‹ Statistique des provinces de Savone: d'Oneille, d'Acqui, et de partie de laChapitre 18 sur 88 · CLIMAT · texte numérisé non relu

CLIMAT

Le territoire de Montenotte se compose, comme nous lavons vu, des deux versants de la chaîne de» Apennins, dont lun descend rapidement à la mer, et lautre se prolonge insensiblement jusque dans la plaine du Piémont.

La crête de la montagne se trouve d abord éloignée de six ou sept lieues de la mer; mais elle s en rapproche jusqu'à la distance de trois Ueues seulement, à la hauteur de Finale et de Savone, pour rester alors parallèle au rivage jusqu'aux* limites du département. On voit que le versant, du côté du sud, doit être extrêmement rapide et pi^ofondément sillonné par les torrents qui, pour ainsi dire, se précipitent à la mer, tandis que le versant opposé qui conduit ses eaux à une distance considérable, au travers des belles plaines de lltalie, doit offrir une pente moins rapide, et un sol beaucoup plus élevé au-dessus du niveau de la mer.

Ainsi le versant du côté du Piémont est plus froid , par cela même qu il est plus élevé dans Fatmosphère ; mais cette différence doit être peu sensible , puisqu'il ne s'agit que d'une élévation d'environ 3oo mètres.

Le contraste des expositions doit occasioner une diversité plus marquée dans les températures. Le versant du Piémont est exposé au nord et reçoit plus obliquement les rayons du soleil, tandis que le versant méridional, qui se relève avec rapidité, en est frappé presque perpendiculairement dans toutes les saisons : aussi, ces deux parties, quoique placées sous une même latitude, présentent dans leurs productions et leur température une différence très remarquable.

Il est peu de climats en Europe aussi privilégiés que celui de la Ligurie. On y jouit souvent des plus beaux jours du printemps, à l'époque où nos provinces méridionales sont couvertes de frimas. Il faut peu de précautions pour obtenir des fleurs dans tous les temps de l'année. Les légumes peuvent en même temps fructifier, et les marchés de Gênes sont constamment ornés de fleurs et d'herbages. Le figuier, l'olivier, l'oranger, et le citronnier, croissent par^tout sans exiger la moindre précaution. Une partie de ces arbres, ornés d'une verdure perpétuelle, décorent les vallons et les coteaux qui s'élèvent en amphithéâtre sur le bord de la mer, et offrent aux voyageurs qui viennent de passer l'Apennin, dans la saison rigoureuse, l'image du printemps et l'aspect le plus pittoresque.

Mais ce climat si favorisé est sujet à des intempéries assez fréquentes; on y passe souvent de la température la plus doute à celle de l'hiver : les vents amènent avec eux des froids de courte durée, mais quelquefois assez rigoureux, non seulement pour geler les oranges et les citrons sur l'arbre qui les porte, mais encore pour faire périr l'arbre lui-même, et quelquefois nuire à l'olivier qui supporte un degré de froid très supérieur.

On cite, dans le siècle passé, six exemples semblables, l'hiver de 1709, de 17495 de 1762, de 1782, de 1789, et celui de 1792. Les fruits ont gelé dix fois dans le même intervalle ; mais ces événements ne sont dus qu'à des causes extraordinaires. Il est fort rare que la neige séjourne pendant vingt-quatre heures dans un hiver. J'en ai vu tomber à la hauteur de deux pieds, et elle a séjourné près de quinze jours, mais cet accident doit être mis au rang des

phénomènes extraordinaires. La neige fond communément au moment même où elle tombe.

A mesure que Ion gravit les montagnes avant darriver à la crête des Apennins, le climat devient plus rigoureux, la neige est plus fréquente, les brouillards se manifestent quelquefois, mais les frimas ne sont jamais permanents sur les crêtes les plus élevées, et les neiges ont toujours disparu ^au mois de mars; ainsi Ton peut dire que les hivers ny sont que passagers.

