RÉSUMÉ
La description que Ion vient de présenter se compose de beaucoup d'observations éparses, qu'il s'agit de rassembler sous un même point de vue, pour prendre une idée plus précise de la constitution de la contrée.
On a fait voir que la partie orientale du sommet de la chaîne principale de l'Apennin , qui traverse leterritoiredeMontenotte,étoit forméede serpentine.
que ce terrain passoit aux roches micacées et même au granit vers le centre, et qu'ensuite il étoit remplacé par les schistes et le calcaire de transition vers Fextrémité, en se rattachant aiix Alpes Maritimes; on a de plus indiqué lespéce de granit constituant le sommet de FApennin au centre de sa chaîne.
Le littoral vers la mer souffre quelques exceptions. Il est recouvert à Test par un schiste micacé , talqueux, de galets et de poudingues stratifiés de grès, entre Varazze et Albissola; par le terrain de sédiment semblable à celui qui constitue la partie nord du département, sur les parties élevées correspondantes entre les mêmes points; par le calcaire compacte , entre Yado et NoU ; et enfin par des brèches calcaires coquillières, mêlées de chaux calcaire dans la vallée de Finale jusqu'aux limites ouest du département. On a indiqué, comme un fait digne de remai*que, les couches de grès rouge bolaire et les amas de galets recouverts, près du sommet et au centre de la chaîne, les couches de houille et les dépôts d ossements d animaux renfevmés dans ce combustible.
En décrivant le revers septentrional de TApennin, on a fait voir que le calcaire grenu étoit stratifié avec les roches primitives, principalement dans les parties élevées de la vallée du Tanaro, à Fouest du département; que la serpentine se prolongeoit très avant à lest jusqu'au terrain tertiaire , et que la région moyenne étoit généralement occupée par le grès du r thonschiefiPer stratifié avec une argile endurcie; que ce terrain de sédiment étoit ordinairement précédé par un amas de galets, de poudingue gréseux, et de grès en masse à gros grains, formant des bancs fort épais ; que le terrain de sédiment étoit recouvert par le terrain tertiaire coquillier , mai s par places et superficiellement, notamment dans les environs de DogUani, dans la vallée du Belbo et à la partie nord-est de FOrba; et qu enfin ce terrain tertiaire remplaçoit totalement le précédent à Fextrémité nord du département, au-dessus de la vallée d'Acqui. »
Nous avons fait une description particulière des environs d'Acqui, dont le terrain de sédiment semble caractérisé par les accidents suivants: i® par la grande quantité de pyrites qui existent dans les bancs d'argile; 2*^ par les dépots de fer oxidé qui paroissent résulter de la décomposition de ces mêmes pyrites, mais qui, en raison de la friabilité et de la légèreté de la matière,
ont dû être plus exposés aux ravages des eaux pluviales, et en grande ]>artie dispersés dans le terrain environnant; 3^ par les couches de tuf calcaire ou d'incrustation , que Ion trouve souvent à d'assez grandes hauteurs, et en bancs fort épais ; 4^ enfin par le gypse réuni quelquefois en amas fort considérables dans une terre argileuse.
Sur quoi nous avons fait remarquer, i * que le tuf calcaire a la pltis grande analogie avec les incrustations produites journellement par les fontaines thermales et sulfureuses; 2* que l'odeur hépatique que ce tuf dégage pendant la calcination , en confirme l'identité ; 3*^ que les stalactites formées par ces eaux ne sont que des accidents de forme de la même matière; 4"^ que le gypse peut être attribué à la même formation , puisqu'il se trouve dans les mêmes circonstances que le tuf, et qu'il en forme une des parties constituantes 4ont la proportion peut aller jusqu'aux sept dixièmes de la masse, ainsi que le prouve l'analyse des stalactites.
Nous ne devons rien hasarder sur l'explication d'un phénomène aussi peu approfondi que celui de la production des eaux thermales et sulfureuses, mais nous croyons pouvoir tirer de ce qui précède deux conséquences importantes.
La première, que la plupart des substances que l'on a indiquées comme étant particulières aux environs d'Acqui, semblent produites par ces eaux ou avoir contribué à leur formation; en second lieu, que ces eaux ont dû autrefois couler sur des points beaucoup plus élevés que le niveau de l'orifice des sources actuelles, et qu'elles oïit dû être plus généralement répandues, plus actives et en même temps plus chargées de matières propres à être déposées.
