d'Einsiedien , embrassèrent la réf< rmation , et ifs auroient sans doute entraîné , par leur exemple, tous les habitans du pays, si leurs souverains de Schwitz n'avoient fait des efforts prodigieux pour les contenir dans les anciennes croyances; on remplaça les moines réformés par dauires moines, et dans la suite ce couvent acquit d'immenses richesses; les pèlerins y abordèrent en foule, en sorte que dans tout l'Europe on ne'conridisso'it que l'image de Notre-Dame de Lorrette qui en attîrat davantage. Le couvent fut pillé par les troupes françoises en 1798 et en 1799, et la chapelle sainte ne fut point respectée : on dit même que l'image sacVéè de la Vierge fut profanée et enrdyée à Puis; mais avant cet événement les moines atWerii mis en sûreté les objets les plus précieux du COuveijl , et ils assurent que l'image véritable et miraculeuse ai Ut été transportée en Tjrol, d'où ils 1 oui l'ait re>eulf ensuite.

I a plus célèbre des chapelles du canton est celle de Kussnacht, qui rappelle aux Suisses de grands événemens; on l'appelle aussi chapelle de Tell au ckeinvi creux , parce que ce fut en cet endroit, dans un chemin creux, que Tell tua Gessler d'un coup de flèche, le 18 novembre IJ07.

Les babitans du -canton sont superstitieux et adonnés à toutes les pratiques les plus minutieuses du catholicisme : la réformation avoit fait , dans son origine, quelques progrès parmi eus , surtout à Art ; mais i!s lont chassée à force de persécutions ; ils manquent d'éducation j ce qui les empêche de devenir ce qu'ils devroient être naturellement, et de parvenir au point 011 leur esprit vif et intelligent sembîeroit devoir les conduire : ce «ont ordinairement les curés et les chapelains qui dirigent les écoles ; mais le plus souvent ils ne donnent de leçons que pendant l'hiver, et même pendant deux mois de l'hiver. Dans plusieurs villages, il n'existe point d'instruction publique ; d'ailleurs les paroisses sont si grandes et les maisons si fort disséminées, qu'il faut quelquefois faire deux ou trois lieues, tt même davantage, au travers de montagnes escarpées, pour arriver à l'école, et ces voyages journaliers sont difficiles en hiver; de là vient que peu d'habitans du pays savent lire , écrire et chiffrer ; les pareils riches envoient leurs enfans s'instruire en pays étranger. On trouve à Rlosterli un séminaire, ou école latine, dirigé par un recteur et par deux maîtres, qui sont ordinairement ecclésiastiques -, les études que l'on fait dans ce séminaire sont peu profondes.

II n'existe pas de bibliothèque publique dans le canton ; celle d'Linsiedlen est riche, mais seulement en ouvrages ecclésiastiques et scholastiques : en fait de collections particulières, on admire le beau cabinet dans lequel Hedlinger a réuni toutes ses médailles , outre plusieurs piècrs rares étrangères. Ce célèbre graveur étoit né à Schwitz , et mourut en 1771 , âgé de 81 ans : personne n'a mieux réussi que lui à imiter l'antique j on cite entr'aulres une de ses mé-

iàlHei en bronze | représentant d'un côté une tète, ei de l'autre un hibou, avec le mot lagvm , éc*n en caractères grées; ce mot signifie honnête en suédois. CeU6 médaille étoit si parfaitement exécutée que les oonboisseurs eux-mêmes la prirent pour un antique; Hedlinger s'amusa quelque temps de leurs conjectures, avant de les mettre sur la voie de la vérité.

Le canton de Schwitz a aussi donné naissance à Verne* Stauftacher, l'un des fondateurs de l'indépemlance de la Suisse, et à sa femme Marguerite f iorlohig , qui le seconda puissamment dans ses généreux efforts. Einsiedlen est la patrie du célèbre Paracelse, qui opéra dans le t6.€ siècle une révolution dans les principes de la médecine et de la chimie : le hameau de Bibereck , dans la paroisse de Rothenthourm , se vante d'être le berceau de KUuslre famiiie de Reding, qui a fourni à sa patrie un grand nombre de guerriers et de magistrats distingués.

§ 9. Cartes géographiques , Ouvrages à con* sulter.

Les meilleures caries du canton sont celles de l'atlas de Meyer, et ceile qui accompagne l'Almanaeh lieiv clique pour Tannée 1807. La description statistique de Normann, ainsi que celle de l'Almanach helvétique que nous venons de nommer, sont estimées. On n'a point d'histoire particulière du canton, mais on trouve cette histoire décrite avec beaucoup de détails dans les ouvrages qui concernent toute la Suisse , et rn particulier dans Zachokke.j et dans Jean de Miïller. Relativement à la (liute du Hossberg, on peut consulter les deux oui rages suivaus :

J. //. àfeyer'j der Bergfall bey Goldau , etc. , ou Chute de montagne près de Goldau , avec deux faillies à l'eau Ibrte. Zurich, 1806.