Si l'on est au sommet de la crête, et que Ion considère l'autre versant dans ces mêmes circonstances, le spectacle change, et Ton s'aperçoit que l'on entre dans un tout autre climat. La neige, en mars, couvre encore au loin tous les vaUons et toutes les sommités des montagnes qui se prolongent dans le Piémont; l'aspect du sol, la nature des productions ont changé comme la température. Les sommités sont couvertes de bois de chêne et de châtaigniers ; les collines y sont ornées de vignes, au lieu d'être parées d'oliviers ; les plaines renferment des prairies, des champs, quelques jardins où le figuier seul peut se conserver lorsqu'il est abrité. La nature est totalement morte pendant l'hiver; aucun arbre ne conserve sa verdure, et le cultivateur est condamné au repos pendant la plus grabde partie de cette saison. Ainsi, trois lieues parcourues à travers des montagnes peu élevées, transportent tout-à-coup le voyageur, d'un climat où la nature est toute sauvage, à un autre où elle conserve encore un aspect riant et fertile. Une chose digne de remarque c'est que, malgré* cette différence, les oiseaux [de passage arrivent sous les deux ciels à la même époque, et que les orages et les inondations y surviennent dans les mêmes saisons.

Les vents qui régnent sur les deux versants sont les mêmes, mais ils éprouvent quelque changement de direction, à raison de la configuration générale des montagnes.

La crête de 1 Apennin se dirigeant de louest à l'est, les torrents qui prennent leur origine dans la pente méridionale, et dont les eaux ont une grande impulsion, à raison de la brièveté de leur course, ont pris généralement la ligne de la plus grande pente, et se sont fait un passage, en se dirigeant du nord au sud, perpendiculairement au rivage de la mer.

De Fautre côté, au contraire, la direction suivie par les torrents est irrë* gulière, mais généralement elle se porte de l'ouest au nord-est.

Cette différence d'inclinaison dans les vallées agit sur l^s courants d air quoique assujettis aux mêmes lois, parceque la hauteur de la grande chaîne n est point suffisante pour leur opposer une barrière, et établir un système divers sur chaque versant.

Les vents qui régnent d'un côté tardent très peu à régner de l'autre, avec la difiFérence légère qui résulte de l'obliquité des vallées ; mais il s'élève, entre ceux qui viennent de la mer et ceux qui arrivent de la plaine du Piémont, une lutte qui occasione fréquemment des pluies abondantes, si les vents de mer ont le dessus, et des sécheresses au contraire, si les vents de la plaine l'emportent sur ceux de la mer.

Les pluies sont beaucoup plus abondantes dans la partie ligurienne, parceque les vents de pleine mer sont en partie brisés contre les montagnes, et que les circonstances, qui refroidissent l'atmosphère, agissent sur une plus grande masse du côté méndional que du côté du Piémont, à raison de l'élévation de cette plaine. La hauteur moyenne des eaux de pluie, qui tombent chaque année en Ligurie, est de 45 pouces, tandis qu'en Piémont elle n'est que de 25 pouces, y compris l'eau de la fonte des neiges. A cette différence près, les temps de sécheresse et d'humidité sont sensiblement les mêmes, et n'éprouvent tout au plus, pour la traversée de la chaîne, qu un retard de 12 à 24 heures, suivant la lutte qui existe entre les vents qui régnent des deux côtés.

Une observation constante prouve qu'il n'existe jamais de brouillards épais dans la plaine de la Ligurie, tandis qu'ils sont extrêmement communs dans, celle du Piémont. On s^rçMt souvent des brouillards à une hauteur de 200 mètres au plu«, lorsque les bords de la mer en sont exempts. Cet effet tient sans doute à la combinaison des vents et à l'état de chaleur de l'atmosphère ^ en sorte que ceux qui apportent de l'humidité produisent, dans les parties inférieures, une température assez chaude pour ne point admettre une précipitation de vapeurs. Cet ^effet n'a pask lieu dans l'autre versant, où les brouillards d'hiver et d'automne sont communs, notamment dans le voisinage des rivières.

Si les circonstances qui produisent le sec et Tliumide sont sensiblement les mêmes des deux cotés de l'Apennin, les degrés de chaleur où de froid présentent une grande diversité.

En général, le climat dans la partie de la Ligurie est beaucoup jJus tempéré, en sorte que la chaleur est moindre pendant Tété et le froid moins vif pendant l'hiver. Indépendamment des raisons que nous avons données pour expliquer ce phénomène, on doit ajouter que l'eau étant en général peu conducteur du calorique, la mer se refroidit plus difficilement en hiver et s'échaufre plus lentement en été; or, la température d'une masse aussi considérable doit influer très sensiblement sur celle d'un littoral très étroit, d autant que les vents régnants tendent à mettre constamment les deux masses en équilibre.