Les observations géologiques qui ont été faites suffisent pour rendre ces contrées intéressantes au naturaliste et inspirer le désir de les méditer avec plus de soin : d'une autre part le règne minéral semble y avoir prodigué ses trésors.
Nous rapporterons brièvement les principales annotations recueillies sous le rapport de la minéralogie, en commençant par les substances pierreuses.
On a indiqué les excellents matériaux de construction fournis par les pierres de taille de Varraze, la pierre calcaire de Finale, et le grès de la vallée d'Acqui.
yS CHAPITRE I.
Parmi les poudingues nombreux du département ^ plusieurs mnt propres à former des pierres meulières^ on s en sert généralement dans 4e pays. Celles qui ont plus de réputation se tirent de Ceriale et des vallées de Finale et d'Albinga, doik on les transporte sur les côtes environnantes.
On a fait remarquer les carrières de marbres exploitées dans les environs deGiu*6Ssio ; plusieurs de ces marbres sont susceptibles de rivaliser avec les plus beaux de Serra veua et de Porto-Venere.
Les marbrer et les^ serpentines de Morbello, non encore exploités^ mais susceptibles de Fétre, fourniroait pkisieurs autres variétés de matériaux précieux aux arts, ût doût en coniK^tra plus particulièrement le prix, quand les routes, qui Ouvrent de toutes parts des communications dans le département, permettront de les transporter dans Imtérieur du Piémont.
La pierre à chaux est d'une qualité supérieure^ principalement sur le bord de la mer à Cogoletto et à Vado. La chaux que Ion fabrique en grand sur ces deux points est transpwtée sur presque toute la rivière, notamment à Gèttes et dans les Alp^ Maritimes.
Le calcaire de port MlMiric^e est moins exploité en raison de la Mreté du combustible. On a vu que cette pierre étoit très répandue sur toute la région nepd du dépattelnent.
Le gypse y abonde égaletn^nt ; on vient de citer celui des environs d'Acqui, On en a lîrouvé récemment près de Stella, à deux lieues de Savone^ qui est d'une nature différente et qui donne, par une très légère calcination, un plâtre excellait.
Les argiles se trouvent en quantité considérable dans les envir^is de Savone, et alimentent de nombreuses manu£sictures de poterie commune et de briques, dont on transporte fes produits dans tous les ports de la Méditerranée. •
Panni ces arg^lefc, aa doit distinguer le kaolin et le petusé de Varigotti et de Saint-Clément, encore trop peu connus, mais qui sont susceptibles de rendre des services importants au perfectionnement des potées blanches de Savone. Le revers nord de l'Apennin en fournit également des espèces très variées; parmi cdlesKsi, il se trouve dans le canton de Morbello, des ai^es magnésiennes parfaitement blanches.
TOPOGRAPHIE. 7g
Si nous passons aux substanœs salines^ nous raj^Herons ainsi qu'il suit les principales annotations.
Les sulfates de fer et d alumine peuvent être récoltes fort abondamment , et avec la plus grande facilité, de la plupart des couches de houilles Ugnites sulfereuses qui occupent conslamment la partie supérieure du teirrain de sédiment ^ dans la région nord du département , et plus particulièrement dans les environs de la Stetta, sur le revers méridional de TApennin^ où ces sels affleurent naturdlement sur le sol en quantité considéiable, et oii la houille suffiroit pour fournir à cette fabrication tout le combustible nécessaire.
Le 9«il&ite de magnésie a déjà été extrait en grand au^lessus d' Albissola. Cette fabrication pourroit être reprise sur les mêmes points, et tentée sur une foule d aujùres. On a donné de nombreuses indicadons de rodbes Sttsoepiiblefide produire ce sel. On a jBnit observer que ces roches paraissent être très communes dans lajJupartHles terrains s^pei^tineux/Qt talqueux* On a principalement in» diquéMorbello, où le^ulfiiM de magnésie affleuiAspontaiiéments^^ ronnant. Le sulfate de cuivre pourroit s extraâraen même temps que le sulfaite de magnésie, dans la plupartdes^seme«ts proposés, mais em petite quantité.
On Fobtiendroîtpkisavantageusement et plii« en grand^en traitant convenablement le filon des pyrites cuivreuses, cpie nous avons indiqué à Albi»^ sola-Marine.