Le (facteur Ch. Zay, Goldau und 3 etc.,<m Goldau et iei environs j tels qu'ils sont devenus. 8.° Zurich , 11807 î avt'c uuy carie

§ 10. Description particulière de quelques portions du Canton*

Le bourg de Schwitz est bien bâti et renferme quelques beaux édifices ; il est situé au pied du jYjvthen qui*est élevé de 5868 pieds au-dessus de la mer. Depuis le Ski , maison de campagne à un quart de lieue du bourg, on jouit d'une vue superbe sur les lacs de Lowertz et de Lucerne et sur un grand nombre de vallées riantes et fertiles, appartenant soit au canton de Schwitz , soit aux cantons voisins.

Le beau village d'Art, au pied du Ruffi ou Rossberg , et au bord du lac de Zug, mérite d'être visité*, on y voit un immense bassin de fontaine, formé d'un seul bloc de granit ; et la bibliothèque des capucins qui renferme quelques ouvrages rares sur l'histoire de la Suisse. La famille de Reding ayant acheté la seigneurie d'Art, donna à ses habitans une entière liberté , en i448.

Le district de la Marc h ou la Marche s étend depuis les bords du lac de Zurich jusqu'aux confins du canton de Claris : le Veggithal en fait partie; son nom de Marche ou frontière lui vient de ce qu'il servoit autrefois de limites à la Rhétie ; on admire dans ce district la beauté des bestiaux qui constituent la principale richesse des habitans.

La vallée de la MuolUi ou Mutta a 3 lieues de longueur et s'ouvre à trois quarts de lieue de Schwitz : on y remarque plusieurs belles cascades et le couvent de religieuses de Saint-Joseph, dans lequel les étrangers reçoivent l'hospitalité : les habitans de cette vallée se distinguent des autres habitans du canton par un costume, un dialecte et une expression de physionomie particuliers; ils fabriquent, soit en érable , soit en sapin , des tables d'harmonie à l'usage des luthiers qui en font des clavecins, des violons et d'autres inslrumens de musique; ils choisissent, pour ce travail, les bois qui ont cru sur les plus hautes montagnes et sur les pentes exposées au

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nord , comme étant plus élastiques et plus sonores que ceux qui ont cru clans une autre exposition. fcritnnerb, au bord du lac des Quatre Cantons, est bal lié par un grand nombre de bateliers qui s'oct ri ( nt du transport des marchandises qui doivent pa$stf le Saini-Gothard ou qui en arrivent ; c'est jà où 1rs représentons des trois premiers cantons ^ t in b! oient fréquemment , dans l'enfance de leur confédération, pour consulter sur leurs intérêts coin m u ns.

La république de G ers au > réunie depuis 1798 au canton de Sebwilz, é'loit autrefois, avec celle de Saint-Marin , en Italie, le plus petit état libre de 1 Europe ; elle a joui pendant plus de 4 siècles d'une complète indépendance : placée tau pied du Rigi cl m bord du lac des Quatre Cantons, vers le milieu de la longueur de ce lac, elle étoit protégée par les hautes montagnes qui l'environnent; sa richesse eonsisloit dans ses nombreux arbres fruitiers, dans ses riches pâturages et dans son bétail ; son territoire avoit une lieue de largeur, et 2 lieues dans la plus grande longueur en remontant depuis le lac jusqu'au sommet de la montagne voisine. Ses babitans se pourvoient a Lucerne du froment qui leur manque, et à Altorf du vin dont ils sont aussi privés ; ils nourrissent de grands troupeaux de moutons, de cbèvres et de cochons, outre 1200 têtes de gros bétail. Les principaux objets de leurs exportations sont du bétail j du beurre , des fromages , des peaux, des laines et des fruits: les maisons situées au bord du lac forment , avec l'église de Saint- Marcel et avec une belle maison de ville \ ce qu'on appelle ordinairement le bourg de Gersau ; les habitans ont lait, des l'année 1760 , des gains importons dans la préparation des soies d'Italie, qu'ils filent , torde»! et dévident, et la population s'est, acetfue en conséquence ^5 en 1743, elle n'étoit que de «nus, dans toute la république; en 1797,

«Hc sYle\ <>il à ijoo.

Le* habkatos de Gersau, qui alors ne formoient en tout (jue 20 familles; achetèrent, en 1390, leur

indépendance pour Gcjo livres, et se firent céder par leurs seigneurs , qui étoient les Sires de Moos du pays d'Uri, les titres et contrats relatifs à leur pays , qui avoieut été possédés par la maison d'Autriche : i'tmpereur Sigismond confirma leurs privilèges . en t433, et dès-lors leur indépendance a été respectée jusqu'à Va fin du i8.e siècle ; ils l'ont, réclamée tout récemment encore auprès de la Diète helvétique ; mais leur demande qui étoit contraire au pacte fédéral de la Suisse , n'a pu leur être accordée; dès l'année \3\5 ils étoient liés par un traité avec les 3 premiers cantons , et eu f$âg cette alliance fut étendue au canton de Lucerne ; ils servirent la cause des Suisses dans leurs guerres contre la maison d'Autriche : leur constitution étoit démocratique et avoit une grande analogie avec celle des petits cantons de leur voisinage; la landsgemeinde étoit souveraine et se composoitde tous les bourgeois âgés de plus de 16 ans ; elle élisoii un landammaim qui demeuroit 2 ans en charge, un sihatlliahcr , un trésorier , un secrétaire et 9 conseillers d'état : les armoiries de la république étoient ronges et bleue? et représentoient 5. Marcel; patron du pays,

: ( o STATISTIQUE DE LA SUISSE.

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