Dans l'autre versant, au contraire, la chaleur, répercutée en partie par les montagnes qui environnent les plaines d'Italie, doit s'accroître dans une progression marquante pendant l'été , tandis que pendant l'hiver les vents qui traversent ces montagnes couvertes de neige, à raison de leur élévation, refroidissent l'atmosphère.

On peut dire généralement que sur toute la ligne du bord de la mer et dans le fond des vallons , le thermomètre ( de Réaumur ), au niois de décembfe et de janvier, monte souvent à 10 degrés, et qu'il est habituellement à cette époque dans une alternative variée-, depuis zéro jusqu'à 4 ou 5 degrés. Il descend quelquefois à i ou à 2 degrés au-dessous de zéro, mais au-^Ielà le froid est extraordinaire.

Les pluies y sont fréquentes en automne, sur-toot dans les mois d'octobre et de novembre. On voit quelquefois de la neige en décembre et en janviei-, mais elle arrive rarement jusqu'au bord de la mer oijt elle se fond en tombaM. Lorsqu'elle séjourne pendant quelques jours, à la hauteur d'un pied, c'est un phénomène extraordinaire.

Du côté du Piémont, le thermomètre, dans les vallées placées immédiatement à la chute des Apennins, descend quelquefois jusqu'à 10 degrés sous le zéro, et à 12 ou i3 aux débouchés des vallons dans la plaine d'Alexandrie; et alors il n'est qu'à 3 degrés '/a au-dessous de zéro au bord de la mer.

Ces degrés peuvent être regardés comme le maximum du froid dans les

hivers les plus rigoureux. Généralement le thermométxe se tient à 2 ou 3 degrés au-dessous de la glace à la chute des Apennins , et à 4 ou ^ aux débouchés des vallons dans la plaine. Il remonte même dans ces vallées de ^ h S degrés au-dessus de zéro.

La vallée de Gallizzano, quon a prise pour point de comparaison à la chute des Apennins, est située à l'origine de la Bormida; elle est une des plus froides des Apennins. Les montagnes qui l'entourent sont couvertes de bois très humides. Le thermomètre ne s'élève guère en juillet que de 16 à 20 degrés.

La vallée d'Acqui, prise pour point de comparaison aux débouchés des vallons, est assez froide; la plus grande chaleur s'y porte à 27 degrés et demi. Ce n'est que dans la plaine que l'atmosphère s'échauffe jusqu'à 3o degrés. Le thermomètre a marqué à Turin, dans le mois d'août 1B02, 3i degrés; il ne monta à Gènes qu'à 29, et à Savone à 28. Régulièrement dans le littoral, la chaleur ne s'élève que de 20 à 21 degrés pendant que les vents du nord soufiQent ; elle descend à i5 degrés par les vents d ou est.

Les vents sont la principale cause de ces variations. U est donc important de rechercher quels sont ceux qui dominent principalement, et quels sont les effets qu'ils produisent sur les deux côtés de la chaîne.

La disposition physique des montagnes en change ou en altère la direction, comme nous l'avons dit, mais cet accident local n'influe en rien sur les grands phénomènes : examinons l'influence de chacun des vents principaux sur le climat de la Ligurie.

Le NORD ou Tramontana y dont le littoral paroitroit devoir être garanti par la chaîne des Apennins, s'y fait cependant sentir vivement: il part des Alpes, traverse le Piémont, plane sur la crête des Apennins), et se verse dans les vallées, où il porte en hiver le froid et la sécheresse, et en été la sécheresse et la chaleur. A son souffle, la mer est toujours tranquille le long de la côte, dans l'étendue de deux à trois lieues; elle est agitée au-delà de ce point, et cette agitation est plus sensible encore en Corse, en Sardaigne, en Sicile, et même en Afrique. U règne principalement en hiver, et il amène constamment le beau temps, à moins qu'il ne rejicontre quelques vents opposés; dans ce cas, il cause la pluie ou la neige; autant il est froid

en hiver autant il est chaud en été. Il détruit souvent la fleur des oliviers, qu'il brûle et qui tombe desséchée. Son influence est d autant plus sensible que Ion s'éloigne des côtes de la Provence. Les Apennins étant plus abaissés à Savone, il les franchit plus aisément, et pénètre dans les vallées avec plus de violence.