Les indices de combustiUes miniéraux «se rencontrent de tontes parts dans le département. Ils ne sont cependant pas^tous susceptibles d'eocploitation; les petites couches de houille Jignite, qui. recouvrant lé terrain de sédiment, doivent être rangées dans ce nombre. La couche la pfasrimportante jusqu'à présent, est celle des mines de Cadebone,<{iii est la mieux reconnue en raison des travaux que F-on y exécute depms qiAelque'temp&; mais il est pDobable que quand les usage» 4e ce combustil)le.se|^(mt^lus.généml6m€ffit adoptés, le besoin ou l'intérêt feront découvrir de nouvelles .mines au moins aussi abondantes. Lesprincipaux afHeureme»tsobservés,ietqui pourr^Heutdonner heu à des exploitations, sont ceux de la lioutlleicompacte de Morbello^ les lignites du mont Acento, confins de Cartosio et de-Grognardo, les houilles luisantes de Molare sur les rives«occidentales de TOrba, etpeut-iétre les cou^ ches de Bagnasco et de'Stetta.
8o CHAPITRE L
Les substances métalliques sont très généralement répandues dans ces contrées ; le plomb paroit très abondant ; on a cité les mines de plomb sulfuré d'Argmitière, près de Savone, celle de Fipale et de Castel-Novo, comme ayant été exploitées.
Il existe d autres gisements de ce minerai qui mériteroient plus particulièrement d^ètre connus, et tels sont notamment ceux du col Saint-Bernard, où la galène se montre en filets dans le calcaire sur des étendues assez considéra* blés; et enfin les nombreux filons de quartz pyriteux avec graine de galène, que Ion remarque dans la vallée de Vado jusqu'à Roviasco, et que Ton retrouve de nouveau sur le revers opposé de TApennin, près des communes de Bormida et de Mallare.
Les indices de cuivre sont très multipliés ; on a vu qu il se présentoit quelquefois sous la forme de malachite, mais ces indices sont généralement très foibles. Il ne s'est guère montré jusqu'à présent avec quelque abondance notable quà Albissola-Marine, ainsi que nous lavons indiqué plus hajat pour le sulfate de cuivre, et dans la vallée du Letimbro, où il existe des petits filons, dont un de cuivre sulfuré, noir, très riche.
Il n y a que peu d aniiées qu on a reconnu la présence des mines de fer dans le département ; on a fait voir que les filons de fer oxidé rouge en masse de Noli et de l'hématite brune de Vado, étoient très considérables; mais les environs sont privés de bois , ce qui les rend nuls pour les forges. Ces minerais ne paroissent d'ailleurs point convenir à la méthode catalane usitée dans le pays, pour laquelle il sera probablement impossible 4^ se passer du riche minerai de l'île d'Elbe.
On a l'espoir cependant de trouver du minerai de fer oligiste micacé dans les environs de Céva, où il seroit infiniment mieux placé en raison de la proximité des bois et du voisinage des forges ; on présume aussi son existence dans la vallée de l'Orba.
Rien n'est plus commun que le fer sulfuré et le fer arsenical : on en a indiqué presque par -tout. Il est probable que ces gisements ne seront pas tous inutiles. On a fait voir que la terre végétale de plusieurs cantons étoit auriftre ainsi que les sables de la plupart des torrents. Ce métal vient même d'être découvert dans le terrain de sédiment à Camerana; tout
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porte à croire conséquemment qu il résulte de la décomposition de certaines pyrites, et quil doit se trouver parmi celles que nous avons indiquées.
L or se trouve en paillettes dans presque toutes les rivières et torrents du département, et notamment dans ceux qui se rapprochent de TApennin.
On peut établir néanmoins que ces rivières et torrents cessent presque toujours d'être aurifères, quand ils passent dans le terrain de sédiment.
Les plus aurifères vers la mer sont , le Leone et TAntra , près de Cog^oletto \ la Sansobia à Albissola, le Letimbro, le Vanestro , et le torrent qui descend de Quigliano.
Ceux sur le revers opposé de TApennin sont, FErro, près de Gartosio, où qudques paysans font encore la pêche de For; le Visone, TOrba, la Stura*Ovada, qui prend sa source dans le département de Gênes, où Ion prétend quil existe des mines dor; enfin la Piosta, ou Gargenta, où Ton assure même qu il y en a eu d'exploitées.