Les plages de Saint-Remo, de Taggia, et de Nice, défendues par de plus hautes montagnes , sont plus à Fabri de ses ravages.

Le NORD-EST ou grégale, est un peu moins sec que le nord en hiver, cependant il porte aussi la sécheresse et le froid. Sur les côtes de Toscane, Romagne et Calabre, il prend le caractère de vent du nord et cause la gelée des oliviers et des orangers.

Le NORD-OUEST ou mMstrcâsy souffle sur-tout avec violence dans la partie de la côte qui s'étend de Savone à Gênes j il vient de l'intérieur de la France, et produit en Provence les mêmes effets que les vents du nord en Ligurie.

S'il en faut croire les voyageurs, il se divise sur mer en deux courants opposés, dont l'un porte le froid en Catalogne, et l'autre cause en Ligurie la gelée des oliviers. En été, il n'arrive que rarement et sans force; mais en Provence et en Languedoc son souffle est brûlant.

L'ouest et FesT on ponente et levante, n'ont d'empire qu'en été. Le premier est le zéphyr de la Ligurie; il paroît descendre des Pyrénées, et arrive dans Montenotte en traversant le Roussillon, le Languedoc, et la Provence; il y produit les mêmes effets que sur les côtes de Savone.

Ce vent doux et rafraîchissant commence à se faire sentir au printemps, il se soutient jusqu'en automne ; c'eàt peut-être le seul qui soit régulier et périodique. Il s'élève presque tous les jours vers midi et souffle jusqu'au soir. Lorsqu'il s'annonce, la chaleur semble disparottre; le thermomètre descend immédiatement, et dans le mois de juillet l'on jouit à son haleine de la température du printemps.

Ce vent pénètre aussi dans l'intérieur de l'Italie; mais en été il n'est plus aussi frais qu'en Ligurie, le vent du nord qui le combat lui enlève une partie de ses effets salutaires. Sur la côte du territoire de Montenotte, l'ouest arrive plus directement, le nord même lui cède dans les heures de la chaleur et le remplace de nouveau quand elle a cessé. En hiver, l'ouest change

go CHAPITRE I.

de caractère; il souffle très rarement; il est froid et humide et produit souTent en mer un changement de temps brusque et rapide.

L'est ou levante^ est un vent toujours humide et chaud, il règne en toutes les saisons : Il porte toujours avec lui une quantité de vapeurs qui couvrent Fatmosphère et se changent suivant la saison en pluie ou en neige.

Le SUD-EST ou siroco, est souvent mêlé et confondu avec lest; il est très violent en automne, agite la mer et porte la tempête; il est dangereux pour les côtes du département: son souffle est chaud et humide. Il amène avec lui un léger brouillard qui brûle en juin les campagnes, et principalement la vigne qui est alors en floraison. Ce vent est accablant en Sicile parcequ il n est point encore chargé des vapeurs de la mer ; mais en venant en Ligurie, il est moins sec et moins brûlant.

Le StJD-OUEST ou lebeccio, est un veutviolentquiamèneavecluila tempête. Il est plus dangereux pour le port de Gênes et la Provence que pour les côtes de Montenotte. Il règne dans le printemps plus que dans les autres saisons; son souffle est toujours chaud et humide et il brûle souvent la campagne. Mine le peint comme dangereux dans la Gaule narbonnaise et dans le golfe de Gênes jusqu'à Ostie; il ajoute qu'il est inconnu par ses ravages partout . ailleurs.

Enfin, le SUD ou mezzôgiomo , nous vient de l'Afrique, il porte le calme le long des rivages de la Barbarie et agite la pleine mer. En arrivant sur les côtes de la Ligurie, il est chaud et humide; en été il est peu sensible; en hiver il amène sur mer la tempête, et sur les côtes, la phiie et un brouiHard qui ne descend cependant pas jusqu'au bas des vallées.

Les effets que nous venons de décrire se rapportent au versant méridional des Apennins ; nous allons examilier Finfluence des vents sur Fautre rersant.

Le vent du NORD domine en Piémont pendant Fêté; il amène fréquemment la sécheresse et la chaleur. En hiver, il est très froid; sll rencontre le vent du sud , il détermine là neige ; s'il prend le dessus et souffle avec force, il amène le beau temps, et s'il dure, il rend lliiver très rigoureux.

Le NORD-EST souffle en hiver; il amène le givre et le verglas; il nuit aux arbres délicats et particulièrement aux figuiers, sur-tout quand il vient à souffler sans interruption pendant toute une semaine.

Le NORD-OUEST souffle avec peu de force en Piémont, qui ep est abrité par les Alpes. 11 paroît quelquefois sur la fin ^e lliiyer et ramène le froid.

L'ouest ne soufïle guère quen été, et amène une fraîcheur assez douce. Ce vent rafraîchissant é^t cependant iréchauffé ep partie dans la traversée des montagnes et de la Ligurie.

L'est souffle rarem^t au printemps^ maii^^ors ilamèjoe la gelée blanche qui endommage les fruits.

Le SUI>»EST cause un temps humide et amène .souvent la pluie. £n hiver, il est humide et chaud, et produit beaucoup de rhumes; il amène toujours un changement subit dans la température.

Le i>UD-OUEST Tamène en été des jours sereins-, il est périodique après le premieréquinoxe, et souffle quelquefois avec violence. G est lui qui annonce le printemps y et fiait prospérer la végétation.

Le SUD amène en été une chaleur suffocante, s'il souffle légèrement. La chaleur est tempérée quand il souffle avec violence. En automne, s il lutte avec le vent du nord, il amène de grandes fouies et 4es inondations. Cette même lutte cause souvent en juillet et août des orages qui rafraîchissent lair , mais qui font redouter la grêle, assez, fréquente dans ces circonstances. U axnèae le dégel en hiver, et commence par être froid, si les Apennins sont couverts de neige, et cesse de Tétre s*il souffle plusieurs jours de suite. La fonte das neiges qu il produit commence toujours par les sommités des montagnes qui paroitrôient devoir être plus froides que la plaine.

Uii^«parde4es vemts que nous venons de décrire subissent des modjLfications^en passant d^un versant à Fautre. Nous avons vu que le nord qui descend des Apennins, apporte de ce côté le froid ou la <;^eur quil contracte dons les montagnes ou les plaines quil traverse. Les vents qui viennent du sud portent au contraire, dans le versant nord, cette chaleur humide qui caractérise, les vents de mer, et ces vapeurs qui forment les brouillards qu on a|^Ue marins: toutefois, ils perdent dans la travei'sée une partie des qualités qui leur sont propres. Les vents de mer ont déjà perdu, à leur arrivée en Piémont, une partie des vapeurs dont ils étoient chargés; ces vapeurs se condensent suivant quelles éprouvent Finfluence de la température plus froide des montagnes. Elles se changent en pluie sur-tout lorsqu'elles sont

pressées par un vent opposé. Cette condensation produit souvent une chaleur suffocante. Le vent arrive alors dans l'autre versant moins chaud et moins humide quil nétoit/et conserve cependant encore beaucoup de sa nature.

Si les vents de mer étoient brisés par la chaîne des Apennins dans toute la hauteur de leur courant, la partie qui est en face du sud auroit des pluies fréquentes, comme étant exposée aux vents de mer, toujours chargés de vapeurs; mais celle qui regarde le nord se trouveroit sujette alors à une sécheresse constante, ce qui la rendroit aride et stérile; heureusement il n en est pas ainsi.

Les vents dominent les montagnes de la Ligurie, et portent des deux cotés leur influence et leurs effets. La principale causé qui produit des pluies abondantes dans le territoire de Montenotte, dépend du choc des vents contraires, et non de la barrière qu'oppose la hauteur des montagnes. La lutte des vents du nord et du sud occasione presque toujours une précipitation de vapeurs qui commence quelquefois en mer, ou sur le versant même de la Ligurie, d'autres fois enfin par-delà des montagnes, mais qui finit toujours par s'étendre sur les deux versants. On voit souvent pleuvoir, dans une ligne du sud au nord, perpendiculairement à la chaîne, et, à quelque distance, le temps est serein à droite et à gauche. Cet effet tijent sans doute à quelque courant d'air partiel, produit par une des vallées de l'Apennin qui, comme nous Pavons dit, altère quelquefois la direction des vents principaux, et occasione un courant particulier.