On cite comme les plus grosses pyrites qui aient été trouvées, une pyrite de dix-huit onces trouvée dans la SturarOvada; une de quatre onces trouvée il y a peu d'années dans le torrent Granosa, qui se jette dans l'Orba à Molare; une de deux onces dans le Visone, et deux de deux tiers d'once ^ dont une trouvée récemment à Morbello, et l'autre dans le Gambarella, vallée du Visone.
Nous croyons devoir, à cette occasion , citer plusieurs observations feites par des orpailleurs du pays.
On estime qu'un torrent est aurifère quand il est voisin des terrains argileux micacés, rougeàtres.
On les soumet à l'épreuve par le lavage à la sébile, i^ dans les parties où les sables sont plus rouges, mêlés de noir, et où se déposent les parties pesantes; 2® dans celles où le sable prend le plus de dureté par le tassement ; 3^ dans les endroits de repos et les angles rentrants des sinuosités du courant; 4^ au pied des escarpements formés par les pierres qui déterminent de petites chutes d'eau.
Le plomb de chasse se trouve presque constamment dans le résidu des lavages, et fournit un moyen assuré pour reconnoître si l'endroit que l'on a soumis à l'épreuve a été bien choisi.
Les résidus des lavages sont constamment composés de sable noij: ; ce sable, qui a été reconnu pour être lithane ferrifère, abonde principalement dans rOrba j on y trouve des grenats. Nous avons observé le jargon dans celui de la Sansobia.
Nul doute que parmi les indices minéraux que 1 on vient d'énoncer, il ne s'en trouve qui puissent conduire à d'avantageuses exploitations, d autant plus désirables que, convenablement protégées et dirigées, elles foumiroient les moyens de vivifier plusieurs vallées dépourvues de culture et de commerce.
On doit être surpris d'après cela que tant de richesses minérales aient été si négligées jusqu'à présent; car on ne peut citer qu'une seule exploitation en activité , celle des mines de houille de Gadibona , encore ne date-t-elle que de fort peu de temps.
Si nous cherchons les causes de cet abandon , nous les trouverons dans les rivalités et les inquiétudes fréquentes dans de petits états voisins et entre de grands propriétaires , dont les divers intérêts se croisoient ; dans le défaut d'encouragement du gouvernement génois, dont les vues toutes dirigées vers le commerce extérieur eussent même été contraires aux productions du pays. On aura occasion de le remarquer dans le mémoire statistique relatif aux forges du département, oii l'on fait voir qu'il avoit été établi sur le fer des impôts qui tendoient à détruire ce genre d'industrie. Une dernière cause provient de l'esprit des habitants entièrement livré au commerce maritime.
On a vu cependant que plusieurs de ces mines ont été exploitées dans des temj)S où les besoins des métaux étoient moins considérables, et où l'art étoit infiniment moins avancé ; mais les circonstances peuvent changer , l'industrie se ranimera et se portera sur tout ce qui peut lui donner un aliment. L'attention se dirigera sur ces objets d'économie politique, et il suffit qu'ils aient mérité un instant d'attirer les regards j)Our rendre à la société, aux manufactures, et aux besoins de la guerre, des métaux précieux trop négligés jusc[u'à ce jour.
Parmi les diverses espèces d'exploitation, deux sur-tout paroissent être les plus importantes pour le pays j la première, l'exploitation du plomb, dont
remploi se feroit en partie dans les manu&ctures de poteries de Sayone et d'Albissola , où il s en consomme annuellement pour les verreries plus de sept cents quintaux métriques, et partie à Gênes, pour fournir aux nombreuses manufactures de blanc de céiruse, et à la fabrication des conduites deau, dont lentretien seul feroit un objet immense.
La seconde exploitation , non moins utile, seroit celle d'une mine de fer, convenablement placée près des bois et propre à la fabrication de la fonte que 1 on débiteroit aux petites forges du pays : ces forges emploient près de quatre mille quintaux métriques de fonte par an, que Ion mêle au minerai de File d'Elbe, pour en faciliter la fusion et augmenter les produits. La fonte que Ion se procure aujourdliui par la voie du commerce est quelquefois fort chère et toujours dune très mauvaise qualité, qui influe beaucoup sur celle des fers de ce pays, en général assez médiocres.
La construction d un haut fourneau rendroit un très grand service au perfectionnement des forges et contribueroit même beaucoup à augmenter leur activité et la consommation du minerai de File d'Elbe.