On voit de temps à autre une pluie violente arriver de la mer, inonder le littoral et ne point s'étendre au-delà des collines qui forment le pied de l'Apennin ; mais ces phénomènes sont rares et ne proviennent que des orages momentanés , de telle sorte , que la précipitation des vapeurs ne peut s'étendre loin de la mer.

Nous admettons donc en principe que c'est la direction diverse, et la différente force des vents en lutte, qui détermine dans ce pays la pluie ou le beau temps, la chaleur ou le froid. Suivant que la force qui cède résiste plus ou moins, le phénomène s'étend avec plus ou moins de lenteur. Il en est de même pour la température. Un froid extraordinaire eut lieu à Naples, la nuit du 1 3 décembre 1 8o8 ; un nord-est très froid , qui le produisit, le porta

à Gènes le i4 dans la journée; la neige commença la même nuit à Savone, et s'étendit le i5 à Final. Le froid le plus rigoureux eut lieu à Gênes le 17 ; il ne commença à Savoneque le 18 au matin. Le thermomètre resta toute la journée à 3 degrés et plus au-dessous de zéro. Ce même froid ne s'est fait sentir à Callizzano que le 19 et le 20 sur l'autre versant; le thermomètre y marquoit 8 à 10 degrés au-dessous de la glace. .

Les pays, dont jai d abord parlé, sont dans la course du nord-est, et exposés graduellement à son influence, mais successivement, ainsi que nous l'avons vu.

En 1802 le maximum du froid se fit sentir à Gênes le 7 février, le thermomètre y descendit à 3 degrés % au-dessous de la glace, pendant qu'à Finale il n'étoit qu'à zéro; le lendemain le thermomètre y descendit à 2 degrés '/j.

Cette espèce de gradation n'est pas sans doute constante et régulière; la direction de ces vents est aussi variable que leur combinaison est compliquée ; ils dévient souvent plus d'un côté que de l'autre, et arrivent même quelquefois par des directions qui paroissent opposées ; car, comme nous l'avons fait remarquer, ce n'est point seulement aux courants principaux que l'on doit ces différences, la figure des montagnes et la direction des vallées y contribue encore plus puissamment. C'est donc à cette cause que l'on doit attribuer ^étonnante variété de température que l'on remarque en Ligurie, non seulement dans le voisinage d'un lieu à un autre lieu, mais encore presqu'au même moment ; et il en résulte pour tout le pays une alternative continuelle qui mêle, pour ainsi dire, les saisons et les confond l'une avec l'autre.

Nous avons expliqué, autant que la difficulté de cette matière peut le permettre, la diversité de température qui existe entre les deux versants des Apennins, savoir, par l'élévation du sol au-dessus de la mer, et par Finclinaison du revers méridional qui est frappé plus directement des rayons du soleil. Nous avons vu que le climat de la Ligurie étoit plus tempéré, à raison du voisinage de la mer qui absorbe lentenysnt la chaleur pendant l'été , et l'abandonne lentement pendant l'hiver.

Nous avons prouvé que les mêmes vents exercent leur action sur les deux versants des Apennins, et que la pluie et les phénomènes sont dus, non pas

aux mcmtafpiM qui arrètem^ pour ainsi dire, et fixent les nuages, maïs aux vents opposés qui luttent ensemble et ocoasiottent une précipitatioii^le Ta^ peurs dans 1 atmosphère, effet qui se propage, quand la causeiest constante, avec plus ou moins de lenteur sur les «deux vei^sants.

Les phénomènes partiels se ^ont expliqués par l'action que ia direction des vallées exerce sur les courants princ^ux; il faudroit des observatîûss pins étudiées et faites avec constance pendant ile cours de longues années pour apprcrfondir totalement ce sujet.

JVbeo. On trouvera à la fin de Touvrage un appendice sur la zoologie de Moatenotte, eontenaULt la nomenclature des animaux et des oiseaux particuliers au pays. On trouvera également la nomenclature des plantes indigènes.

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